Réussir vigne 12 décembre 2018 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Mesurer les composés organiques volatils de la vigne pour optimiser l'emploi des stimulateurs de défense

La mesure des composés organiques volatils émis par la vigne pourrait être un indicateur pour faciliter le positionnement des produits de stimulation des défenses naturelles. Le transfert de cette technique du labo au champ est toutefois délicat.

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Les capteurs de COV sont placés à l’intérieur d’une boule à thé disposée au cœur du feuillage.
Les capteurs de COV sont placés à l’intérieur d’une boule à thé disposée au cœur du feuillage. - © IFV

Tous les végétaux émettent des composés organiques volatiles, qui sont en quelque sorte des signaux de réaction, de communication ou encore de défense. À ce titre, lorsque des stimulateurs de défense naturelle (SDP) sont appliqués sur la vigne pour la protéger des maladies, elle émet de tels composés. « C’est ce mécanisme que nous étudions au laboratoire et au champ dans le cadre du projet Codevi-SDP, explique Nicolas Aveline de l’IFV de Bordeaux. Notre objectif est de mettre au point un outil simple pour mesurer ces marqueurs d’activité des stimulateurs, et permettre ainsi un positionnement plus précis de ces produits, qui sont souvent appliqués en début et en fin de saison de manière empirique. »

Les résultats au laboratoire sont prometteurs

Sous serre, les résultats obtenus depuis deux ans par l’Inra de Dijon sont encourageants. Les tests ont été réalisés sur des boutures foliaires, qui ont été ensachées afin de créer une atmosphère confinée. Des capteurs type twisters Gerstel, posés à proximité des boutures, ont ainsi permis de collecter après l’application des SDP un bouquet de composés volatils, le niveau de la collecte étant plus abondant le cinquième jour après l’application. " Ce qui confirme qu’il faut du temps avant que les mécanismes de défense soient en place », explique Xavier Daire, ingénieur à l’Inra de Dijon. Les composés volatils collectés sont abondants dans la modalité sous serre. « On relève notamment de grandes quantités de farnésène sur le marselan », souligne le chercheur.

Un transfert difficile de la méthode dans les vignes

Parallèlement à ces travaux de laboratoire, deux parcelles d’essai ont été mises en place, à Bordeaux et Dijon. Trois modalités y ont été étudiées : deux applications de COS-OGA, en début ou fin de saison, et entre la fermeture de la grappe et le début de la véraison. Les capteurs étaient placés au cœur du feuillage pendant 24 heures. « En 2017, les composés volatils captés étaient peu nombreux, différents de ceux trouvés sous serre et surtout avec une grosse variabilité selon les jours qui ne permettait pas de corréler l’application de SDP et l’émission de composés volatils », regrette Nicolas Aveline. En 2018, les capteurs ont été positionnés dans la parcelle pendant une semaine complète, mais les résultats sont restés mitigés, avec toujours peu de composés volatils captés mais une identification plus précise de ces composés. « Ces résultats en demi-teinte traduisent la difficulté à transférer la méthode du laboratoire au terrain avec l’interaction de phénomènes d’environnement », précise le chercheur.

Pour 2019, afin de concentrer la collecte des composés volatils, les mesures sur le terrain seront réalisées sur des rameaux ensachés avec une dose plus forte de SDP. « Nous espérons que ces conditions de collecte permettront de valider les résultats prometteurs obtenus au laboratoire, concède Nicolas Aveline. Des résultats qui sont corrélés à une évaluation positive de l’efficacité de ces SDP par ailleurs. » Parallèlement, l’Inra de Dijon va travailler sous serre sur les cépages chardonnay et cabernet franc, qui n’émettent pas les mêmes composés volatils que le marselan. Les chercheurs vont également se rapprocher de fabricants de matériel, afin de travailler à la mise au point de capteurs spécifiques. À terme, ils espèrent mettre à disposition de la profession un outil fiable et rapide qui permette de piloter avec précision l’utilisation de ces solutions alternatives pour protéger la vigne.

Les conditions d’expérimentation

Sous serre à Dijon, où l’expérimentation est conduite avec le cépage marselan
En plein champ à Bordeaux, où l’essai est réalisé sur cabernet franc, et à Dijon sur chardonnay
Les SDP testés dans le projet COS-OGA (Bastid) sous serre et en plein champ, chitosan sous serre
Principaux composés volatils captés farnésène (très présent sur marselan), méthyl-salycilate, pinène, criphyllène, ocimène.

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REMY (79) | 14 décembre 2018 à 18:08:40

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