Réussir vigne 18 février 2002 à 17h32 | Par C. G.

Crise des vins de pays - Le grand décalage

Il y a les revendications et les réponses du gouvernement, les vignerons touchés par la crise et les autres, un Midi viticole déboussolé et des régions prospères. N´y-aurait-il pas un décalage ?

Abonnez-vous Réagir Imprimer

«Chute des cours », « situation financière dramatique », « colère et découragement », « inquiétudes pour l´avenir » : les responsables professionnels, en particulier du Midi, appelant leurs troupes à descendre dans les rues de Béziers, le 16 janvier, n´ont pas ménagé leur peine pour apitoyer les pouvoirs publics. Mais entre leurs revendications (aides à la trésorerie, dispositif de préretraite, distillation de crise) et les réponses du gouvernement, il y aurait comme un décalage. Le 15 janvier, veille de la manifestation, le ministre de l´Agriculture, se fendant d´un courrier adressé à « ses chers amis viticulteurs » tentait de désamorcer la crise en soulignant une nouvelle fois tous « les sacrifices » consentis par le Languedoc, depuis vingt ans, en rappelant le plan d´adaptation de la viticulture qu´il a lancé le 25 septembre, en indiquant qu´il plaidait auprès de Bruxelles l´ouverture d´une distillation de crise, « tout en ne cachant pas l´extrême difficulté de cette négociation » et la révision du volet « gestion de marché » de l´OCM.
Jean Glavany n´omettait pas également d´exhorter les vignerons à s´engager dans le processus de reconversion progressive, de rappeler que quinze millions de francs ont été alloués aux coopératives pour l´embauche de techniciens, que cent millions de francs sont destinés à l´aval et à la promotion et qu´enfin, Jacques Berthomeau continuait de travailler.
Pas besoin d´être grand clerc pour savoir que tout cela ne suffirait pas à démobiliser les viticulteurs. Pourtant, même l´Onivins a fait diligence en payant les aides à la restructuration 2000-01, avec quatre mois d´avance par rapport aux pratiques antérieures. Rien n´y a fait.
L´arrachage définitif est considéré comme tabou
Mais le décalage ne serait pas seulement entre professionnels et pouvoirs publics. Il serait peut-être même entre viticulteurs. « En Languedoc-Roussillon, 45 à 50 % du vignoble en moyenne ont été restructurés » rappelle l´Onivins mais certaines exploitations sont restructurées à 80 % et d´autres à 20 %. Et la solidarité entre les deux catégories aurait tendance à s´effilocher : les difficultés des uns entraînant les cours des autres à la baisse. « Pour ceux qui n´ont pas pris le train de la restructuration en marche, il est quasiment trop tard » estime l´Onivins. Ils seraient environ deux mille. Pour ceux-là, deux solutions existent. D´une part, la pré-retraite : simple mais coûteux. Et que fait-on des hectares libérés ? En tous cas, l´Onivins a prévenu : ce dossier ne sera pas abordé dans les six mois qui viennent. D´autre part, l´arrachage définitif. Mais ce concept est considéré, pour l´instant, comme tabou par les professionnels. Certains craindraient qu´il ne soit trop massif. Jean Huillet, président de la Confédération des vins de pays, a tenu à remercier les autres régions viticoles « moins touchées par la crise » de leur solidarité. Il y a gros à parier que peu de leurs représentants avaient fait le déplacement jusqu´à Béziers. Vous avez dit décalage ?
L´après 16 janvier : un geste vers les jeunes
Au lendemain de la manifestation, un petit geste a été fait en direction des jeunes viticulteurs. Les critères d´attribution des aides que Jean Glavany leur avait promis ont été revisés : le taux d´endettement minimum retenu passe de 16 à 12 % et la baisse du chiffre d´affaires constatée de 20 à 15 %. Pour Jérôme Despey, vice-président des Jeunes Agriculteurs, « la tension est toujours là, le mécontentement aussi, et mon seul souci est qu´il n´y ait pas d´autres manifestations ».

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui