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Du soja au jambon : l’ascension du porc brésilien

Le Brésil a développé une production porcine diversifiée, spécialisé, intégrée et performante. Les exportations constituent un levier stratégique à son expansion.

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© Source : Ifip d'après ABCS

Au Brésil, la production porcine est aujourd’hui largement dominée par des élevages spécialisés et intégrés qui concentrent l’essentiel de la production (96 % en 2017) et sont tournés vers l’export.

Les petites structures de subsistance, qui approvisionnent essentiellement le marché domestique, sont en recul. En 2024, le pays comptait 2,1 millions de truies. Elles sont largement concentrées dans le sud du pays, où se sont implantés les principaux abatteurs et transformateurs. Le Centre Ouest se développe lui aussi rapidement, porté par la proximité des zones de production de maïs et de soja. Si l’essentiel du cheptel reproducteur est conduit sous contrat d’intégration ou en coopérative verticalisée, on trouve aussi au Brésil de nombreux éleveurs indépendants.

Le Brésil, quatrième producteur mondial 

Les dix premiers pays producteurs de porc au monde en 2025 et évolution sur dix ans 

Pays 

% de la production mondiale 2025 

Évolution de la  
production 2025/2014 (%) 

1. Chine 

48,8 

+5,3 

2. États-Unis 

10,7 

+10,1 

3. Espagne 

4,5 

+41,6 

4. Brésil 

4 

+26,5 

5. Russie 

3,7 

+55,3 

6. Allemagne 

3,5 

-17,9 

7. Vietnam 

3,3 

+20,1 

8. Canada 

1,8 

+12,1 

9. France 

1,8 

-4,1 

10. Danemark 

1,4 

-11,8 

Monde 

100 

+6,1 

Source : Ifip d'après USDA et Eurostat ; estimations 2025 

Coûts de production compétitifs

Les élevages sont organisés selon différents schémas : cycle complet, ateliers spécialisés ou production répartie sur plusieurs sites. Les performances techniques progressent régulièrement. Elles sont comparables à celles de la France. En revanche, les coûts de production sont nettement inférieurs à ceux de ses concurrents, même si les écarts entre régions restent importants. La production porcine brésilienne tend à se rapprocher des standards européens, mais ce mouvement reste inégal. Il est surtout porté par les grands groupes intégrateurs et les filières tournées vers l’exportation, qui doivent répondre aux exigences de leurs clients et de certains marchés importateurs. À l’inverse, le cadre réglementaire national, bien qu’en évolution, demeure globalement moins contraignant que celui de l’Union européenne, avec des délais de mise en conformité parfois longs. Il en résulte une filière à plusieurs vitesses, où coexistent des standards de production très élevés dans certains segments et des pratiques encore « souples » dans d’autres.

Des performances techniques comparables à celles de la France 

Performances techniques moyennes au Brésil et en France (en 2024) 

 

Brésil 

Centre-Ouest 

Brésil Sud 

France 

Nombre de porcelets nés vivants par portée 

14,45 

14,15 

15,78 

Nombre de porcelets sevrés  
par truie en production par an 

31,26 

30,65 

31,46 

Nombre de porcs charcutiers produits par truie en production par an 

29,9 

29,56 

29,54 

Poids de carcasse (kg carc. froide) 

90,8 

91,3 

93,7 

Source : Ifip d’après InterPIG 

Débouchés multiples à l’export

Au Brésil, les exportations de porc sont un levier structurant de la croissance. Elles ont fortement décollé à partir des années 2000, avec l’ouverture de marchés majeurs comme la Russie, puis la Chine. Depuis 2014, les volumes exportés ont presque triplé pour atteindre près de 1,8 million de tonnes en 2025. Un tiers de la production porcine est désormais vendu à l’extérieur du pays. Les débouchés pour les produits du porc brésiliens sont très diversifiés, avec une présence sur plus de 150 marchés différents. L’Asie concentre plus de la moitié des volumes (56 %), principalement vers les Philippines et la Chine. L’Amérique latine (17 %), ou encore l’Afrique (12 %) jouent aussi un rôle essentiel. Cette stratégie de diversification limite la dépendance du Brésil à un seul débouché. Le déploiement à l’international est largement soutenu par une politique active d’aide à l’accès des exportateurs aux marchés mondiaux. Les opérateurs brésiliens bénéficient d’un appui coordonné des autorités brésiliennes et des organismes de promotion à l’export.

 

 
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Porc : une filière en croissanceBilan d'approvisionnement du Brésil (1000 tonnes éq. carc.) © Source : Ifip d'après USDA

Production adaptée à la demande

La compétitivité-prix constitue aussi un atout clé pour faciliter l’accès des produits brésiliens à l’international. Grâce à des coûts de production en plus faibles que les principaux exportateurs mondiaux et un taux de change favorable, le Brésil se positionne comme un fournisseur compétitif. Enfin, de nombreuses entreprises brésiliennes se sont adaptées, ces dernières années, aux exigences de certains marchés en matière de conduite d’élevage. Des filières entières dédiées à la production de porc sans utilisation de promoteur de croissance ont ainsi été déployées. Ceci pourrait faciliter l’accès au marché européen. À court terme, le Mercosur aura un effet très limité sur le porc brésilien. Les opportunités sont restreintes en raison d’une offre européenne excédentaire et des barrières sanitaires. À moyen terme, ces perspectives pourraient toutefois s’élargir si la production européenne continue de reculer. En certifiant une offre conforme aux normes européennes, le Brésil pourrait ainsi renforcer sa présence sur notre continent…

Léa Dulon et Elisa Husson, lea.dulon@ifip.asso.fr

Etude réalisée avec le soutien financier d’Inaporc.

Les filières végétales, un atout pour le porc

Premier producteur mondial de soja et troisième producteur de maïs, le Brésil bénéficie de surfaces importantes, de rendements en progression et de la possibilité de réaliser plusieurs récoltes par an sur une même parcelle. Cette abondance soutient à la fois le développement des exportations et la demande nationale pour l’alimentation animale et la production de biocarburants. L’avantage compétitif est majeur pour les producteurs, maïs et soja représentant plus de 70 % du coût de l’aliment brésilien. Le potentiel de croissance de l’agriculture brésilienne demeure réel mais de plus en plus encadré par les réglementations nationales et les exigences internationales en matière de lutte contre la déforestation. Ces garde-fous restent néanmoins vulnérables aux pressions des lobbys agricoles, comme l’a montré la remise en cause récente du moratoire soja en Amazonie.

L.D.

À retenir

En pleine expansion, la production porcine brésilienne a atteint 4,7 Mt en 2025, soit près de 4 % du total mondial.
Bénéficiant de marges de progrès technique et d’une utilisation stratégique de ses ressources, la filière porcine consolide sa place au cœur de l’agroalimentaire national.
À rebours de la tendance européenne, cette dynamique conforte le Brésil parmi les leaders mondiaux et renforce son potentiel de compétitivité sur les marchés internationaux.
Sans aucun doute, les filières porcines mondiales devront faire face à la redoutable concurrence de ce géant sud-américain.

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