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Porc : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière porcine dédiée aux agriculteurs, éleveurs de porcs.

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Les clés pour valoriser l’hyperprolificité des truies

À l’EARL de Ruot, le nombre de porcelets sevrés par truie et par an a fortement progressé depuis 2016, grâce à un pilotage rigoureux de ses truies DanBred.

En doublant le taux d’introduction des cochettes pendant quelques mois, l’EARL de Ruot à Pouldreuzic dans le Finistère, est passé à la génétique DanBred en un an. "L’objectif était double, explique Stéphanie Calloc’h, responsable du naissage sur l’exploitation familiale. Il s’agissait de gagner en confort de travail en réduisant la surveillance lors des mises bas grâce aux qualités maternelles de la truie et d’améliorer la productivité. » Celle-ci stagnait à un niveau élevé (31-32 porcelets/truie/an) mais avec une charge de travail croissante. L’augmentation du nombre de porcelets sevrés par portée depuis l’arrivée des premières cochettes en 2016 s’est faite sans dégrader le taux de pertes sous la mère (10 %), ni le poids des porcelets : 5,5 kg à 19 jours (sevrage à 21 jours, conduite à la semaine), ni les résultats en engraissement. Stéphanie Calloc’h détaille les points clés qui expliquent ces performances.

 Une phase d’apprivoisement en quarantaine

À leur arrivée à 21-22 semaines, les cochettes sont vaccinées et allotées en trois cases selon leur épaisseur de lard (deux courbes d’alimentation, deux repas quotidiens). Les cochettes se contaminent au microbisme de l’élevage par l’apport de déjections de maternité et de délivres. Pendant les 11 semaines de quarantaine, l’éleveuse multiplie les contacts avec les cochettes pour les apprivoiser. Elle leur parle à voix haute et y passe, en plus de la visite quotidienne, deux séquences de 30 minutes par semaine pour les deux lots en quarantaine. « Ce temps passé est largement récupéré par la suite », assure Stéphanie. « Cette mise en confiance est importante surtout en système DAC mais aussi en maternité. La présence de l’éleveur doit être associée à une notion de plaisir et pas de crainte. Cela permet d’avoir des truies maternelles et évite les comportements agressifs lors des soins en maternité et des manipulations lors du transfert. »

 Une prise en compte de la durée de gestation

Les cochettes sont inséminées huit jours avant les truies de la bande à laquelle elles sont affectées. La durée de gestation de la truie DanBred, associée au verrat terminal Duroc DanBred étant de 117 jours (ou 116 j avec un verrat Piétrain), cela permet de s’assurer que les primipares ont une durée d’allaitement suffisante (22-24 jours) pour avoir des porcelets assez lourds et matures au sevrage. La conduite à la semaine et le déclenchement des truies à terme permettent de respecter les 18 jours d’involution utérine nécessaires à la réussite du cycle suivant. « En procédant ainsi, il n’y a pas de syndrome de deuxième portée. »

 Une alimentation individuelle des gestantes

Les truies gestantes sont alimentées en DAC par un distributeur Selfi-feeder à sec. L’élevage utilise cinq courbes d’alimentation : deux pour les cochettes et trois pour les multipares pour bien gérer le gabarit et s’adapter aux besoins des truies (taux de pertes et saisies de 6 %). Chaque truie se voit attribuer une courbe en fonction de la mesure d’ELD réalisée au sevrage, à l’auge en verraterie puis à l’échographie. Après un flushing pour la venue en chaleur, le plan en U démarre à 3,4-3,6 kg d’aliment en début de gestation, 2.2-2.4 kg en milieu puis 3.6 kg en fin.

Des pesées de portées à la naissance ont été réalisées sur toutes les truies de rang 1 et 2 lors des deux premières bandes avec un troisième contrôle durant l’été. Cela a permis d’affiner les courbes d’alimentation, l’objectif étant d’avoir un poids de portée de 25 kg pour les primipares. « Même si cela prend du temps, on devrait réaliser plus régulièrement ce genre de contrôle, toujours riche en enseignements. »

Une gestion précise des adoptés

Pour homogénéiser les portées en poids et en nombre, l’éleveuse pratique des adoptions surnuméraires. Elles se font au moins six heures après la mise bas, pour laisser le temps aux porcelets de boire assez de colostrum pour l’acquisition de l’immunité. Le choix des mères adoptives se fait en fonction de leur comportement avant mise bas, de leur ELD et du nombre de sevrés lors de la précédente mise bas. Tous les petits porcelets (800-900 g) sont regroupés sous une mère adaptée (rangs de tétines rapprochés, petites tétines). « Peu importe le nombre de tétines, ce n’est pas un critère pertinent pour cette génétique. » Le but est d’avoir 22 mises bas à chaque bande : si le nombre de nés vivants moyen dépasse 18, l’éleveuse a recours à deux truies surnuméraires, provenant d’une bande précédente et qui vont faire une deuxième lactation. « Je leur attribue de gros porcelets. » Les truies de rangs 1-2-3 se voient attribuer 18 cochons à l’allotement tandis que les rangs supérieurs reçoivent deux porcelets de plus qu’à leur précédent sevrage. « Les jours suivants, je vérifie que tous les porcelets boivent suffisamment et j’ajuste au besoin en gardant un maximum sous les mères. » L’éleveuse prend la température de chaque truie entre 24 à 48 heures. À quatre jours, lors de la castration, elle refait une ou deux adoptions si certains porcelets décrochent du fait d’un mauvais démarrage de la lactation.

 Des porcelets bien préparés au sevrage

« Les truies DanBred ayant naturellement beaucoup de lait, les porcelets n’ont pas forcément envie de manger de l’aliment sous la mère », explique Stéphanie. Pour mieux préparer le passage à l’alimentation solide et éviter des problèmes d’anorexie à l’entrée en post-sevrage, l’éleveuse a modifié sa façon de distribuer le complément alimentaire en maternité. En plus des granulés distribués deux fois par jour dans une augette et d’une eau fraîche à l’abreuvoir, elle verse du lait reconstitué dilué dans l’augette en fin de journée. « Très appétant, il incite les porcelets à ingérer les granulés restants. Ils laissent l’augette propre. »

Par ailleurs, la gestion de l’ambiance a été adaptée à l’augmentation de la prolificité (besoin de renouvellement de l’air pour favoriser une bonne oxygénation, positionnement des points de chauffe à la bonne hauteur…).

Le nombre d’écrasés par truie n’a pas augmenté. « Il y en a moins autour de la mise bas mais plus en fin de maternité. Ces pertes s’expliquent par le manque de place dans la case devenue trop petite au regard du nombre de porcelets." Stéphanie projette de faire une nouvelle maternité avec une surface adaptée.

 

« Moins de surveillance des mises bas »

« C’est d’abord la recherche d’une meilleure gestion du travail en maternité qui nous a décidés à changer de schéma génétique", explique Stéphanie Calloc'h. "Le temps passé est le même, sachant qu’on réalise en plus le tatouage pneumatique (fait auparavant en engraissement) et qui nous prend deux heures par semaine. En revanche, le travail a évolué. Il est plus technique et plus plaisant. On consacre plus de temps aux adoptions mais on n’intervient plus pendant la mise bas (plus de fouilles). Je suis beaucoup moins présente le premier jour des mises bas (le jeudi) — c’est d’ailleurs mieux pour les truies —, et j’arrive à dégager du temps pour d’autres aspects de l’élevage (bureau, suivi des projets, documentation,…). Je ne travaille plus le mercredi tandis que les soins se terminent le samedi midi. C’est une organisation plus rationnelle, qui nous convient bien. Elle me permet un équilibre entre l’élevage, ma vie familiale et mes responsabilités professionnelles. »

Avis

Philippe Le Fouest, DanBred France : « Une génétique à portée de tous »

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« La génétique DanBred est à la portée de tous, à condition d’adapter certaines pratiques avec trois éléments clés : la priorité est d’optimiser l’homogénéité des porcelets par portée. La seconde est la gestion des portées surnuméraires par l’adoption intrabandes (ou interbandes si la conduite en bande le permet : à la semaine, 3 semaines ou en 10 bandes). Le troisième point étant l’apport d’un aliment complémentaire sous la mère. La pesée des porcelets à la naissance, comme l’a fait Stéphanie Calloc’h, est un très bon indicateur. Il permet de juger et d’adapter le travail en verraterie-gestante. Gagner quelques grammes à la naissance, c’est soulager grandement le travail en maternité."

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