Réussir vigne 17 septembre 2004 à 16h58 | Par Claudine Galbrun

Filière viticole - Un consensus très fragile sur les nouvelles propositions de segmentation

La filière a réussi à réunir un consensus autour de propositions « traçant les perspectives d´une nouvelle dynamique de l´offre française ». Il n´y a plus qu´à passer à la phase opérationnelle. Et le consensus commence nettement à se fissurer.

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Les représentants de la filière viticole française ont donc déposé sur le bureau du ministre de l´Agriculture, ce 21 juillet, leurs propositions pour sortir la viticulture de ses difficultés. Propositions qui sont le fruit pour le moins d´une longue réflexion, puisqu´il aura fallu plus de deux ans et nombre de réunions pour aboutir à ce consensus que d´aucuns jugent d´ores et déjà fragile. Pourtant, sur le papier, la chose est allèchante et les objectifs affichés plus que louables. Il s´agit, en effet, d´aboutir à une nouvelle segmentation de l´offre qui, pour le consommateur, aurait le mérite de la simplicité. D´un côté, il y aurait les produits de terroir répondant à un « marketing de l´offre ».

Autrement dit : les AOC. Avec la volonté affichée et voulue par René Renou, président du comité national des vins de l´Inao, d´en resserrer et les conditions de production et les conditions d´agrément. De l´autre, on trouverait les vins relevant d´un « marketing de la demande », aptes à répondre aux attentes des différentes catégories de consommateurs. Ce serait le domaine réservé des vins de pays et des vins de table identifiés par le nom du cépage et éventuellement celui d´une marque.

©S. Bourgeois

Utiliser les mêmes armes que le Nouveau monde
Pour rendre cette catégorie de vins compétitive et susceptible, car utilisant les mêmes armes que les produits du Nouveau monde, de concurrencer ces derniers, le recours à des technologies dites nouvelles, tel l´usage de copeaux de bois, lui serait autorisé. Étant entendu ainsi que les vins AOC, chantres de la typicité, devraient rester « purs » et s´interdire ces pratiques. Ce qui permettrait également de différencier clairement une catégorie de vins par rapport à l´autre. Et pour que chaque région viticole participe « à cette nouvelle dynamique de l´offre française », selon les mots d´Hervé Gaymard, la mixité serait désormais partout la règle. Bordeaux et la Bourgogne pourraient ainsi revendiquer un vin de pays à côté de leurs vins AOC. « Chaque bassin de production sera invité à se saisir des possibilités nouvelles offertes par ce schéma en construisant un vrai projet collectif articulé autour de cette nouvelle segmentation », indique le ministre. Pour ce dernier, les choses doivent aller vite puisque les modalités pratiques et ajustements réglementaires ou législatifs nécessaires devront être pris avant l´été 2005.

L´Onivins et l´Inao annoncent vouloir se mettre au travail dès les vendanges achevées. « Un accord des professionnels suffisamment large est intervenu pour regarder devant soi. Ce qui est nouveau. » Le chantier devrait donc commencer par la redéfinition de ce qu´est une AOC grand cru, premier cru ou encore communale avec la volonté d´harmoniser ces dénominations dans chacune des régions. Pour les vins de pays, il s´agira de définir « 4, 5 ou 6 bassins de production ». A noter que chaque bassin de production sera étanche vis-à-vis des autres mais suffisamment large, indique l´Onivins, pour permettre aux opérateurs de disposer de volumes importants. Un bassin étant la circonscription à l´intérieur de laquelle est produit un vin de pays de grande zone, précise l´office. Pour les régions qui ne sont pas aujourd´hui mixtes, il suffira pour qu´elles le deviennent que des producteurs manifestent la volonté de produire un vin de pays en créant un syndicat de défense de ce produit, d´en rédiger les conditions de production, de soumettre ce texte au conseil spécialisé des vins de pays qui en débattra. Si le texte est adopté, un projet de décret sera alors soumis aux ministres de tutelle.

Ainsi, avant l´été 2005, l´affaire peut être réglée, assure l´Onivins. Voilà pour les grandes lignes de ce qui pourrait être la grande réforme qu´attend la viticulture française. Seulement, et c´est bien connu, le diable aime à se nicher dans les détails. Et si la filière tant au niveau national que régional pourrait se retrouver sur 95 % des propositions faites, il y a les cinq petits pour cent restants sur lesquels les uns et les autres ne sont pas prêts de céder, qui pourraient faire capoter l´ensemble et doucher, quelque peu l´optimisme du ministre quant au calendrier qu´il a fixé.

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