Réussir vigne 06 septembre 2002 à 13h50 | Par Julien Huchette

Oenologie - Des "petits pigeurs" efficaces pour faciliter l´extraction

Turbopigeur de Socma, Enomix de Pera et pigeur autonome d´Egretier : trois matériels aux caractéristiques différentes pour un même objectif : se rapprocher du pigeage traditionnel.

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Si le mot « pigeur » sonne doux aux oreilles des vignerons, il ne faut pas s´y tromper, il s´agit le plus souvent d´un nom commercial. Car, si les matériels proposés par les différentes sociétés, ont cet objectif avoué de tendre vers le travail de pigeage, le résultat s´apparente davantage, du moins pour certains, à celui obtenu par remontage. Cet avis est toutefois à nuancer par les derniers perfectionnements : coude orientable qui permet de mieux casser le chapeau chez Socma, repositionnement des tuyères pour une puissance renforcée chez Egretier. Quel que soit l´appareil, l´intérêt réside principalement dans la facilité de travail (gain de temps et de main d´ouvre, praticité, simplicité d´utilisation) plus que dans leur avancée technologique.

Des caractéristiques différentes selon les modèles
Il faut cependant bien les distinguer. Les caractéristiques et les modes de fonctionnement sont différents. L´Enomix nécessite une pompe alors que le turbopigeur et le pigeur autonome fonctionnent indépendamment. Il est spécifique aux rouges alors les deux autres peuvent également servir au bâtonnage des blancs. Leurs capacités extractives ne sont pas identiques : le pigeur autonome d´Egretier et l´Enomix sont les plus puissants bien que la puissance de l´Enomix soit directement dépendante de la pompe. Quoiqu´il en soit, ces « pigeurs » sont aujourd´hui de plus en plus prisés et leur utilisation se démocratise dans le milieu vinicole. L´Enomix est déjà commercialisé à plus de quarante exemplaires (depuis son lancement l´an dernier), Socma a vendu plus de 1 000 turbopigeurs en moins de cinq ans et Egretier une vingtaine de pigeurs autonomes.

Le Turbopigeur de Socma
Le turbopigeur est un appareil qui fonctionne en indépendance (ni pompe ni tuyaux). Il permet aussi le bien le remontage des rouges que le bâtonnage des blancs (inversion du sens de la pompe). Il est également utilisé pour homogénéiser une cuve lors d´un sulfitage ou d´un collage par exemple. Plusieurs options sont possibles : chapeau déflecteur qui assure une dispersion du liquide sous forme de corolle, double 1/2 coude qui permet une rotation automatique, un coude rotatif enfin assure la concentration de la totalité du flux sur alternativement toutes les zones du chapeau pour le faire basculer. Un variateur de vitesse fait varier le débit (maximum : 670 hl/heure), un système de diffuseur de gaz (Socma ou Onodev) permet des remontages aérés. Pour Denis Caboulet de l´ITV de Narbonne, le turbopigeur est un appareil très simple de conception et d´utilisation. « Son principal avantage réside dans sa facilité d´emploi et de nettoyage. » Il précise toutefois que le travail se rapproche plus d´un remontage que d´un pigeage : « en fait un remontage énergique ».

Et d´ajouter que « 20 minutes suffisent avec le turbopigeur pour remonter 200 hectolitres de jus quand il faut 1 ou 2 heures avec un remontage classique. » De plus, « cet appareil ne nécessite pas de tuyaux et ne demande aucune surveillance : il suffit de le déplacer de cuve à cuve. » Le turbopigeur a été critiqué pour sa faible capacité à immerger le chapeau. « L´ancien système formait une corolle de vin peu puissante qui engendrait des passages préférentiels. Les derniers perfectionnements, comme le coude orientable, permettent aujourd´hui d´atteindre cet objectif. » Cyril Chamontin du château de la Négly à Fleury d´Aude (11) utilise le turbopigeur pour des remontages considérant « qu´il est plus efficace qu´un remontage traditionnel avec les avantages de ne pas créer de passages préférentiels, de gagner en personnel et surtout en temps. » Ayant également testé le pigeur Egretier « qui exige deux personnes pour le manipuler », il souligne que « le turbopigeur n´en demande lui qu´une seule. »

L´Enomix de Pera
L´objectif de l´Enomix est d´éclater le chapeau de marc grâce à la puissance du jet. Contrairement aux autres « pigeurs », il nécessite une pompe d´une capacité de 250 à 300 hectolitres. C´est la pompe qui détermine ici la puissance du jet. Un moteur assure une trajectoire en spirale du jet de façon à répartir le jus sur l´intégralité de la surface du chapeau. Pour s´adapter à la forme des cuves, un système permet de réguler l´angle d´inclinaison, l´idéal étant bien sûr la cuve cylindrique.
Pour Jean Marie Hérail, onologue conseil à Pézenas, l´Enomix est l´appareil qui permet une extraction optimum. « L´Enomix, certes nécessite une pompe de bonne capacité mais c´est le meilleur outil pour avoir des vins structurés, gras, à couleur stable. Si les autres pigeurs (testés avant perfectionnements), juge Jean Marie Hérail font un travail qui s´apparente plus à un remontage classique, l´Enomix est l´appareil qui correspond le mieux à ce que l´on attend pour travailler un marc. »

Il précise que « l´avantage de l´Enomix, outre sa capacité d´extraction, réside dans sa facilité de travail : on peut le laisser tourner sans surveillance et se contenter de le changer de place. De plus, explique-t-il, sa légèreté le rend très maniable. » Denis Caboulet nuance un peu ces propos. « C´est un appareil qui reste cher par rapport au gain de facilité de travail : on a toujours besoin d´une pompe et de tuyaux. »

Le pigeur autonome d´Egretier
Ici, le jet n´est pas projeté sur le chapeau mais est directement propulsé au cour du marc. Un système de palonnier permet de positionner correctement les deux tuyères dans l´épaisseur du marc (les deux tuyères sont positionnées à des positions étagées), le moteur reste, lui, au ras du marc. Trois modèles existent : le plus petit a une puissance de 1,5 kW pour des volumes de cuves de 80 à 150 hl et le plus gros une puissance de 3 kW (38 kg) pour un débit de 1 600 hl/heure spécifique aux cuves de 500 hectolitres. Le bâtonnage des blancs est également possible. L´auto-pigeur se tourne à la main au fur et à mesure de la dislocation du marc. Selon le constructeur, cet outil, par sa puissance, ne demande que très peu de temps de travail. « Une minute suffit pour une cuve de 200 hl, une fois par jour. »


Pour Cyril Chamontin « le pigeur autonome se rapproche plus d´un pigeage car il casse l´intégralité du marc. Au domaine, nous souhaitons poursuivre le pigeage à la main. Nous n´avons donc pas fait l´acquisition de cet outil. Il est toutefois efficace notamment pour des cuves de taille importante (300 hl et plus). »
Alain Samson de l´Inra de Puech Rouge, précise que le pigeur autonome n´était pas, lors des premiers modèles, encore parfaitement au point. « Nous avons changé le positionnement des tuyères et monté un système de palonnier. L´appareil est aujourd´hui efficace : il permet de casser l´épaisseur du marc. L´aspect le plus positif de cet outil est d´assurer une bonne extraction. » Il souligne toutefois qu´il reste un appareil lourd et encombrant. « Cela ne pose pas de problèmes lorsque les cuves sont à la même hauteur dans une cave. Ce peut être un inconvénient si on doit le déplacer sur différents étages. »

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