Réussir vigne 06 avril 2001 à 10h41 | Par Marie-Annick Carré

Maladies du bois : les vignes pourront-elles vivre avec ?

D´un côté un produit toxique et nocif pour l´environnement. De l´autre, des maladies qui risquent de se propager et anéantir une partie des vignes les plus anciennes. C´est l´alternative qui se présente à l´horizon 2003. Entre deux maux, il va falloir choisir.

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A plus long terme, d´autres perspectives de lutte existent. Encore faut-il y mettre les moyens. Pour l´Inra, la question posée est celle du maintien du potentiel qualitatif du patrimoine viticole.

Si la façade atlantique est la plus sévèrement touchée, l´eutypiose, l´esca et le black dead arm, identifié plus récemment, sont présents dans d´autres régions : Languedoc, Champagne... Et la situation risque de ne pas s´arranger. Ces maladies du bois ont en effet la particularité de s´installer sur des ceps vieillissants, de plus de huit ans en général. Mais de plus en plus, on observe des symptômes sur des vignes plus jeunes.
Eutypiose : seuil acceptable
Pour l´eutypiose, une liste de recommandations a été établie par l´Inra, qui permettent, sinon d´éradiquer, d´endiguer la maladie. Les deux premières sont prophylactiques. Objectif nº1 : diminuer les sources d´inoculum en collectant et sortant des parcelles, notamment, tous les pieds et les bois morts. Objectif nº2 : limiter l´installation du champignon. Une mesure qui passe notamment par un choix judicieux de la période de taille.
La troisième recommandation est du domaine de la lutte curative : restaurer les ceps malades par le recépage. Enfin, il est nécessaire de mettre en ouvre une lutte préventive en protégeant les plaies de taille. Le seul produit homologué spécifiquement est l´Escudo, association de carbendazime et de flusilazole. Un produit efficace mais d´emploi contraignant : il doit être appliqué avec un sécateur traitant ou manuellement à l´aide d´un pinceau ou d´un tampon applicateur. On peut aussi utiliser des mastics protecteurs (Phytopast, .). Enfin, un autre produit à base de cuivre et de folpel (le vifolcuivre, extension d´emploi) a donné satisfaction à plusieurs viticulteur dans le Sud-Est de la France.
Redoutable arsénite
Pour l´esca et le black dead arm, le nerf de la guerre est l´arsenite de sodium. Un produit efficace mais redoutable sur le plan de l´environnement et hautement toxique pour l´utilisateur. Le fongicide reste homologué jusqu´en 2003. Au-delà, son autorisation ne pourra être maintenue que par le biais de dérogations accordées par les pouvoirs publics. Les trois industriels qui le commercialisent ont en effet fait savoir qu´ils ne demanderaient pas sa réhomologation. Si la durée de vie du produit n´est pas prolongée, le seul remède contre ces maladies reste alors l´arrachage. Une solution radicale qui n´est pas sans conséquences sur la qualité du vin.
A plus long terme, on peut espérer une alternative à l´arsénite de sodium. Mais trouver de nouveaux produits efficaces parmi les produits déjà sur le marché demande au minimum trois années d´expérimentation et des moyens humains et financiers. Philippe Larignon, de l´Inra de Bordeaux, propose de "regarder ce qu´utilisent les vignerons qui ne sont pas touchés par l´esca".
Par ailleurs, une étude de la biologie du champignon est nécessaire. "On ne connaît pas le mode de conservation des champignons. On ne sait pas quelle est la cible à atteindre", lance Bernadette Dubos de l´Inra de Bordeaux. Pourtant, ces maladies du bois ne semblent pas être une priorité pour l´Inra qui ne leur a alloué aucun crédit.
A l´étranger, les travaux restent aussi assez confidentiels. Une équipe italienne aurait mis en évidence un effet stimulateur des défenses naturelles de la plante par l´Aliette, produit à base de fosétyl-Al. Des résultats que Bernadette Dubos ne juge cependant pas convaincants.
Une partie de la solution pourrait également venir des plants. "Il serait important d´intervenir au niveau de la sélection sanitaire des plants", affirme Philippe Larignon. Le cryptonol, fongicide utilisé en pépinière est-il efficace contre les maladies du bois ? Aucune étude n´a été menée à ce jour pour répondre à cette question. L´analyse réalisée par l´Inra en 1999-2000 sur 500 bois de porte-greffes a révélé la présence de champignons responsables des maladies du bois sur 2 % des échantillons. Reste l´amélioration génétique qui pourrait peut-être permettre d´obtenir des plants indemnes de maladies. Mais on entre là dans le domaine de la transgénèse... et donc du long, voire très long terme.
En attendant une hypothétique arrivée de plants résistants aux maladies du bois, le point crucial est celui de la sauvegarde des vignes existantes. Comment les viticulteurs vont-ils pouvoir vivre avec l´esca après 2003 ? Mieux vaut se poser la question dès aujourd´hui.

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