Réussir vigne 22 février 2002 à 17h37 | Par Propos recueillis par Claudine Galbrun

Louis Lurton - "Conventionnels ou bios : à plus ou moins long terme, nos intérêts sont communs"

Le président de la Fédération nationale interprofessionnelle des vins « bios » Louis Lurton, vigneron à Pessac-Leognan, en est persuadé : conventionnels ou bios, il faut se serrer les coudes.

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Certains n´hésitent pas à accuser les vins bios de nombreux maux. Que leur répondez-vous ?
Louis Lurton - Mon objectif, depuis que je suis président de la Fnivab, est de tout mettre en ouvre pour ne pas fragiliser la filière vitivinicole dans son ensemble. S´attaquer aux vins bios pour faire valoir une autre approche est irresponsable. A ce jeu-là, on sera tous perdants. L´agrobiologie est pleine d´avenir car elle apporte une réponse aux problèmes actuels de la civilisation. Ce n´est pas la seule réponse mais c´est en tous cas une réponse crédible aux demandes du consommateur. Certains croient encore qu´ils ont le pouvoir d´imposer leurs vins, produits selon leurs critères, sans référence à un cahier des charges. Prenons l´exemple de Bordeaux. Toute la réflexion tourne autour du contrôle aval de la qualité et de la redéfinition de l´agrément. Mais on se refuse à mettre en place le contrôle des conditions de production deman-dé par l´Inao. Alors, jeter à la tête des bios la question des résidus par exemple, c´est se tromper de débat. Mieux vaut rechercher une cohérence professionnelle et permettre à chaque filière de s´exprimer. Conventionnels ou bios : à plus ou moins long terme, nos intérêts sont communs.
Il y a le problème posé par une utilisation massive de cuivre...
L. L. - Je ne dis pas qu´il n´y a pas de problème avec le cuivre. Notre objectif est clair : diminuer les doses. Nous demandons que Bruxelles fixe un seuil maximal sur cinq ans, de huit kilos à l´hectare. Cette réglementation serait valable pour tous, y compris les agriculteurs en reconversion, et quel que soit le climat. Il est vrai que des problèmes de phytotoxicité et de stérilisation des sols se sont posés avec la bouillie bordelaise mais, aujourd´hui, nous disposons de nouvelles formulations. Certains agrochimistes souhaiteraient que le cuivre soit retiré du marché mais ce serait alors la fin de la bio. Nous sommes d´accord pour tendre une joue mais pas l´autre.
Comment se porte le marché des vins bios ?
L. L. - Celui-ci est stable et assez rémunérateur. Mais nous constatons un afflux massif de vignerons vers la reconversion. Ce qui va inéluctablement entraîner le marché à la baisse. Certains, en particulier dans le Midi, se découvrent opportunément une vocation de bio pour récupérer des subventions. On peut douter de la pérennité de leur projet, de la qualité de la certification et des contrôles. Il serait bon que la DGCCRF s´y intéresse. D´accord pour une augmentation régulière de la production mais ni le marché, ni les structures n´ont la capacité d´avancer à marche forcée.
Un décret devrait paraître consacrant l´existence d´une agriculture raisonnée.
Est-ce la bonne direction ?

L. L. - L´agriculture raisonnée a été imposée par les politiques, les scientifiques et les firmes agrochimiques. Je ne peux que m´opposer à cela. C´est un schéma dangereux. Nous, les agrobiologistes, nous partons de la base pour faire remonter nos dossiers vers les instances concernées. Il serait bon de revitaliser la démocratie à l´intérieur des syndicats agricoles qui agissent comme des lobbys conservateurs. La maîtrise des rendements, la biodiversité sont des sujets dont tout le monde parle à Bordeaux, pour reprendre cet exemple, mais qui ne sont portés par aucune structure professionnelle. Un immobilisme inquiétant. Dans le monde actuel, ce qu´il faut, c´est s´adapter continuellement et avoir de temps en temps l´humilité de se prendre quelques claques...

(1) Fédération nationale interprofessionnelle des vins bios.

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