Réussir vigne 10 juin 2002 à 15h22 | Par

Mildiou de la vigne - La modélisation, outil d´aide à la décision de traitement

La modélisation permet d´estimer les risques d´apparition du mildiou. Elle accompagne le viticulteur ou le technicien dans sa décision d´effectuer ou non un traitement. Tout en sachant que l´observation des parcelles reste indispensable pour confirmer cette décision.

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La modélisation du mildiou ne date pas d´aujourd´hui. C´est en 1980 que cet outil est né, sous la houlette de Serge Strizyk travaillant à l´époque à l´Acta. A la fin des années 80, Serge Strizyk a créé l´entreprise Sesma. Il a conçu les "Potentiels Systèmes", utilisés aujourd´hui par diverses entreprises (par exemple Aventis dont le modèle est appelé "Positif") et par des organismes de développement, de recherche et d´expérimentation, comme le Centre technique interprofessionnel de la vigne et du vin (ITV France). "L´objectif de la modélisation est d´estimer les risques d´apparition de la maladie", explique Bernard Molot, directeur de l´ITV Rhône Méditerranée, qui travaille sur ce sujet depuis une vingtaine d´années.

Estimation des risques
Cet outil est aujourd´hui connu. Il l´est d´autant plus qu´il s´intègre parfaitement dans les stratégies de protection raisonnée. "Sur une période de dix ans, nous avons constaté 40 % d´économie en coûts de traitement grâce à la modélisation, essentiellement sur le poste mildiou", précise Bernard Molot. Certes, ce taux de 40 % représente une moyenne. Les années de forte contamination, le nombre de traitements est équivalent, voire supérieur, à celui d´une protection systématique. Les années à moindre pression, il est inférieur... ou plutôt, il devrait l´être, car tous les producteurs ne prennent pas le risque de ne pas traiter.
Comme l´explique Bernard Molot, la modélisation ne résout pas tout : elle est un outil d´aide à la décision. L´observation des cultures reste indispensable. Chaque viticulteur doit considérer sa propre situation, la sensibilité des cépages, les conditions météorologiques locales, sans oublier l´état phytosanitaire de la parcelle. Souvent oïdium et mildiou vont de pair dans la décision de traiter pour ne faire qu´un seul passage, alors qu´il faut les considérer séparément selon les symptômes observés.

L´EPI : Etat potentiel d´infection
La modélisation lintègre des données météorologiques et se base sur deux critères : "l´EPI"et la "FTA".
L´EPI signifie l´Etat potentiel d´infection. "Cette composante illustre la qualité des oufs d´hiver (les oufs d´hiver constituant l´inoculum du champignon) : selon les conditions hivernales, le taux de mortalité des oufs est plus ou moins important, leur date de maturité est plus ou moins précoce". Plus l´EPI est faible, plus les risques d´apparition de la maladie sont faibles en début de saison.
Pour donner un ordre de grandeur, l´EPI au début du mois d´avril est généralement compris entre - 20 et + 20. Lorsqu´il est inférieur à - 10, les risques sont très faibles ; lorsqu´il est supérieur à + 10, les risques sont élevés. "Attention toutefois, on peut avoir un EPI élevé en début de saison, mais ne pas avoir d´explosion du mildiou car la météo du printemps n´est pas propice à la maladie. Dans ce cas, il n´est pas nécessaire de traiter", souligne Bernard Molot.
En saison, les valeurs de l´EPI peuvent évoluer de - 20 à environ + 50. C´est le printemps qui décide de ce qui va se passer réellement.


Prise en compte des températures
En effet, la formation des foyers primaires nécessite des températures supérieures à10-11ºC et la présence de flaques d´eau, une fois la vigne débourrée. La durée d´incubation du champignon varie entre 10 et 20 jours, voire plus : c´est après ce délai que l´on peut voir des symptômes sur la culture.
Les foyers secondaires (issus des foyers primaires) nécessitent de la pluie : il suffit d´une heure d´humectation de la feuille ou du grain de raisin. La durée d´incubation varie alors entre 4 et 10 jours. Ces données biologiques sont bien sûr intégrées dans le modèle mildiou.
Les données météorologiques, pluies journalières et températures horaires, sont relevées dans plusieurs stations réparties sur les différents départements, à partir du 1er octobre de l´année précédente. Elles sont traitées à l´ITV avec le modèle Potentiel système version 97 qui, selon Bernard Molot, donne de bonnes simulations. Les résultats (EPI + FTA) sont envoyés régulièrement à des consultants privés, des firmes phytosanitaires, des vignerons, des caves coopératives, la Protection des végétaux et aux conseillers des chambres d´agriculture, qui les utilisent pour faire des préconisations.

La FTA : Fréquence théorique d´attaque
L´autre composante fournie par le modèle est la FTA ou Fréquence théorique d´attaque. Elle représente le pourcentage d´organes touchés au cours de la période considérée. "Pour simuler la FTA, nous avons des parcelles de suivi. Il s´agit de parcelles sensibles, ne recevant aucune protection fongicide. De ce fait, nous prenons des marges de sécurité. Nous considérons également les observations faites par les techniciens".
La protection contre le mildiou tiendra compte de ces deux données : EPI et FTA. En début de saison, plus l´EPI est faible, plus on peut tolérer des FTA élevées avant d´engager un traitement. A titre d´exemple, pour un EPI compris entre - 10 et 0 et une FTA comprise entre 4 et 6, les parcelles sensibles peuvent commencer à être traitées.

Des facteurs de variation
Pour un EPI supérieur à10 et une FTA proche de 0, il est conseillé de traiter toutes les parcelles s´il y a risque de pluie à l´époque de l´apparition des foyers primaires. Et une protection générale s´impose lorsque la FTA est comprise entre 10 et 30.
Les données du système sont fiables ; elles décrivent la situation du mildiou sur le terrain. Mais les facteurs de variation sont aussi importants. Ils le sont encore plus lorsque des simulations sont faites sur l´avenir (certains fournisseurs préconisent des traitements à partir des prévisions météo).
La modélisation ne peut qu´accompagner le viticulteur dans sa décision de traiter, sachant que d´autres variantes peuvent jouer sur l´efficacité du traitement, par exemple les modes de conduite, les conditions de pulvérisation et bien sûr, le choix du produit.

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