Réussir vigne 24 janvier 2005 à 17h51 | Par Steven Le Quellenec

Pollution des eaux -  Quels herbicides vigne pour demain ?

Une synthèse de la Protection des végétaux pointe du doigt la contribution des herbicides à la pollution des eaux. Ces résultats valident les mesures récemment prises et apportent des éléments pour choisir des molécules moins polluantes.

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Les herbicides les plus couramment utilisés en viticulture présentent une aptitude marquée au transfert par ruissellement. Telle est l´une des conclusions d´une synthèse récente rédigée par Pierre Speich et Philippe Reulet du Service de la protection des végétaux*. Cette synthèse compile les résultats d´analyses des eaux issus de 17 bassins versants à dominante viticole**. A l´heure où les mesures de restriction ou les retraits de certains herbicides, comme la terbuthylazine, se multiplient, ces résultats viennent ainsi étayer le discours des officiels. En effet, la terbuthylazine mais aussi le diuron, le glyphosate ou bien encore l´aminotriazole sont pointés du doigt dans le rapport (voir graphique). La terbuthylazine est par exemple détectée au dessus du seuil de 0,1 µg/l (seuil maximal pour une eau potable pour toute matière active) dans plus de 60 % des analyses effectuées sur les cours d´eau des 17 bassins versants. Ce nombre atteint plus de 70 % pour son métabolite (terbuthylazine déséthyl) et 45 % pour le glyphosate et l´aminotriazole.
Des mesures législatives justifiées
« Cette synthèse nous montre pour la première fois une tendance forte sur une vingtaine de bassins versants et non plus sur 1 ou 2 sites isolés, indique Philippe Reulet. Les mesures de retrait ou de restriction avaient été contestées. Ces résultats nous apportent les arguments nécessaires pour démontrer le bien fondé de ces décisions. » Mais le but des groupes régionaux est également d´évaluer les herbicides les plus susceptibles d´être utilisés tout en limitant au maximum leur impact sur l´environnement. Sur les cours d´eau et les eaux souterraines en particulier.
« La question à se poser aujourd´hui est : quels herbicides pour demain ?, lance Philippe Reulet. Quand on regarde les niveaux de détection de l´aminotriazole et du glyphosate, qui sont comparables, on est en droit de se demander quel est l´avenir de ces molécules. Dans la mesure où toutes les alternatives ne sont pas disponibles à ce jour, pour nous, la réponse est claire : à niveau de détection égal, le choix s´effectuera selon les objectifs prioritaires en fonction de la toxicité (le glyphosate est à priori moins toxique pour l´homme que l´aminotriazole à dose égale) ou de l´écotoxicité du produit (l´aminotriazole est plus perturbant sur l´environnement que le glyphosate à dose égale). »
Le glufonisate conseillé comme post-levée
« Le retrait de la terbuthylazine est l´occasion de repenser les choix de spécialités », précise ainsi la synthèse. Et de conseiller le glufosinate qui « paraît présenter une meilleure vitesse de dégradation et semble ainsi moins susceptible de se retrouver dans les eaux de ruissellement que le glyphosate ou l´aminotriazole ». Concernant les désherbants de pré-levée, les auteurs indiquent que « la flumioxazine, le flazasulfuron et la pendaméthaline, dans une moindre mesure, ont des niveaux de transfert très inférieurs au diuron et sont autant de solutions à priori moins pénalisantes ».
Cette compilation d´analyses n´a cependant pas permis de mettre en évidence une relation nette pour toutes les molécules entre les quantités appliquées au vignoble et les fréquences de détection. D´autres facteurs, comme l´aménagement des parcelles ou la sensibilité parcellaire, semblent entrer en jeu. Dans cette optique, une évaluation complémentaire (Draf-SRPV-ITV-Fredon) a été mise en place en 2004 afin de comparer les potentialités de transfert des différents herbicides et d´évaluer l´effet des bandes enherbées, d´un enherbement dans l´interrang ou de certains travaux du sol. Les premiers résultats semblent indiquer que toutes les molécules n´ont pas en effet les mêmes facultés de transfert et que la catégorisation des produits à risque n´est pas aussi simple qu´un clivage pré-levée/post-levée. Les résultats complets seront bientôt communiqués et concerneront non seulement les herbicides mais également les insecticides et fongicides, qui feront aussi en parallèle l´objet de synthèse détaillées. A suivre.
Rappel : Interdictions et restrictions
Depuis début octobre 2004, l´usage du glyphosate est limité à 2200 g de matière active au maximum par hectare et par an (en trois traitements maximum). Autorisé en association avec une autre matière active, le diuron est désormais réduit à 1500 g/ha/an et est susceptible d´être prochainement limité à 1200 voire 1000 g/ha/an dans certaines situations.
L´utilisation de la terbuthylazine est, quant à elle, interdite depuis le 1er juillet 2004. Celle de la simazine depuis le 1er octobre 2003 et celle du norflazuron depuis le 1er janvier 2004.
Source : SRPV

*Pierre Speich, Draf-SRPV Paca ; Philippe Reulet Expert « Pesticides-Eau-Environnement » de la DGAL-SDQPV (Draf-SRPV Aquitaine).
** Sur les 208 bassins versants étudiés par les groupes chargés de la coordination des actions portant sur la pollution des eaux par les produits phytosanitaires et regroupant : Draf, SRPV, Diren, Drass, BRGM, Agences de l´eau, Chambres d´agriculture.

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