Réussir vigne 16 février 2004 à 11h59 | Par Steven Le Quellenec

Interprofession viticole - La campagne de publicité du BIVB interdite

Le BIVB a été condamné à suspendre sa campagne de publicité pour cause de non respect de la Loi Évin. Une décision qui pourrait sonner le glas de la publicité pour les interprofessions.

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Le Tribunal de grande instance de Paris a décidé le 6 janvier 2004 d´interdire la poursuite de la campagne publicitaire du BIVB (Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne). En cause ? Le non respect de la Loi Évin. Le BIVB utiliserait des critères interdits, comme des mots tirés du vocabulaire oenologique. « Nous allons faire appel de cette décision car selon nous il existe un vide juridique pour les interprofessions dans la Loi Évin », annonce le BIVB. L´interprofession bourguignonne explique en effet que l´article L3323-4 du Code de la santé publique mis en avant ne se préoccupe que de la publicité d´une boisson alcoolisée bien déterminée et non pas d´un ensemble de boissons comme peut le promouvoir une interprofession viticole.

Elle estime ainsi qu´elle ne peut communiquer sur de nombreux critères listés par l´article incriminé : les vins de Bourgogne n´ont, par exemple, pas tous le même degré volumique d´alcool, chaque vin a également une composition et une origine différente. Cette interdiction apparaît préoccupante pour un secteur d´activité au contexte économique jugé « tendu ». « Nous organiserons fin janvier une rencontre entre le BIVB et les politiques bourguignons ». Politiques régionaux qui seront mis face à une attitude gouvernementale très critiquée actuellement.

« Après le tabac, un lobby anti-vin se met en place »
« Nous nous trouvons désormais dans un système qui pénalise les appellations collectives, explique Jérôme Agostini, président du Cniv (Comité national interprofessionnel des vins d´appellation d´origine). Après le tabac et la bière, un lobby anti-vin se met en place. Il s´agit d´une stratégie volontaire du gouvernement. » Le BIVB et le Cniv sont d´autant plus remontés que l´Anpa (Association nationale en prévention de l´alcoolisme), association financée par le Ministère de la santé, est à l´origine de la procédure judiciaire et n´a pas prévenu au préalable le BIVB afin de trouver un compromis ou d´entamer des discussions.
©www.vins-bourgogne.fr

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Des interprofessions sereines mais attentives
« On interdit aux Bourguignons d´exprimer leur spécificité, continue Jérôme Agostini. Si l´appel n´aboutit pas favorablement, cela préjudiciera complètement les appellations d´origine et les campagnes collectives. La loi interdira alors le vocabulaire usité et reconnu légalement dans notre milieu professionnel. C´est pourquoi le Cniv soutiendra le BIVB dès que la procédure d´appel s´engagera. » Depuis la Loi Évin en 1991, c´est la première fois qu´une interprofession est attaquée sur sa communication publicitaire. Cette affaire pourrait alors faire jurisprudence et inquiéter sérieusement les campagnes de toutes les interprofessions viticoles.

« Cette affaire nous permet d´anticiper, explique Christophe Logeais du CIVL (Comité interprofessionnel des vins du Languedoc) qui lance une campagne d´envergure nationale cette année . Nous étudions la validité de notre campagne auprès du BVP (ndlr : Bureau de la vérification de la publicité) et des journaux et il n´est pas impossible que certains de nos visuels subissent quelques changements. Nous devons être très vigilants et tenir compte de toutes les dispositions légales qui deviennent de plus en plus dures, surtout depuis un an. Et le problème n´est même pas européen mais franco-français ! On scie la branche sur laquelle on est en se mettant des contraintes hallucinantes. Nous avons vraiment le sentiment que le vin est devenu le mauvais élève de la classe. »

Côté bordelais, l´attitude est plus sereine mais tout aussi attentive à la suite des événements. « Si nous ne pouvons pas parler d´oenologie, c´est vrai que cela va être un problème, explique Roland Feredj du CIVB (Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux). Mais pour le moment, il n´y a pas péril en la demeure. Nous avons la conviction que notre campagne " Buvons moins. Buvons meilleur " est conforme à la Loi Évin. Nous insistons bien sur la modération de la consommation et sur le plaisir de la dégustation. Mais nous restons tout de même vigilants sur les suites de l´affaire et nous consulterons nos juristes à l´issue de l´appel ».

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