Réussir vigne 06 janvier 2003 à 11h23 | Par Claudine Galbrun

Filière viticole - Le "Je t´aime, moi non plus" des vignerons, négociants et distributeurs

Le modèle français aurait-il vécu ? Ébranlée par les coups de boutoirs du Nouveau monde, la filière se cherche. Les relations amont/aval sont au cour des débats.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Faut-il revoir toute l´organisation économique du secteur viticole français ? La question est aujourd´hui sur toutes les lèvres. Les yeux rivés sur son amont, la filière a peut-être quelque peu oublié qu´il existait un consommateur et n´a peut-être pas donné les moyens nécessaires à son aval pour capter l´attention de celui-ci ? En tous cas, aujourd´hui elle est à la recherche d´un second souffle. Tout, en fait, a commencé il y a un peu plus de deux ans. Cela se passait en Grande-Bretagne. Pour la première fois, la France, fleuron de la viticulture mondiale, perdait des parts de marché au profit de nouveaux fournisseurs venus d´Australie, d´Afrique du sud, du Chili... Il n´en fallait pas plus pour mettre toute une filière au tapis. Et celle-ci de se réveiller groggy, vieillie, fatiguée.

Explosion d´une concurrence internationale
A sa décharge, il faut tout de même souligner que la filière viticole a vécu un événement majeur au cours de ces dix dernières années et qu´aucun autre secteur de l´agriculture française n´a du assumer : l´explosion d´une concurrence internationale. Et quelle concurrence ! Les pays dits du Nouveau monde ne représentaient que 8 % de la superficie mondiale du vignoble en 1990, selon les données de l´OIV, pour atteindre 15,8 % en 2000. Au cours des six dernières années, l´Australie a enregistré une progression de ses surfaces de 108 %, la Nouvelle-Zélande de 100 % et le Chili de 95 %. Excusez du peu! De plus, ces « nouveaux viticulteurs », pour partir à l´assaut des marchés, ont donné un sérieux coup de vieux aux habitudes de production et de commercialisation quasi-artisanales de leurs homologues européens en montant des mécaniques industrielles, intégrées, portées par un petit nombre de sociétés privées, qui jusqu´à présent, se sont montrées parfaitement huilées. Des wineries se chargent de vinifier des raisins provenant de vignobles configurés à des objectifs commerciaux préétablis. Aux orties les références au terroir ! On vend du cépage et surtout de la marque.

Ce qui permet au passage de se mettre la grande distribution dans sa poche. Le tout à grands renforts de promotion. La distinction des métiers entre producteurs de raisin et vinificateurs facilite l´optimisation du profit, profit qu´on n´hésite pas à investir pour convaincre le consommateur. Et ça marche. En bousculant les traditionnelles références au terroir, ces producteurs ont su imposer le cépage et ainsi refaçonné le marché mondial du vin à leur image. Et la France viticole de se retrouver dans la peau d´un colosse - car elle reste tout de même le premier exportateur mondial de vins - mais dont les pieds seraient d´argile. En plus de se frotter avec ce qu´il est désormais convenu d´appeler la mondialisation, la filière nationale, terriblement atomisée, tant au niveau production que négoce, doit aussi compter avec une distribution qui, elle, est terriblement concentrée et capable d´influencer un consommateur fébrile, pressé et « zappeur ».

Entre vins de marque et valorisation des terroirs
Et la filière de s´interroger. Que faire pour regagner des parts de marché à l´exportation ? Comment continuer à séduire les français qui, un peu plus chaque année, réduisent leur consommation de vin ? L´offre française de vin est-elle encore adaptée ? Faut-il copier les recettes des concurrents qui eux, remportent, semble-t-il, succès sur succès ? Certains penchent pour cette version et proposent de s´attaquer au segment des vins de marque, en créant une nouvelle catégorie de vins, aux conditions de production assouplies (certains disent libéralisées), qui deviendrait « le réservoir de marques nationales et internationales, le vecteur de la conquête de nouveaux consommateurs et le moteur d´un repositionnement des vins d´entrée de gamme ». Le tout afin de proposer « des vins à vivre pour les clients présents et des vins bien dans leurs baskets pour les nouvelles générations ». Ce que d´aucuns appellent d´ores et déjà des vins agro-alimentaires quand ils ne sont pas qualifiés de vins industriels.

Et pour contrer définitivement l´offensive du Nouveau monde, un tel schéma suppose « un pilotage maîtrisé des vignobles avec une vision aval » qui passerait par « une refondation des relations production-négoce » via une politique contractuelle « solide ». D´autres, au contraire, estiment qu´il ne « faut pas tuer la poule aux oufs d´or » que constitue le système des appellations d´origine bâti par la France et que toutes les solutions n´ont pas encore été épuisées pour renforcer et continuer à valoriser en particulier les AOC régionales. D´autant plus que le système Nouveau monde commencerait à donner des signes d´essoufflement et songerait lui aussi à valoriser ses terroirs. Mais là encore, il faut revoir les relations production et négoce et donner à ce dernier les moyens de financer son développement international sous la double signalisation marque et AOC.

Faut-il nécessairement opposer ces deux visions ? La réponse est non. Les deux seront sans doute appelées à coexister. Certains ne seront sans doute pas d´accord avec cette façon de voir les choses mais il semble bien que l´objectif, dans l´un ou l´autre cas de figure, soit de faire glisser un peu de valeur ajoutée de l´amont vers un négoce aujourd´hui coincé entre une grande distribution qui cherche à tirer sur les prix, et un approvisionnement fortement marqué par l´indication géographique et donc cher et qui n´a pas aujourd´hui les moyens financiers de contre-attaquer le Nouveau monde. En tous cas, l´organisation économique de la filière viticole va devoir évoluer et la politique contractuelle, que ce soit entre opérateurs privés ou entre syndicats de vignerons et de négociants, sera au cour des débats. Bien qu´ils ne soient encore que peu développés sur le terrain, des partenariats sont tout de même en cours de construction. Les uns et les autres se cherchent et tentent de trouver les meilleurs compromis. Certains d´ailleurs y réussissent très bien.

Mais à plus ou moins court terme, la contractualisation pourrait bien apparaître comme une politique du donnant-donnant, une compensation offerte au viticulteur, via une garantie de débouché, en échange d´une (petite ?) perte de pouvoir ou d´un meilleur partage de la valeur ajoutée au profit d´un aval qui, aujourd´hui, ne semble plus douter de lui. L´amont ayant été de ce point de vue et jusqu´à présent, largement favorisé par la politique viticole. La question de la localisation de la plus-value va donc inévitablement se poser. Elle se pose déjà. Production et négoce sont plus que jamais condamnés à s´entendre. Il ne reste plus qu´à trouver le point d´équilibre.




--------------------------------------------------------------------------------------------------
Pour en savoir plus : voir Dossier de Réussir Vigne du mois de Décembre (nº82). 35 pages d´articles illustrés, de témoignages et de données chiffrées sont consacrées à ce sujet du partenariat entre l´amont et l´aval de la filière viticole.
--------------------------------------------------------------------------------------------------

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui