Réussir vigne 11 octobre 2005 à 10h45 | Par Catherine Bioteau

Dans le Vaucluse - Un tangentiel amorti par la prestation de service

Depuis deux ans, Paul Vendran, vigneron en cave particulière à la Ferme Saint-Pierre dans le Vaucluse, s´est équipé d´un filtre tangentiel qu´il valorise en effectuant des prestations de service avec un associé.

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Il y a encore trois ans, Paul Vendran, jeune vigneron dans le Vaucluse, ne pensait pas investir dans un filtre tangentiel. Mais un malheureux problème de Brettanomyces sur son millésime 2001 en a décidé autrement. « Je me suis alors penché davantage sur la filtration de mes vins rouges pour éliminer les micro-organismes indésirables. J´ai fait venir des prestataires de service et obtenu de très bons résultats avec des filtrations tangentielles », raconte l´oenologue de formation. Les Brett, qui sont de grosses cellules, sont éliminées à 100 %. Si les essais s´avèrent concluants, il devient difficile de trouver des prestataires « pas trop chers » dans la région. « Je n´avais plus le choix : si je voulais continuer à filtrer au tangentiel, il me fallait investir. » Acheter un tangentiel de plusieurs dizaines de milliers d´euros n´est pas très rationnel quand on ne produit que 1000 hectolitres par an. « L´idée de me lancer dans la prestation a alors germé. »
Fin 2003, le vigneron opte pour un appareil à membrane céramique Vini-Tis 20 (de marque Siva) avec deux modules de filtration de 10 m2 et des membranes d´un diamètre moyen de 0,3 micron. Le tout pour environ 50 000 euros. « En 2004, j´ai commencé à filtrer chez des voisins, ça plaisait. »
Fin 2004, il passe à la vitesse supérieure et s´associe avec un ami pour créer la société Vendran Girousse Services. Depuis près de 20 000 hl ont été filtrés, chez plus de 100 clients facturés « de 3 à 4 euros l´hectolitre suivant les quantités et l´éloignement ». Le filtre est simplement transporté sur une remorque. Pour l´instant, les associés s´avouent « contents » et attendent les résultats du premier bilan de fin d´année pour peut-être investir dans un second filtre à plus fort débit « toujours un Vini-Tis, de 30 ou 60 m2 ».

Côté pratique, « le matériel tourne tout seul, il suffit de moins de 5 minutes pour le mettre en oeuvre. Le plus long, c´est la régénération des membranes qui demande 2 heures. » Avec le Vini-Tis 20, les volumes filtrés par cycle (entre deux régénérations) varient de 50 à 300 hl selon les vins. « En moyenne, le débit est de 20 hl/h pour les blancs et rosés et de 10 hl/h pour les rouges. » Les pertes se limitent à 30 litres de vin maximum. « On note juste un échauffement du vin de 3 à 6ºC suivant les débits. »
La filtration tangentielle est essentiellement plébiscitée avant la mise en bouteille, pour obtenir des vins clairs et brillants, peu colmatants et pauvres en germes. Elle peut même s´effectuer en direct avant la mise, « on adapte le débit du filtre à celui de la tireuse ».
« La filtration tangentielle est une assurance qualité contre les micro-organismes d´altérations. Elle élimine les Brett à 100 %, » estime Paul Vendran. ©C. Bioteau

La filtration élimine les germes qui « mangent » du fruité
Paul Vendran conseille également des « filtrations de nettoyage » sur les rouges, même s´il n´y a pas de Brett. « Mes vins rouges filtrés après malo conservent des arômes plus stables dans le temps. Ils ne partent plus sur du réduit ou de l´épicé en fin d´été, ils n´ont pas bougé malgré l´été 2003 caniculaire. Car la filtration élimine les germes à l´origine de ces micro-déviations qui « mangent » du fruité. » Une technique d´autant plus intéressante pour les vins sensibles, vinifiés naturellement sans acidification avec peu de SO2, ou qui contiennent encore 2 ou 3 g de sucres résiduels susceptibles de refermenter.
Le tangentiel bloque également les fermentations de liquoreux, notamment de beaumes de venise, ou encore les malos ou prépare les vins à la micro-oxygénation. Le vigneron filtre aussi ses bourbes de blancs. « Sur 10 hl de bourbes, on obtient 8 hl de jus clairs ré-incorporables. Ils apportent de la richesse au vin. » Le débit est alors de 2 hl/h et il est nécessaire de refroidir, l´échauffement peut atteindre 20ºC. « On peut même filtrer les moûts et shunter le débourbage, par exemple si l´on veut éliminer toutes les levures indigènes pour tester une levure commerciale. On est sûr de son implantation. »

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