Réussir vigne 14 octobre 2005 à 15h15 | Par Claudine Galbrun

Fixation des rendements en AOC - L´Inao s´aligne sur le marché

Le Comité national des vins de l´Inao a décidé une baisse généralisée des rendements pour l´ensemble des AOC. Une décision largement motivée par les conditions de marché.

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L´Inao a donc pris la décision de baisser globalement les rendements, selon les appellations de 3 à 5 hl/ha, en moyenne, par rapport aux niveaux fixés l´an dernier. L´Inao n´avait, semble-t-il pas d´autre choix que de tenir compte de la situation de crise que vit le vignoble français dans son ensemble et quelle autre décision prendre que de diminuer les rendements pour tenter d´apurer le marché. De là à faire dire à l´Inao que la fixation des rendements s´est faite uniquement en fonction de conditions de marché, il y a un pas. « L´Inao a toujours combiné les conditions techniques et qualitatives avec de l´information économique. » Même si l´Institut reconnaît toutefois que cette année « le poids du contexte économique a pesé un peu plus lourd que d´habitude ». Inutile de se cacher derrière son petit doigt, souligne la Cnaoc.
« Les considérations économiques ont bien évidemment prévalu. Mais ce n´était pas un comité national comme les autres. Chacun a senti la gravité de la situation dans les régions d´AOC et c´est l´intérêt général qui a prévalu. Les décisions ont été prises dans un climat de sérénité et de responsabilité. Même si, sans doute, il va y avoir des mécontents dans certaines régions, le ministère de l´Agriculture devrait avaliser les propositions du comité national. ». Ce mécontentement ne s´est d´ailleurs pas fait attendre et notamment dans le Mâconnais. Voilà bien le problème : faire coexister une logique collective avec des logiques individuelles, sachant que le rendement est une composante non négligeable du revenu. Car, comme le souligne Xavier de Volontat, président des VIF (Vignerons indépendants de France) : « tout le monde ne va pas mal au même moment ».
La Cnaoc avait d´ailleurs défendu le dispositif d´un PLC (Plafond limite de classement) individuel afin de tenir compte de la situation de chaque exploitation. Mais compte tenu des efforts fournis par une majorité de vignerons pour envoyer des volumes à la chaudière, l´attribution de tels PLC aurait ruiné l´esprit collectif qui avait animé les régions. Du moins certaines. « Cette décision de baisse des rendements doit dans un premier temps concourir à un nouvel équilibre du marché. Laissons ensuite les esprits mûrir afin de trouver des mécanismes individuels », estime la Cnaoc. Certaines voix s´élèvent pour dire aujourd´hui que le rendement, en matière de gestion des vins AOC devient une variable d´ajustement entre l´offre et la demande et font remarquer au passage que cela est quelque peu en contradiction avec la philosophie de l´AOC, le rendement étant, normalement dans ce cas, un indicateur qualitatif du vin.
« L´abus de manipulation économique des rendements des vins d´appellation peut nuire gravement à la crédibilité de notre système d´AOC et, par là même, donner des armes à ceux qui, à l´OMC, estiment qu´il ne s´agit que d´une politique malthusienne camouflée sous une réthorique qualitative. », indique dans son blog (www.vin & cie), Jacques Berthomeau, auteur du rapport Cap 2010. Et de poursuivre : « Trop de stocks, donc il faut moins produire, conséquence : baisse des rendements et le tour est joué ; sauf que, si ma mémoire est bonne, le rendement moyen de l´appellation est une variable qualitative, le baisser uniformément pour agir sur les volumes produits c´est faire comme si un vin d´AOC était une matière première homogène, substituable, comme la betterave à sucre ou le colza. De deux choses l´une soit le rendement fixé d´ordinaire était trop élevé et alors le vin produit par le passé n´était pas à la hauteur des ambitions de l´appellation ; soit il se situait au bon niveau et rien ne justifie, même en période de mévente, de le baisser. »
Certes, reconnaît l´Inao, le rendement joue énormément sur les quantités disponibles mais pour sa défense affirme que « d´un point de vue qualitatif, les conditions de production c´est-à-dire la taille, la densité et le degré minimum sont plus importantes que de passer un rendement de 55 à 54 hl/ha ». Et de rappeler au passage que le comité national a également décidé de plafonner l´enrichissement dans les régions qui peuvent y prétendre. Certains choix opérés par l´Inao soulèvent également question. En effet, le comité national a accordé à une appellation régionale un rendement inférieur à celui autorisé dans les appellations communales ou à certains grands crus. C´est le cas, par exemple, pour l´AOC bordeaux qui se voit attribuer un rendement de 54 hl/ha tandis que ce dernier à Pauillac atteint 55 hl/ha. En Beaujolais, la chose se vérifie également avec un rendement pour l´AOC beaujolais de 53 hl/ha tandis que les crus à l´exception notamment de moulin à vent, peuvent aller jusqu´à 54 hl/ha.
Ce qui ne serait pas sans perturber la hiérarchisation opérée depuis des lustres au sein des appellations et faisant entre autres, de la composante rendement, un critère essentiel de la pyramide qualitative, sur le mode : plus le rendement est faible, plus le vin sera bon.
L´Inao reconnaît que cela va entraîner une difficulté à savoir qu´il n´y aura pas de possibilité de repli pour les AOC communales ou les crus en AOC génériques, les conditions de production étant incompatibles. « Mais, en termes de fonctionnement du peuplement végétatif, dans la mesure où la densité est jusqu´à trois fois plus élevée dans certains crus par rapport aux appellations génériques, cela n´est pas une aberration technique. Nous ne sortons pas de la cohérence conditions de production/niveau des rendements. »
L´Inao reconnaît que dans sa décision de revoir à la baisse les rendements, « le poids du contexte économique a pesé un peu plus lourd que d´habitude. » ©B. Compagnon

Faut-il à tout prix rechercher l´équilibre offre-demande ?
Au-delà des choix opérés par l´Inao, faut-il à tout prix rechercher l´équilibre offre-demande ? « C´est un mythe que de le vouloir et c´est absurde », estime Patrick Aigrain, expert auprès de l´OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin). « D´une part parce que le vin est un produit stockable et miscible et que d´autre part, l´équilibre parfait entre offre et demande ne permettrait pas de satisfaire tous les segments de marché. L´offre doit être supérieure à la demande. Le tout est de savoir à partir de quand l´écart entre les deux devient intolérable. »
Selon Patrick Aigrain, la filière doit se poser des questions quant à la segmentation de son offre. « Nous savons depuis longtemps que la fixation des rendements en AOC n´obéit pas qu´aux seuls critères qualitatifs. Seulement, dans une économie ouverte, être malthusien n´est pas le seul moyen de régulation. Le problème aujourd´hui n´est pas celui de la conception française que l´on peut avoir du vin mais bien celui de la dose de produits réalisés selon notre conception que l´on met en marché. Autrement dit, il faut s´adapter à la demande et hiérarchiser l´offre pour rester sur les marchés. Cela suppose d´avoir des outils de régulation qui ne se limitent pas à la seule distillation. Les discussions sur la réforme de l´OCM (organisation commune de marché) devraient être l´occasion de réfléchir à ces outils car nous sommes véritablement à la croisée des chemins. »

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