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Oléoprotéagineux : l’abondance ne suffit plus à garantir la stabilité des prix

Les récoltes records d’oléoprotéagineux de ces dernières années dans le monde contribuent à détendre les marchés. Mais la logistique, la géopolitique, l’énergie et le climat continuent d’alimenter les risques.

Les récoltes records détendent les marchés

Les marchés mondiaux des matières premières agricoles traversent une phase d’accalmie relative grâce à des récoltes historiques.

L’offre mondiale en graines oléoprotéagineuses a quasiment doublé en vingt ans, passant de 393 millions de tonnes en 2005 à 679 millions de tonnes en 2025. Le soja reste le principal moteur de cette progression et le Brésil s’impose désormais comme premier producteur mondial avec une récolte estimée à 180 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026. Les États-Unis suivent avec 116 millions de tonnes. Cette abondance contribue à détendre les marchés et à alimenter les stocks de report. « Les drivers les plus importants d’un marché restent l’offre et la demande », rappelait Thierry Renault, spécialiste des matières premières et dirigeant de la société de conseil Trend aux adhérents d’Airfaf réunis au port de Lorient pour leur journée technique le 30 janvier dernier. Néanmoins cette abondance ne suffit pas à effacer toutes les inquiétudes.

Les contraintes logistiques persistent

« Aujourd’hui, le principal problème n’est plus le coût du fret maritime, revenu à des niveaux bas après les flambées observées à la sortie du Covid, mais la capacité à acheminer les marchandises jusqu’aux ports ». Aux États-Unis, le niveau d’eau du Mississippi perturbe le transport fluvial du soja. Au Brésil, les embouteillages sur les routes d’accès aux ports ralentissent fortement les expéditions. « Il n’est pas rare que les camions mettent plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour acheminer les récoltes vers les ports », souligne Léopold Rinvet, responsable du service maritime à l’Agence Maritime Lorientaise (AML).

Géopolitique, finance et énergie alimentent la volatilité

Malgré des fondamentaux favorables sur le plan des volumes, l’environnement mondial reste particulièrement instable. L’indice mondial d’incertitude (WUI) atteint en 2025 des niveaux supérieurs à ceux observés lors de la crise financière de 2008 ou au début de la guerre en Ukraine. Les tensions géopolitiques en Ukraine, au Moyen-Orient, au Venezuela ou entre les États-Unis et la Chine pèsent sur les marchés des matières premières, et sur celui de l’énergie et du transport maritime. Par exemple, la Chine, premier importateur mondial de soja, cherche à sécuriser ses approvisionnements en multipliant les investissements dans les infrastructures portuaires brésiliennes. Aussi, le pétrole influence directement le marché des matières premières agricoles via le développement des biocarburants. Ainsi, la guerre au Moyen-Orient qui impacte le prix du pétrole et renforce l’intérêt économique des biocarburants, aura certainement un impact sur les marchés agricoles. Parallèlement, les fonds d’investissement mondiaux accentuent les tendances de marchés.

Les marchés sous pression climatique

Le climat continue d’exercer une influence majeure sur les marchés des matières premières. Certains phénomènes météorologiques récurrents, comme El Niño, qui apparaît généralement tous les six à sept ans, peuvent provoquer de fortes perturbations sur le marché des tourteaux. Ce phénomène entraîne notamment des épisodes de sécheresse plus marqués en Amérique du Sud, tandis que les précipitations se renforcent en Amérique du Nord. À ces aléas climatiques déjà connus s’ajoute désormais le dérèglement climatique qui pourrait ralentir la progression de la production mondiale alors même que la demande continue de croître. Pour les éleveurs européens, un autre enjeu d’atténuation du changement climatique monte en puissance : l’entrée en vigueur de la réglementation européenne EUDR sur la déforestation. L’Europe, structurellement déficitaire en protéines végétales, devra sécuriser ses approvisionnements en soja garanti « sans déforestation ». Cette exigence devient une condition d’accès au marché, alors que certains importateurs européens accusent encore du retard dans leur mise en conformité.

Constance Drique, constance.drique@bretagne.chambagri.fr

Lorient, un port stratégique pour l’élevage breton

Le port de Lorient est un acteur clé de l’approvisionnement en matières premières pour l’alimentation animale de l’ouest de la France.

Au cœur de l’approvisionnement en matières premières pour l’alimentation animale, le port de Lorient et l’AML jouent un rôle clé dans l’approvisionnement de la Bretagne et au-delà. Le soja importé du Brésil illustre cette logistique mondiale : il faut environ 19 jours de traversée pour relier l’Amérique du Sud à la Bretagne. Les navires de type Panamax, longs de 230 mètres, peuvent transporter jusqu’à 60 000 tonnes de tourteau de soja. Selon Léopold Rinvet, un bateau de soja arrive à Lorient tous les mois et demi. Grâce à son statut de port en eau profonde, Lorient peut accueillir ce type de navire.

Capacités de déchargement élevées

À quai, les capacités de traitement sont importantes : 900 mètres de quai sont dédiés au vrac agroalimentaire, avec sept grues de 10 à 70 tonnes capables de décharger jusqu’à 1 000 tonnes par heure. L’AML dispose aussi de 120 000 tonnes de stockage réparties dans dix entrepôts. Cinq d’entre eux sont directement reliés aux navires par des bandes transporteuses, tandis que les cinq autres sont alimentés par camion. Le site comprend également un silo vertical d’une capacité de 10 000 tonnes, renforçant les capacités de stockage tampon. Chaque jour, entre 3 000 et 4 000 tonnes sont expédiées vers les usines d’alimentation animale. Une chargeuse équipée d’un godet de 9 tonnes permet de charger un camion en seulement cinq minutes. Grâce à ses capacités de stockage, sa cadence de déchargement et ses équipements performants, le site de Lorient constitue un maillon essentiel des filières agricoles et agroalimentaires européennes.

C.D.

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