Réussir vigne 11 novembre 2016 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Planter sur une parcelle enherbée, possible mais difficile

Un vigneron périgourdin, Marc-André Dalbavie, a implanté une vigne sur un terrain préalablement enherbé. Avec le recul, il pense que cette technique fonctionnerait mieux avec un greffage en place.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Suite à la venue d'un consultant méthode Hérody en 2015, Marc-André Dalbavie implante des engrais verts à l'automne (céréales et vesce). Au printemps, il détruit un rang sur deux (disques puis cultivigne) et tond le second rang.
Suite à la venue d'un consultant méthode Hérody en 2015, Marc-André Dalbavie implante des engrais verts à l'automne (céréales et vesce). Au printemps, il détruit un rang sur deux (disques puis cultivigne) et tond le second rang. - © M.-A. Dalbavie

Planter sur un terrain enherbé est-il une bonne idée ? C'est ce qu'a voulu savoir Marc-André Dalbavie, du domaine de la Voie Blanche, à Saint-Cyprien en Dordogne. « En bio, le défonçage est un gros problème, explique-t-il, car il déstructure le sol, et ce faisant, il favorise l'installation de chardon et de chiendent, dont il est difficile de venir à bout sans désherbant. Je voulais donc trouver un moyen de planter ma vigne sans détruire le sol. » Et ce d'autant plus que ce vigneron tend vers la permaculture, qui consiste à agir le moins possible sur la terre (pas de labour ni de fertilisation). Exit donc le défonçage de la parcelle, en avant l'enherbement.

De la luzerne pour pénétrer en profondeur

Pour ce faire, trois ans avant de planter sa vigne, Marc-André Dalbavie a semé de la luzerne, sur les trente ares concernés. « J'ai choisi cette espèce pour ses racines pivot qui plongent profondément dans le sol, se remémore-t-il. Car le sol de cette parcelle est argilo-calcaire. Après destruction, je pensais que cela faciliterait l'implantation des vignes ». Il y a ajouté du ray-grass, afin de travailler la couche superficielle du sol. Durant trois ans, il a régulièrement broyé son enherbement, afin d'obtenir une terre bien structurée et équilibrée.

L'hiver précédant la plantation, il a nettoyé la ligne des futures souches. Pour ce faire, il a passé un petit rotavator de jardin sur 50 centimètres de large, pour un espacement inter-rang de deux mètres. Puis il a décompacté le sol avec une dent descendant à 80 centimètres de profondeur. Au mois de mars, il a griffé la ligne des souches, puis il a fait planter ses cabernets francs greffés sur du 3309 Couderc en mai. Dans l'interrang, la luzerne a continué à pousser. C'était en 2012.

Un manque de vigueur évident

Quatre ans après, le bilan est mitigé. « Le taux de mortalité des ceps a été très faible, analyse Marc-André Dalbavie. Mais le démarrage de la vigne n'a pas été évident. Elle a peiné à s'installer et reste chétive. Il y a clairement un manque de vigueur. Par ailleurs, au bout de deux ans, des carences, notamment en magnésium, ont commencé à apparaître. Je pense que d'une part, la préparation du couvert est à affiner. D'autre part, qu'il vaudrait mieux greffer en place. »

Le vigneron souhaite planter une autre parcelle d'ici deux ou trois ans. Il n'envisage pas de revenir à une plantation sur sol nu. Mais il compte tester un enherbement plus diversifié comprenant plusieurs variétés de plantes, de type mélange Wolff. Et planter d'abord ses porte-greffes, pour un greffage en place trois ans plus tard. Rendez-vous dans six ou sept ans !

Pour plus d'infos sur la plantation : http://domaine-voie-blanche.com/blog/index.php?post/2012/06/14/242-planter-la-vigne-dans-son-gazon

Marine Balue, conseillère à la chambre d'agriculture du Var.
Marine Balue, conseillère à la chambre d'agriculture du Var. - © M. Balue

Marine Balue : « Attention à la concurrence »

« Planter sur un sol enherbé peut être une technique intéressante mais risquée, à cause de la concurrence hydrique et azotée avec les jeunes plants. L'intérêt est que l'on ne déstructure pas les horizons et que le sol ne reste pas nu. Mais je pense que si l'on veut protéger le sol des plantiers, mieux vaut opter pour un paillage biodégradable sous le rang, même si cela implique un désherbage préalable. Le greffage en place peut être une bonne option, puisque dans ce cas, c'est plutôt le développement racinaire qui nous intéresse. Et l'enherbement favorisera un enracinement plus en profondeur. Si toutefois on veut planter sur une parcelle enherbée, des précautions s'imposent. Avant toute chose, il est nécessaire d'effectuer une analyse de sol, pour établir ce qu'on a dans le sol (potasse, magnésie, phosphore, etc.) et le complémenter. Ensuite, il faut choisir avec soin les espèces. J'aurais plutôt conseillé d'ajouter des céréales à la luzerne, comme de l'avoine ou de l'orge. Elles auraient fait un travail de décompactage. Par ailleurs, la luzerne ne sèche peut-être pas suffisamment tôt pour un plantier. Enfin, mieux vaut limiter l'enherbement à un rang sur deux ou trois et/ou compenser avec une fertilisation azotée, et peut-être même une irrigation. »

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui