Réussir vigne 08 mars 2006 à 15h43 | Par Catherine Bioteau

Qualité de la vendange - Comment lutter contre les moisissures

" Aspergillus " dans les vignobles méditerranéens et " Penicillium " dans les plus septentrionaux, ces moisissures sont des ennemis à combattre. Enjeu : limiter la synthèse d´ochratoxine A, substance toxique, pour les uns et éviter la formation de mauvais goûts de type moisi-terreux pour les autres.

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Quelques moisissures sur une grappe, et c´est toute une cuve qui peut se retrouver invendable. Deux genres sont particulièrement redoutées : les Aspergillus qui synthétisent de l´ochratoxine A (OTA) molécule cancérigène, dont la concentration dans les vins est limitée à 2 µg/l depuis l´an dernier, et les Penicillium qui produisent des molécules, dont la géosmine, à l´origine de mauvais goûts de type moisi-terrreux (GMT) même à très faible concentration (à partir de 20 µg/l). L´importance de la lutte contre ce fléau n´est donc plus à démontrer. Et en l´absence de moyens de lutte satisfaisants à la cave, l´essentiel doit se jouer à la vigne. Mais voilà, on est loin de tout connaître sur les moisissures et le problème semble relativement complexe. Résultats : les viticulteurs se retrouvent un peu démunis.
La prophylaxie d´abord
Une chose est sûre, dans l´état actuel des connaissances, c´est la prophylaxie au vignoble qu´il faut privilégier. Et " les mesures prophylactiques préconisées sont schématiquement les mêmes que celles habituellement conseillées pour prévenir la pourriture grise ou la pourriture acide ", indique Bernard Molot, d´ITV France. A savoir maîtriser la vigueur et les rendements, aérer les grappes et la végétation par un palissage soigné, un ébourgeonnage et un ou deux effeuillages, enherber et éviter la surmaturation. " Il faut également éviter de laisser les grappes au sol lors de l´éclaircissage, conseille Éric Pilatte de Microvitis. Elles assurent un relais dans la contamination, même deux mois avant la récolte. "
Éviter les blessures
Ces moisissures ont toutes la particularité de ne pas coloniser les baies saines mais de pénétrer le plus souvent par des blessures ou des pellicules fragilisées. Toute blessure est donc à proscrire et en premier lieu, celles liées aux dégâts des tordeuses. Il faut donc diminuer le nombre de larves pour éviter leurs morsures en intervenant avec des produits ovicides. " On s´orientera vers des régulateurs de croissance d´insectes (type fénoxycarbe, flufénoxuron, lufénuron) ou vers les oxadiazines (indoxacarbe) ", conseille Bernard Molot. Cette lutte contre les tordeuses est particulièrement efficace contre les Aspergillus. Sont également à éviter tous les autres facteurs susceptibles de causer des blessures comme l´effeuillage mécanique mal conduit, l´éclatement des baies suite à de fortes pluies si le sol est mal drainé, la présence de parasites comme le botrytis, la pourriture acide, voire l´oïdium.
Dans le cas particulier des Aspergillus, les baies flétries ou grillées favorisent leur implantation, on suppose qu´il en est de même pour le dessèchement de la rafle. Cette même moisissure est très souvent liée aux fumagines, tous les insectes producteurs de miellat (cochenille, metcalfa.) doivent donc être contrôlés.
Le seuil de perception de la géosmine varie de 30 à 50 ng/l suivant les cépages, soit plus ou moins 10 ng/l. ©Source : ITV France

La lutte chimique : un simple complément
" La lutte chimique ne doit être qu´un complément aux mesures prophylactiques, sans lesquelles, elle sera irrémédiablement vouée à l´échec ", poursuit Bernard Molot. Aucune matière active n´est pour l´instant homologuée pour lutter contre les moisissures. Certaines peuvent cependant limiter leur développement.
Des essais comparatifs entre matières actives sont en cours. Pour l´instant, selon l´ITV, l´utilisation de cyprodinil/fludioxonil, de fluazinam ou de pyriméthanil entraînerait une réduction de plus de 50 % des teneurs en OTA. Le mépanipyrim et le boscalid semblent également prometteurs, tout comme le fosétyl-Al et le cuivre.
Contre les goûts moisi-terreux, l´ITV annonce que " l´association cyprodinil/ fludioxonil et le fluazinam semblent également efficace contre les moisissures ", mais l´assurance n´est pas totale : " la teneur en géosmine des moûts, bien que nettement réduite, peut rester supérieure au seuil de perception ". La Faculté de Bordeaux a, elle, montré que le fenhexamid n´était pas efficace contre les Penicillium, mais qu´il limitait les goûts moisi-terreux, de par son action anti-botrytis.

Les matières actives en cause ?
Cette question de l´impact des matières actives anti-botrytis interpelle plus d´un vigneron et technicien. En Bourgogne, le laboratoire Microvitis a ainsi montré l´an dernier que selon la matière active utilisée, le nombre de Penicillium pouvait varier de un à cinq, et ce lors d´une année de faible pression. Ailleurs les observations de terrain sont encore floues. En Touraine, Pascal Mallier de la Chambre d´agriculture note également des différences entre produits sur les quantités de moisissures mais sans lien assuré avec l´apparition de goûts moisi-terreux. " D´autant plus que des parcelles conduites en bio ont rencontré les mêmes problèmes avec la même intensité. Mais il se peut aussi qu´elles aient été contaminées par des parcelles voisines. "
Des observations à régionaliser
Concernant ces goûts moisi-terreux, toutes les régions n´ont cependant pas la même problématique. En Bordelais, comme dans le Beaujolais, le mot d´ordre est la lutte contre le botrytis. " Les problèmes surviennent toujours sur des parcelles touchées par le botrytis, confirme Joël Carsoulle du Comité de développement du Beaujolais, sauf quelques très rares exceptions, associées à de la pourriture acide. " En Bourgogne et en Touraine, l´association est beaucoup moins nette. " On peut trouver des grappes à forte odeur avec vraiment très peu de pourriture, rapporte Pascal Mallier, et paradoxalement les parcelles les plus pourries sont moins problématiques. "
Bref, les chercheurs ont encore du pain sur la planche, mais les vignerons aussi qui pourraient coopérer davantage pour avancer sur le sujet. La Touraine avait lancé l´an dernier un questionnaire d´enquête anonyme, qui est presque resté lettre morte. " Pourtant c´est un souci collectif qu´il nous faut tous prendre en main ", regrette Pascal Mallier.

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