Réussir vigne 16 novembre 2016 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Quatre solutions pour enherber en semant de manière homogène

La ségrégation des graines lors du semis d’un mélange d’espèces en enherbement est une problématique souvent évoquée. Quelques astuces permettent d’y remédier.

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Les semis mélangés sont parfois difficiles à homogénéiser.
Les semis mélangés sont parfois difficiles à homogénéiser. - © IFV

Réaliser un bon enherbement avec différentes espèces relève bien souvent du challenge. Les graines les plus petites tombent généralement en premier. Le début de la parcelle s’avère ainsi majoritairement implanté avec une espèce, et la fin avec une autre. Mais plusieurs astuces permettent de s’affranchir de ces variations de doses et d’obtenir un enherbement homogène. Voici les quatre que nous avons relevées.

 

1 - Ajouter un liant dans la trémie

La solution la plus simple et la moins onéreuse consiste à ajouter un « ingrédient » au mélange de graines, qui servira de liant. C’est l’option qui a été retenue au château Fayau, à Cadillac en Gironde. Dans une baste, Marc Medeville ajoute du sable assez grossier (rebus de 2 à 3 mm) à son mélange de graines, et homogénéise le tout. Selon les espèces, la proportion de sable et de semences peut être de 50-50, voire même de 25-75. Cet ajout empêche les graines de glisser au fond de la trémie, et donc toute ségrégation. Et surtout, il permet d’épandre à la juste dose. Il est également possible d’employer de la terre ou encore des engrais, comme de la magnésie ou de l’acide phosphorique, pour favoriser la levée.

Aurensan commercialise un semoir direct composé d’un, deux, trois ou quatre compartiments (photo) distincts au sein d’une même trémie.
Aurensan commercialise un semoir direct composé d’un, deux, trois ou quatre compartiments (photo) distincts au sein d’une même trémie. - © Aurensan

2 - Refaire le plein très souvent

 

Marc-André Dalbavie, vigneron périgourdin, préfère quant à lui refaire le plein de la trémie plus souvent que nécessaire. Il prépare ses sacs de mélange de graines, et les répartit au fil de sa parcelle. Il recharge sa trémie, sac après sac. Ainsi, les graines n’ont pas le temps de se trier avant le nouveau remplissage du semoir.

Refaire le plein fréquemment, c’est également le conseil de la société Sepeba, spécialisée dans les épandeurs de précision. « Nos semoirs viticoles ont une trémie de 70 litres, explique ainsi l’entreprise. Mais lors de semis de mélanges, nous recommandons de ne mettre qu’un seul sac à la fois, soit l’équivalent de 25 kg. Ainsi, les graines n’ont pas le temps de se séparer. Une autre solution consiste à s’équiper d’un semoir avec une double trémie. L’un de nos revendeurs, Viti Meca, l’a fait avec nos matériels. »

3 - Opter pour un semoir adéquat

En effet. Conscients du problème posé par les semis de mélanges, les constructeurs rivalisent actuellement de solutions. Viti Meca propose deux systèmes : l’utilisation d’un semoir à double trémie, ou l’emploi de deux distributeurs distincts, l’un étant dédié aux graines de faible taille telles que le trèfle, l’autre, aux grosses graines. Les deux types de semences peuvent alors être implantés à différentes profondeurs. Le constructeur dispose en outre de diverses finitions, allant du rouleau packer au rolojack.

De son côté, Vedelago présentait un semoir à double trémie lors du dernier salon Vinitech. D’une largeur hors tout d’un mètre, il est équipé de deux trémies de 80 litres chacune, ainsi que de deux boîtiers de commandes. Ces derniers activent les deux circuits électriques gérant les cannelures. Dans la même lignée mais en plus perfectionné, l’entreprise Aurensan vient d’être récompensée, lors du dernier Tech’n Bio, pour son semoir direct. Composé d’un, deux, trois ou quatre compartiments distincts au sein d’une même trémie, il permet d’implanter séparément jusqu’à quatre espèces différentes. Chaque compartiment est doté d’un système de distribution propre, dont le débit est proportionnel à l’avancement. Par ailleurs, avec l’option double descente, les graines peuvent être semées à différentes profondeurs, grâce à un réglage séparé et adéquat. Ce matériel est disponible à partir de 0,90 m de largeur hors tout et comprend un disque ouvreur et une roue de fermeture. En version un mètre, et de base, il vaut 11 000 euros.

Pour sa part, Aitchison équipe ses semoirs directs d’un système de distribution particulier. Ici, pas de cannelures ou d’ergots, mais un disque de mousse synthétique, qui s’adapte à la graine qu’il rencontre.

D’autres solutions sont évoquées au fil de l’eau, telle celle consistant à s’équiper d’un semoir disposant d’une trémie montée sur silent bloc. Ce dispositif limiterait les vibrations, et donc la ségrégation des graines du mélange. De même un semoir disposant d’un agitateur limiterait le phénomène. Mais certains fournisseurs sont dubitatifs sur l’impact réel de ces options. « Personnellement, je ne pense pas que le silent bloc diminue la séparation des graines, note un constructeur. De même, un agitateur n’est pas suffisant, à moins d’être horizontal peut être. »

Christian Meyer a divisé la trémie de son semoir en deux parties. Pour ce faire, il a créé un séparateur avec deux planches et il utilise huit sorties, dont cinq étoilées.
Christian Meyer a divisé la trémie de son semoir en deux parties. Pour ce faire, il a créé un séparateur avec deux planches et il utilise huit sorties, dont cinq étoilées. - © Meyer

4 - Adapter son matériel

Adapter un semoir classique est la dernière option s’offrant aux vignerons, pour peu d’être bricoleur. Un alsacien de Scherwiller, Christian Meyer, s’y est essayé avec succès. Il est parti d’un semoir APV, et a commencé par diviser la trémie en deux. Pour ce faire, il a ôté la barre à picots située au fond de la trémie, et a bouché les trous laissés aux extrémités. Il a ensuite créé un séparateur, qui est constitué de deux morceaux de planche, assemblés directement dans la trémie. « Cette étape a été particulièrement délicate, témoigne le vigneron, car il fallait que la pièce épouse parfaitement les formes de la cuve pour qu’aucune graine ne puisse passer. » Il a vissé sa cloison sur une petite plaque en fer située au fond du semoir (destinée normalement à recevoir un capteur électronique de niveau). De base, le matériel dispose d’un arbre de distribution de la largeur de la trémie, avec huit sorties. Le vigneron a mis cinq sorties étoilées flexibles pour le mélange qu’il souhaite majoritaire, à savoir la féverole et le pois ; et trois plus fines celui composé de seigle et de trèfle. Les goulottes de distribution arrivent sur les cinq dents. Christian Meyer fait descendre les cinq de la féverole au bas des dents, pour que les graines tombent au fond, tandis que les trois du seigle débouchent plus haut, pour que les graines tombent sur le flux de terre. « Le plus difficile est de régler la vitesse de rotation pour que l’équilibre entre les graines soit respecté, note-t-il. Il faut faire plusieurs tests de distributions et jouer sur la vitesse, la rotation, le nombre et la taille de cannelures. » Par ailleurs, il précise qu’il ne faut pas remplir d’un coup un seul compartiment de graine, pour éviter la déformation de la plaque, mais remplir à mi-hauteur les deux avant de compléter.

David Gaudin, viticulteur à Puget-Ville, dans le Var, vient quant à lui d’associer deux semoirs. Le premier, destiné aux graines de grosse taille comme la féverole, ou l’avoine, est un agricole de 1,10 m de largeur de travail, qu’il a bricolé et adapté sur un cadre de cultivateur vigneron. Cette année, il lui associera un épandeur électrique chiné sur internet. Ce second matériel sera fixé sur le cadre du premier, et ne recevra que les petites graines telles que le trèfle ou le radis asiatique.

- © C. Gaviglio

« La profondeur d’enfouissement est plus importante »

L'avis de Christophe Gaviglio, ingénieur mécanisation du vignoble, à l’IFV Pôle Sud-Ouest.

« La problématique de la ségrégation des graines se rencontre sur le terrain, mais à mon sens, la profondeur d’enfouissement est plus importante pour la qualité du semis. Surtout s’il y a un grand nombre de tailles de graines. Néanmoins, dans le cas d’un mélange avec seulement deux espèces de diamètre très distinct, comme de la féverole et de la moutarde, l’homogénéisation du mélange revêt plus d’importance. Le premier conseil est de bien brasser les graines en amont. Ensuite, le moyen le plus simple et le moins onéreux est d’ajouter du sable, ou de la terre, dans la trémie. Au niveau du matériel, la présence d’un silent bloc va dans le bon sens, mais je ne sais pas si cela peut être suffisant. En revanche, l’entraînement des graines par un disque en mousse est une bonne solution technique car il remue moins les graines, même s’il ne supprime pas les vibrations. Enfin, le recours à plusieurs trémies est le mieux, notamment parce que cela permet un enfouissement des graines à des profondeurs distinctes. Mais c’est une solution onéreuse. Le jeu en vaut la chandelle pour ceux qui souhaitent un contrôle précis des conditions de semis et des doses dans le mélange. »

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