Réussir vigne 16 septembre 2002 à 14h23 | Par Claudine Galbrun

Filière viticole - Pour limiter les risques de pollution, comment se débarrasser des effluents viticoles ?

La recherche est toujours active pour tenter de limiter les pollutions liées aux effluents de pulvérisation. En attendant, le respect des bonnes pratiques reste la seule solution.

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Que faire des eaux de rinçage des pulvérisateurs ? Plusieurs expérimentations sont actuellement menées en France pour trouver des solutions à la gestion de ces effluents dans le cadre d´Ecopulvi, un groupe thématique national, regroupant des chercheurs, des universitaires, des structures de développement et des exploitations pilotes. Le rinçage à la parcelle est aujourd´hui la seule pratique véritablement préconisée mais elle n´est pas toujours possible. De plus, aucune réglementation spécifique n´existe à ce jour concernant ces effluents, contrairement aux effluents de cave. Afin de combler ce vide, en juin 2001, un groupe de travail « gestion des fonds de cuve » a été mis en place et un comité technique devrait être créé fin 2002, chargé de définir les orientations à prendre.
La seule technique aujourd´hui validée pour détruire les produits phytosanitaires contenus dans les eaux de rinçage des pulvérisateurs est l´incinération. « Celle-ci suppose toutefois une logistique complexe », indique Joël Rochard de l´ITV de Champagne.

Concentrer les effluents
L´incinération de ces produits qualifiés de déchets industriels spéciaux (DIS) ne peut être pratiquée que dans des centres agréés soumis à des normes strictes et s´avère coûteuse : 1000 euros/m3. L´incinération étant payée au volume, le coût serait gigantesque si elle devait être mise en ouvre directement sur les effluents. D´où l´idée de concentrer ces effluents.
Cette concentration peut se faire par simple évaporation. L´effluent est placé dans un bac de 0,30 à 0,40 m de hauteur, recouvert d´un film plastique. Ce qui permet de récupérer, à la fin de la période d´assèchement, un résidu sec qu´un prestataire de service se chargera de livrer au centre d´incinération. Le bac doit bénéficier d´un ensoleillement maximal, être suffisamment éloigné des habitations (risque d´odeur) et être protégé par un enclos. « Cela peut être une solution intéressante pour de petites structures même si celles-ci doivent disposer de surfaces suffisamment importantes pour installer ce bac. Il reste toutefois une incertitude concernant l´éventuel transfert de polluants vers l´atmosphère. Or, actuellement, aucune méthode d´évaluation de ces transferts n´existe à ce jour », souligne Joël Rochard.
©ITV Champagne


Le « collage » des effluents à l´étude
Des traitements physico-chimiques permettent également de concentrer les polluants. Le principe s´apparente au collage du vin. Des produits coagulants et floculants sont ajoutés aux effluents placés dans un bac. On récupère ainsi une première charge de polluants, envoyée à l´incinération. Les effluents subissent ensuite une filtration sur charbon actif. Ce dernier adsorbant le reste des polluants. Dès que le charbon actif est saturé, celui-ci à son tour est détruit par incinération. Ce système est satisfaisant, indique l´ITV, puisqu´il permet de retenir en moyenne 96,2 % des polluants. Celui-ci a fait l´objet d´une expérimentation menée par l´ITV, dans la région du Valais en Suisse, au niveau d´une aire de lavage collective. Comme dans une station de lavage de voitures, le vigneron (ou l´arboriculteur, dans ce cas) dispose d´un jeton qu´il introduit dans un surpresseur délivrant le volume d´eau nécessaire au rinçage du pulvérisateur. L´utilisation de jetons permet de gérer les volumes d´eau utilisés, ce qui évite en particulier le lavage d´autres véhicules que le pulvérisateur ou le tracteur.

« Mais c´est aussi un moyen de contrôle du lavage effectif des matériels agricoles », indique Joël Rochard. Les eaux de rinçage sont ensuite recueillies par gravité où elles sont traitées puis transférées dans une station d´épuration. Les coûts sont entièrement pris en charge par le canton. « Le procédé est intéressant mais semble difficilement applicable en France pour des raisons de prix et en l´absence de législation relative à une gestion collective des effluents », remarque Joël Rochard. Autre problème : la non existence en France de normes concernant les rejets dans le milieu naturel, souligne Christophe Alliot de l´ITV. « La seule réglementation fixant des limites aux quantités de produits phytosanitaires concerne l´eau potable. Celles-ci sont égales à 0,1 microgramme/ l/molécule ou 0,5 microgramme/l pour toutes les molécules présentes dans l´échantillon d´effluent considéré. Cet aspect réglementaire devra faire l´objet d´une réflexion ultérieure ». Une variante de ce dispositif consiste après floculation et coagulation à passer les effluents dans un dispositif d´osmose inverse (procédé Phytopur). Ce système est actuellement expérimenté.
©ITV Champagne

Jouer avec le pouvoir épurateur du sol
Une autre solution pour épurer les effluents consiste à dégrader les molécules complexes de pesticides qu´ils contiennent par voie chimique, jusqu´à l´obtention d´éléments simples (composés minéraux ou naturellement biodégradables). Ceci peut se faire par voie électrochimique : un courant électrique de faible intensité génère des molécules oxydantes qui se chargent de « couper » les molécules de produits phytosanitaires. Les premiers résultats obtenus semblent intéressants, indique l´ITV mais doivent encore être confirmés. Autre voie : la photocatalyse. Elle consiste à introduire un composé semi-conducteur type dioxyde de titane, utilisé par exemple dans le dentifrice, dans les effluents qui va fixer l´énergie apportée par les ultraviolets (soleil ou lampes). En restituant cette énergie à l´effluent, il y a création d´oxydants qui vont à leur tour dégrader les molécules indésirables. Des essais de ce procédé sont en cours en Bourgogne, au Domaine Latour.
Enfin, un traitement biologique est également en cours de validation.

Celui-ci s´appuie sur le pouvoir épurateur du sol et a été initié en Suède. L´épuration des effluents se fait dans un bac étanche comprenant un mélange de terre et de paille, les micro-organismes assurant la dégradation des polluants. Pour un fonctionnement optimal, le mélange ne doit pas être gorgé d´eau, les teneurs en azote ne doivent pas être trop importantes et les conditions de température doivent être satisfaisantes. Un changement de substrat doit être effectué tous les 4 à 6 ans. Celui-ci, après compostage peut être épandu, affirment les expérimentateurs suédois. « Théoriquement, ce système assure une dégradation complète des molécules de pesticides jusqu´au stade ammoniac, eau et, dioxyde de soufre et CO2 ». Néanmoins, la présence éventuelle de produits de dégradation fait l´objet d´une étude coordonnée par Jean-Luc Demars de l´ITV, par l´intermédiaire de tests d´écotoxicologie. « Les phytosanitaires n´apparaissent plus au niveau de l´analyse du compost mais est-on sûr que le substrat ne contient plus de polluants ? Et s´il en contient encore, quel sera son statut juridique ? Déchet vert ou déchet industriel spécial ? », s´interroge l´ITV.

« Le déchet le plus facile à éliminer est celui que l´on n´a pas produit » . Un constat à méditer sachant que les recherches menées sur la possible dégradation des produits phytosanitaires dans les effluents viticoles et leurs éventuels bons résultats ne doivent en aucun cas dédouaner le viticulteur de tout mettre en ouvre pour réduire à la source tous les reliquats de pulvérisation. « Cela commence par la nécessité d´adapter au mieux le volume de bouillie aux surfaces à traiter », souligne Christophe Alliot. Puis parce qu´il faut bien nettoyer l´intérieur et l´extérieur du pulvérisateur (voire du tracteur) après le traitement, les bonnes pratiques agricoles préconisent le rinçage à la parcelle. Ce qui suppose d´être équipé d´une cuve d´eau claire ou de disposer d´un point d´eau dans les vignes. Le volume résiduel de bouillie est dilué avec un volume d´eau au moins égal à 10 % du volume de la cuve. Le tout est ensuite repulvérisé sur une parcelle déjà traitée ou sur une fourrière enherbée éloignée de tout point d´eau.

Selon un essai mené en Champagne par l´ITV et le CIVC, avec une bouillie à base de soufre, après rinçage à la parcelle, la quantité de soufre restant dans l´appareil était inférieur à un gramme. Cette bonne pratique de rinçage permet de réduire par 200 la quantité de soufre rejeté. Attention toutefois aux fonds de cuve « chroniques » . Doter le pulvérisateur d´un fond incliné relié à un puits dans lequel est insérée la canne d´aspiration permettra de limiter considérablement les volumes de ces fonds de cuve liés au désamorçage de la pompe de reprise de bouillie.

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