Réussir vigne 16 janvier 2006 à 16h17 | Par Claudine Galbrun

Crise viticole - L´ère de la rupture

Rien ne sera plus comme avant : le modèle français est en panne. Un changement de mentalités semble indispensable. Une page de l´histoire se tourne.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Jusqu´à présent, c´était facile. Une surproduction survenait, entraînant baisse des prix et hausse des stocks et touchant principalement les vins de table. Aussitôt les viticulteurs, méridionaux pour l´essentiel, descendaient dans la rue, histoire de faire monter la pression et de donner plus de poids à leurs responsables professionnels dans la négociation avec le ministre de l´Agriculture. Celui-ci faisait savoir qu´il avait entendu le désarroi des viticulteurs et octroyait quelques subsides. Et la mécanique se remettait en marche jusqu´à la prochaine difficulté. " Sauf que la particularité, cette fois-ci est que la crise est structurelle. Une page de l´histoire viticole est en train de se tourner ", estime Jean Huillet, président de la CFVDP (Confédération française des vins de pays). " Nous sommes entrés dans une ère de rupture ", indique également Jean-Louis Rastoin, professeur à l´Agro de Montpellier. Et d´ajouter : " La filière française doit se restructurer et elle a entre cinq et dix ans pour le faire. "
Certains économistes préfèrent au terme de crise celui de " malaise "
Si le schéma classique de résorption de la crise s´est une fois de plus mis en branle, ce qui, compte tenu des drames sociaux et humains que vivent certains, est indispensable, il n´est pas sûr qu´il suffise à combler la profondeur de cette dernière. Certains économistes tels Patrick Aigrain et Hervé Hannin, deux des co-auteurs d´un travail de prospective sur la filière viticole, préfèrent au terme de crise qui fait référence à un état passager, celui de " malaise ", analysé comme un état de transition traduisant l´essoufflement du modèle historique de fonctionnement du système français. Modèle historique que ces deux auteurs résument ainsi : le vigneron fait de son mieux, s´impose des contraintes, au consommateur de savoir apprécier. Un des principaux éléments qui caractérisent cette rupture, selon Jean-Louis Rastoin, est la réorganisation du marché mondial du vin.
" Il n´y a plus, aujourd´hui, d´identité entre pays producteurs et pays consommateurs. Les nouveaux pays producteurs ne sont pas consommateurs et cherchent à conquérir des marchés extérieurs que les Européens auparavant occupaient. " De plus, ce nouveau monde a une approche " managériale " et grâce à cela a conquis de nouveaux consommateurs avec des vins simples, basés sur un cépage et une marque d´une qualité garantie sans surprise - bonne ou mauvaise, comme cela peut être le cas avec les vins français - et qui constituent aujourd´hui l´essentiel du marché. Sauf que pour vendre ce type de vins, il faut du marketing et donc avoir les moyens de le financer. " Cela suppose d´avoir des entreprises de taille critique soit réalisant un chiffre d´affaires d´au moins 500 millions d´euros ", estime Jean-Louis Rastoin. Sachant, ajoute-t-il, que pour investir 100 millions d´euros en publicité, il faut être capable d´aligner un chiffre d´affaires d´un milliard d´euros.
" Pour créer des alliances, il faut être prêt à abandonner du pouvoir "
" La crise pourrait être un aiguillon pour inciter des entreprises françaises à se rapprocher et à atteindre ainsi cette taille minimale mais cela risque d´être lent car les mentalités ne sont pas tournées vers le management. Pour créer des alliances stratégiques, il faut être prêt à partager le pouvoir. " Même si Jean-Louis Rastoin ne mésestime pas l´ampleur de la crise, il considère que certains fondamentaux poussent à un relatif optimisme. " Les perspectives de consommation au niveau mondial dans les dix ans qui viennent sont orientées à la hausse. La montée en puissance de vins simples à faible teneur en alcool devrait permettre de conquérir les jeunes et même ces vins pourraient prendre des parts de marché à la bière. Et puis, il ne faudrait pas oublier que la France est toujours le leader mondial du vin et qu´elle peut le rester à condition de dépasser les individualismes et de renforcer ses compétences managériales ".

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui