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Biodiversité fonctionnelle : Les carabes ont besoin de plusieurs habitats

Les carabes ne sont pas que des consommateurs de limaces. Le régime alimentaire de ces coléoptères est plus complexe, avec des graines d’adventices au menu. Pour bénéficier de ces services, il faut que l’habitat soit propice, selon une mosaïque diversifiée alliant parcelles et bandes fleuries de bordure.

<em class="placeholder">Carabe Pseudophonus rufipes</em>
Pseudophonus rufipes, espèce de carabe dont les adultes sont des granivores, en train de consommer des graines d’adventices tout juste tombées au sol. Un de ces carabes peut en engloutir jusqu’à 24 graines d’adventices par jour.
© Inrae Dijon

Quelque 4 000 graines par mètre carré consommées par des carabes. Déjà en 2003, des chercheurs faisaient cette estimation de la consommation journalière de graines par ces coléoptères. Depuis, plusieurs études ont confirmé que ce service écosystémique existait bel et bien et pouvait s’avérer intense. « Plus vous avez de carabes dans une parcelle, moins votre banque de graines se renouvelle chaque année », nous indiquait en 2021 Benjamin Carbonne, alors en fin de thèse à l’Inrae de Dijon.

Pour rappel, en France, il y a un millier d’espèces de carabes identifiées. On les répartit encore en trois catégories :

- les carabes carnivores, prédateurs d’autres invertébrés comme des limaces, des vers de terre, des collemboles, des pucerons et même d’autres prédateurs comme les araignées, voire des carabes ;

- les carabes phytophages et plus précisément granivores, se nourrissant de graines ;

- les carabes omnivores, tout aussi carnivores que granivores.

 

 

Omnivores et opportunistes

La distinction entre les trois catégories n’est pas si tranchée puisque les espèces censées être strictement carnivores ou granivores peuvent consommer, à l’occasion, du végétal pour les premiers, de l’animal pour les seconds. En bref, plus d’espèces qu’on ne le pense peuvent être cataloguées d’omnivores et donc d’opportunistes.

Cela dépend en particulier de la saison et des espèces consommées. Les carabes s'alimentent en effet des graines arrivées à maturité tombées au sol. Rappelons que ces coléoptères sont des insectes se déplaçant au sol. De même, lorsqu’il s’agit de consommer d’autres invertébrés, ceux-ci doivent être présents. Il a ainsi été montré, par exemple, que les collemboles sont une ressource alimentaire d’intérêt tôt en saison alors qu’il n’y a pas encore de graines en quantité. Cela change plus on avance dans la saison.

Parcelles sans pesticides, en TCS et avec bandes fleuries

Comment alors profiter de ces services écosystémiques offerts par les carabes ? S’il leur faut à manger, l’habitat doit avant tout leur être propice. Une nouvelle étude vient d’être publiée dans Agriculture, Ecosystems & Environment, portée par l’Inrae de Dijon. Outre les carabes, les araignées ont fait partie de cette étude. Celle-ci a consisté à évaluer de mars à juin les populations des deux auxiliaires, dans des cultures d’hiver annuelles, conduites sans pesticides, selon des modalités de travail du sol différentes (TCS ou conventionnel) et avec des bandes “fleuries” en bordure.

Cette étude confirme déjà l’importance des habitats à l’intérieur des parcelles (cultures annuelles) pour l’hivernage des arthropodes. Les résultats révèlent un effet bénéfique de l’agriculture conduite sans pesticides et basée sur le travail réduit du sol ; ce contexte permettant de fournir des sites d’hivernage de haute qualité et des habitats dits sources, à partir desquels les individus se redistribuent vers d’autres habitats. Les bandes fleuries, quant à elles, sont, d’après cette étude, rarement un site d’hivernage. Elles sont un habitat aussi approprié que les champs pour certaines espèces dominantes de carabes (et d’araignées). Elles peuvent notamment jouer un rôle d’habitat temporaire et refuge. En résumé, il faut des deux et surtout de tout, c’est-à-dire une mosaïque d’habitat diversifié et peu perturbé.

« Pour favoriser les auxiliaires, j’ai implanté des bandes fleuries tous les 142 mètres sur 90 hectares » | Réussir Grandes Cultures

LE SAVIEZ-VOUS ?

Si les carabes consomment des graines, les semences de cultures peuvent-elles être concernées ? Non, dans une très large proportion, puisque les cultures sont majoritairement semées au semoir et donc enterrées. Les carabes consomment des graines matures tombées et présentes en surface du sol. La plupart sont aussi trop grosses pour les mandibules des carabes.

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