Réussir vigne 04 avril 2018 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Les trois gestes pour réagir après le gel

Le gel 2017 a été particulièrement cruel. À l’heure de tailler les vignes atteintes, vignerons et conseillers tirent des enseignements des actions les plus favorables. Voici comment optimiser la reprise de la vigne.

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Pousse dont les grappes ont gelé. L’œil secondaire est reparti 12 à 15 jours après et sera fructifère.
Pousse dont les grappes ont gelé. L’œil secondaire est reparti 12 à 15 jours après et sera fructifère. - © G. Rey

Si la récolte de l’année est parfois inexistante, en fonction du taux de gel, les vignerons peuvent parfois espérer une remise à fruit avec un niveau de récolte de 20 à 50 %.«Mais, souligne Guillaume Desperrières, ingénieur agronome œnologue au sein du laboratoire d’analyses SRDV, l’enjeu majeur des gestes après un gel est d’assurer un développement végétatif de la vigne suffisant pour permettre la mise en réserve de l’année suivante et de rétablir une structure qui sera propice à une taille fructifère pour la future récolte. » Voici comment procéder.

1 - Agir en fonction du niveau de gel

Le premier conseil est d’évaluer l’intensité du gel, afin de réagir en conséquence. Dans le cas de vignes totalement gelées, « il n’y a rien à faire, les bourgeons secondaires vont redémarrer », informe Gilles Rey, consultant indépendant. Néanmoins, pour préparer l’année suivante, il peut être judicieux « de supprimer les bourgeons du vieux bois afin d’obtenir une meilleure vigueur et un meilleur aoûtement sur ceux qui restent », indique Aurélien Berthou, responsable développement sud-ouest chez Fruition Sciences. Par prudence, il est également conseillé de garder quelques rameaux dont la position pourrait être stratégique pour la taille 2018. Le rendement de l’année du gel est fortement réduit et dépend de la floribondité (nombre de grappes) des rameaux secondaires. Au mieux, il est possible d’espérer entre 20 et 40 % du rendement, en fonction de divers facteurs comme la luminosité. Et sous réserve que les rameaux secondaires ne soient pas gelés également !
Si l’apex est touché mais les grappes sont indemnes, il est recommandé de ne pas toucher aux rameaux ; les entre-cœurs de la base du rameau vont sortir. En revanche, pour éviter le développement d’un port buissonnant, « il faut supprimer une partie des entre-cœurs (ceux de la base) », note Aurélien Berthou. Dans ce cas, le rendement est peu touché.
Si l’apex et les grappes sont touchés, soit on ne fait rien et l’entre-cœur le plus proche de l’apex va redémarrer, soit on essaie de favoriser le départ des bourgeons secondaires « en coupant les pousses au ras », explique Gilles Rey. Compte tenu du potentiel fructifère des bourgeons secondaires, cette stratégie permet de limiter les pertes de rendement de l’année en cours.

Sur ce rameau, tous les bourgeons ont été gelés.
Sur ce rameau, tous les bourgeons ont été gelés. - © Fruition Sciences

2 - Réaliser des apports nutritionnels

Avec le gel, la vigne a réalisé un deuxième débourrement et a épuisé beaucoup de réserves. Il faut donc être très vigilant sur la nutrition foliaire. Gilles Rey recommande la pulvérisation d’une solution foliaire riche en phosphore et oligoéléments au printemps, avec un ajustement en fonction des analyses de limbes en saison. Et en fin de saison après la récolte, il prône un apport permettant d’assurer une richesse suffisante dans les bois avant la taille suivante. Au-delà du soutien pour la récolte de l’année, souvent très faible, l’enjeu est de favoriser le développement végétatif de la vigne, afin qu’elle accumule les réserves nécessaires pour l’année suivante. Dans ce contexte économique souvent délicat, aucune impasse ne doit être réalisée sur les fertilisations d’entretien au sol.

3 - Protéger le feuillage en post-récolte

Même en absence de perspective de récolte, il est préconisé de protéger le feuillage des parcelles gelées vis-à-vis des maladies, là encore pour maximiser la surface foliaire et maintenir un feuillage actif et sain, nécessaire pour une bonne mise en réserve. « Et en fin de saison, après la récolte, un apport de cuivre est conseillé pour soutenir le développement végétatif de la vigne qui a été décalé compte tenu d’un nouveau débourrement », observe Guillaume Desperierres.

 

« Des apports foliaires de potassium et magnésium »

« En 2017, la quasi-totalité de notre vignoble (77 hectares) a gelé, avec différents niveaux de dégâts. Des vignes totalement gelées n’avaient plus aucune végétation ; sur d’autres parcelles il y avait des feuilles sur les 10 premiers centimètres et des grappes détruites. Sur les parcelles totalement gelées, la sortie de contre-bourgeons a permis une production de 5 à 25 hl/hectare sur merlot. Pour soutenir la vigne et stimuler sa croissance, nous avons réalisé des apports foliaires de potassium et de magnésium au stade 3 feuilles. Pour les autres parcelles, avant d’éviter un port buissonnant, nous avons tenté de stimuler les contre-bourgeons en cassant les bourgeons à la main et en laissant le bourgeon de la base de l’aste afin d’avoir une base de taille pour l’année suivante. Au final, sur ces parcelles, sur merlot, nous n’avons quasiment rien récolté (8 à 10 hl/ha) alors que sur cabernet, la récolte était seulement en réduction de 4 à 5 hl/ha. A posteriori, je pense qu’il aurait fallu tout faire tomber pour stimuler la vigne dans les jours qui ont suivi le gel, afin de gagner en homogénéité de récolte et en qualité.

À l’heure de la taille hivernale, nous sommes confrontés à une succession de cas particuliers pour sélectionner les bois fructifères. Une taille compliquée et longue qui nécessite une main-d’œuvre qualifiée. Au printemps 2018, je serai très attentif sur l’état du vignoble afin de pallier, si besoin, d’éventuelles carences et de repartir sur de bonnes bases ! »

- © N. Lesaint

« Des apports foliaires de potassium et magnésium »

L'avis de Nicolas Lesaint, directeur technique Château de Reignac, à Saint-Loubès, en Gironde.

« En 2017, la quasi-totalité de notre vignoble (77 hectares) a gelé, avec différents niveaux de dégâts. Des vignes totalement gelées n’avaient plus aucune végétation ; sur d’autres parcelles il y avait des feuilles sur les 10 premiers centimètres et des grappes détruites. Sur les parcelles totalement gelées, la sortie de contre-bourgeons a permis une production de 5 à 25 hl/hectare sur merlot. Pour soutenir la vigne et stimuler sa croissance, nous avons réalisé des apports foliaires de potassium et de magnésium au stade 3 feuilles. Pour les autres parcelles, avant d’éviter un port buissonnant, nous avons tenté de stimuler les contre-bourgeons en cassant les bourgeons à la main et en laissant le bourgeon de la base de l’aste afin d’avoir une base de taille pour l’année suivante. Au final, sur ces parcelles, sur merlot, nous n’avons quasiment rien récolté (8 à 10 hl/ha) alors que sur cabernet, la récolte était seulement en réduction de 4 à 5 hl/ha. A posteriori, je pense qu’il aurait fallu tout faire tomber pour stimuler la vigne dans les jours qui ont suivi le gel, afin de gagner en homogénéité de récolte et en qualité.

À l’heure de la taille hivernale, nous sommes confrontés à une succession de cas particuliers pour sélectionner les bois fructifères. Une taille compliquée et longue qui nécessite une main-d’œuvre qualifiée. Au printemps 2018, je serai très attentif sur l’état du vignoble afin de pallier, si besoin, d’éventuelles carences et de repartir sur de bonnes bases ! »

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