Réussir vigne 15 août 2003 à 10h11 | Par Propos recueillis par Claudine Galbrun

Filière viticole/Cap 2010 - « Le réalisme et l´économie l´emporteront » estime Jacques Berthomeau

Devant le blocage des discussions autour de Cap 2010, Jacques Berthomeau, à l´initiative de cette réflexion stratégique sur l´avenir de la filière viticole française, estime que « tôt ou tard, le réalisme et l´économie l´emporteront ».

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Réussir Vigne : La filière viticole, fortement divisée sur les propositions formulées par le groupe de travail Cap 2010, est dans l´incapacité de prendre une décision. Après le travail d´explication que ce groupe et vous-même ont fourni, n´êtes-vous pas déçu ?

Jacques Berthomeau : Cette situation de blocage ne nous surprend guère puisque nous l´avions prévue. Pour s´en convaincre, il suffit de relire Cap 2010. Que disions-nous ? Il faut sortir de l´ambiguïté dont souffre l´offre de vins française. Certaines AOC font semblant d´être des AOC mais n´en sont pas et d´autres cherchent à les copier. Nous proposions donc de clarifier cette offre et de mettre des règles graduées, en renseignant bien le consommateur et en ayant les coûts de production ad hoc entre ceux qui veulent produire de l´AOC, de la plus prestigieuse à celle qui l´est moins, et d´autres qui veulent faire du raisin, des volumes, le négoce se chargeant des assemblages aux normes internationales. Voilà ce que nous avons dit mais cela dérange. Cela dérange à la fois certains dans le Languedoc qui cherchent à copier Bordeaux et certains à Bordeaux et ailleurs qui aimerait bien que les AOC ayant de grands volumes à vendre se mettent aux normes internationales.

Cette conjonction d´intérêts contrariés ne permettra pas en tous cas à la viticulture française de couvrir le spectre de l´offre internationale et surtout de se donner des marges d´innovation pour séduire de nouvelles tranches de consommateurs.
Jacques Berthomeau ©D. R.

Certains vins ont connu une remontée de leurs cours. Cette embellie a-t-elle contribué également à enterrer le débat ?

Tout ne va pas mal mais tout ne va pas bien. Je suis d´ailleurs inquiet pour certains viticulteurs. Il y a eu une embellie dans le midi mais compte tenu des performances de distillation enregistrées l´an dernier, il ne pouvait en être autrement. Si le viticulteur du pays d´Oc, en terme de recette/ha, obtient un revenu supérieur à son homologue producteur de certaines AOC du Languedoc, c´est grâce à un rendement plus élevé. Pour autant, est-ce que la masse des vins de pays d´Oc sont vendus à un prix qui les détachent vraiment des vins de table, surtout si ces derniers sont appelés à disparaître ?

Croyez-vous encore qu´un jour on assistera à l´avènement des vins de cépage des régions de France, comme Cap 2010 le suggérait ?

Il faudra bien arriver à une forme de clarification de l´offre. Je suis réaliste. Si les choses ne se font pas par décret, l´économie fera le reste. C´est juste un problème de temps. Les Espagnols, par exemple, songent à lancer un vin de pays d´Espagne qui pourrait être le parfait homologue des vins de cépage de France. Ils le font parce qu´ils ont analysé le marché et qu´ils estiment que c´est l´avenir, du moins pour une partie du vignoble qui n´est pas faite pour exprimer le terroir. Il faudrait donc se réveiller. Certes, bouger c´est prendre des coups. Mais si demain ou après-demain, la France se retrouve à nouveau dans une situation excédentaire, les choses se feront sous la pression des événements. Et cela fera mal. Il n´est pour s´en convaincre que de se rappeler la mise en place des quotas laitiers. Alors, attention à la vague rouge.

Il a beaucoup été question tout au long de cette période de réflexion d´un partage inéquitable de la valeur ajoutée entre amont et aval de la filière. Qu´en pensez-vous ?

Le challenge est de faire vivre des vignerons du produit de leur vigne implantée sur des terrains adéquats, cultivée selon des méthodes adaptées et qui pourraient, via leur coopérative ou même des caves particulières, fournir sous contrat à l´aval la ressource vin en volume et en qualité dont il a besoin. La valeur ajoutée irait plus à l´aval sans pour autant appauvrir l´amont. Ce qui ne veut pas dire que la viticulture traditionnelle soit en voie de perdition et qu´il faut abandonner tout ce qui a fait la force de la France viticole. Par contre, il y a sûrement des vignerons qui pourraient être tentés par cette approche qui, au mieux, concerne 15 à 20 % de notre vignoble.

Comment faut-il s´y prendre pour sortir de l´impasse ?

Certaines entreprises actuellement réfléchissent autour du concept d´un vin labellisé dans un univers identifié. Et qu´on ne vienne pas me dire qu´il s´agit de recréer les vins issus de raisins de différents pays de la communauté européenne ! Si telle est l´ambition de certains, il vaut mieux qu´ils mettent tout de suite la clé sous la porte. Quand allons-nous cesser de faire le complexe du gros rouge ! Nicolas, par exemple, pour séduire un nouveau public, lui faire découvrir le vin, lance une gamme cépages de tout pays, relance « les petites récoltes ». Les entreprises de négoce s´interrogent et cherchent comment faire un vin de cépage de France d´une façon ou d´une autre. Dans les enceintes internationales, certains pourraient être tentés de demander à la France pourquoi est-il interdit d´indiquer le nom de cabernet-sauvignon sur la bouteille alors que celle-ci en contient. De plus, certains négociants voient leur chiffre d´affaires baisser car les gros volumes ne sont plus au rendez-vous et les vins génériques se vendent mal. Il leur faut retrouver des volumes bien vendus.

Aujourd´hui, plein de gens veulent continuer à réfléchir pour agir. Or, rien n´interdit de se regrouper et de réfléchir à l´intérieur, par exemple, d´un club d´entreprises avec toutes les formes d´entreprises. D´autant que certaines entreprises de l´univers du vin et notamment de célèbres fabricants de bouteilles et de pressoirs, s´intéressent à nos propositions car elles ont besoin de construire des stratégies à long terme. Les choses pourraient bouger par ce biais. En tous cas, beaucoup veulent y travailler. Pourquoi les décevoir ?

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui