Réussir vigne 20 septembre 2004 à 17h17 | Par Claudine Galbrun - Steven Le Quellenec

Filière viticole - Bataille autour de la mention du cépage

Les producteurs de vins de pays sont prêts à accepter la mixité dans toutes les régions à condition que la référence au cépage soit strictement réservée aux vins de pays.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Jean Huillet, président de la Confédération française des producteurs de vins de pays, partage l´analyse selon laquelle il est nécessaire de simplifier l´offre française. Mais de rappeler aussitôt ce qui distingue clairement un vin de pays d´un vin AOC. Soit dans le premier cas, la référence au cépage et dans le second, l´identité territoriale. « On ne peut plus accepter que des vins AOC utilisent la mention du cépage car cela ne fait qu´accroître la confusion dans l´esprit du consommateur. Les opérateurs ayant recours à cet étiquetage sont de plus dans l´illégalité. » Aussi, les producteurs de vins de pays, dans le cadre de la réforme en cours, auraient-ils négocié avec le ministère de l´Agriculture l´application d´une période de transition afin de permettre l´écoulement des stocks d´AOC portant cette mention du cépage jusqu´à la fin de la campagne 2005. Date à laquelle normalement la mixité devrait être la règle dans toutes les régions viticoles françaises offrant donc, selon M. Huillet, une autre porte de sortie pour des vins désireux de mettre en avant le cépage.

Sauf qu´une bonne partie du négoce bordelais et bourguignon ne l´entend pas de cette oreille, arguant du fait que ces vins AOC avec référence au cépage trouvent preneur sur les marchés d´exportation et que se priver de cette mention reviendrait à se fermer des marchés. « Le fait que les pouvoirs publics aient accepté la mixité à la condition que les AOC renoncent au cépage est un véritable scandale, estime Christian Delpeuch, président du CIVB (Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux). Nous y sommes farouchement opposés. Pourquoi devrait-on réserver les cépages aux vins de pays alors que ce sont les AOC qui les ont lancés ? L´essentiel est de faire des vins adaptés à la demande du consommateur. Ce qui passe aussi par la mention du cépage. »

Jean-François Delorme, président du BIVB (Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne), estime pour sa part que l´utilisation du nom des cépages sur l´étiquette des AOC bourguignonnes ne gêne personne. « Le pinot noir, le chardonnay et même le gamay sont des cépages bourguignons que le consommateur, surtout sur les marchés export, veut voir au minimum sur les étiquettes des AOC génériques. Aujourd´hui, on nous pille cet usage et dans le même temps, on nous le reproche. Les Bourguignons ont montré ce qu´ils pouvaient faire lorsqu´ils étaient mécontents. Nous verrons bien ce qui arrivera si nous ne sommes pas entendus. »

Menace pour menace, Jean Huillet affirme lui aussi qu´il ne cédera pas sur ce point. « Si les AOC avec mention du cépage n´avaient aucun problème de commercialisation, on ne parlerait pas aujourd´hui de crise. Il n´y aurait pas de débat et pas de réforme à mener. Il n´est déjà pas simple pour moi qui suis Languedocien et donc issu d´une région mixte, d´expliquer aux vignerons que de nouveaux vins de pays vont se créer et seront donc susceptibles de concurrencer les leurs et de s´entendre en plus dire que certains veulent le beurre, l´argent du beurre, le sourire de la crèmière et qu´en plus, on leur paye la chambre ! Nous ne nous laisserons pas faire. »
Certes, reconnaît, M. Huillet, il y a des cas où la mention du cépage sur l´étiquette AOC est historique et sur lesquels il ne peut être question de remise en cause. Il s´agit par exemple du cabernet d´Anjou ou de certains cépages alsaciens. « Pour tout le reste, c´est inacceptable sinon nous aussi, en Languedoc, nous planterons du pinot, du gewurstraminer et autres cépages non traditionnels pour nous. »

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui