Réussir porc 15 novembre 2005 à 11h56 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Yves Trégaro, Ofival-Onilait - « Les négociations à l´OMC risquent d´ouvrir la porte aux viandes venant des pays tiers »

Spécialiste du marché des viandes, Yves Trégaro, de la Division études et prospectives de l´Ofival*-Onilait, prévoit que la conférence ministérielle de l´OMC créera des conditions plus favorables aux importations de pièces de porc venant des pays tiers.

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 Sans attendre la fin de la conférence de Hong Kong, le 18 décembre, que sait-on des conséquences probables sur le marché du porc ?
Yves Trégaro - « Les négociations porteront sur les trois « piliers » au coeur des discussions à l´Organisation mondiale du commerce, l´OMC, à savoir les soutiens internes, les aides à l´exportation et les barrières douanières. Nous savons déjà qu´il y a trois propositions « sur la table ». L´américaine, qui souhaite conserver les garanties de crédit à l´export ainsi que l´aide alimentaire, diminuer les soutiens agricoles de l´ordre de 60 %, et les droits de douane de 60 à 90 %, avec un maximum de valeur de 75 % de ces droits de douane. En face, l´Europe est en passe d´accepter une baisse de 70 % des soutiens internes et la fin des restitutions, mais propose une diminution des droits de douane qui serait comprise entre 25 et 50 %, avec un maximum de 100 % de droit en valeur. Enfin, un troisième groupe apparu plus récemment, qu´on appelle le G20, constitué de pays fortement exportateurs, moins développés que l´Amérique du Nord, demande le démantèlement des subventions à l´export et une baisse des droits de douane comprise entre 45 et 75 % avec un maximum de 100 % pour les pays développés. »
 On peut donc craindre l´arrivée de viande de porc venant des pays tiers... ?
Y. T. - « La diminution des droits de douane est en effet tout l´enjeu des négociations. L´UE ayant « lâché du lest », nous savons que ceux-ci vont diminuer d´au moins 25 %. Ce qui peut effectivement être suffisant pour rendre compétitives certaines pièces comme des jambons, pour lesquels nous sommes déficitaires. Tout dépendra d´un équilibre entre les prix respectifs en France et dans les pays tiers, et des taux de change des monnaies. Avec une baisse des droits de douane de 36 % par exemple, on peut tout à fait craindre l´importation de viande désossées fraîches ou congelées du Canada ou du Brésil. L´entrée de ces pièces pose un autre problème qui est celui de la valorisation des différentes pièces de la carcasse pour les abatteurs français. Ils devront alors trouver d´autres équilibres pour assurer la rentabilité de leur activité. »
 Pourquoi ne pas classer certaines pièces comme les jambons en « produits sensibles » ?
Y. T. - « Pour au moins deux raisons. La première est qu´en contrepartie d´une baisse réduite des droits de douane sur ces produits sensibles, les Etats s´engagent à ouvrir leur contingent d´importation de ces produits. C´est donc un jeu d´équilibriste qu´il faut néanmoins tenter ! La deuxième est qu´il faudrait pouvoir être en mesure de prévoir quelle sera la donne du commerce mondial dans 10 ans : quels produits, quels marchés et quels prix. ! Voyez l´exemple de la volaille. Si la communauté européenne et les lobbies n´ont pas fait d´analyse suffisamment fine, ils peuvent par mégarde laisser « filer » un produit sensible. Enfin, sur environ 1800 produits agricoles, seulement 170 pourraient être classés sensibles, peut-être moins. »
 Pourquoi ne pas mettre en place des protections non tarifaires, en exigeant que les produits importés soient obtenus sans antibiotiques, sans farines animales. ?
Y. T. - « L´Europe a déjà mis en place ce type de protection non tarifaire, notamment avec des normes sanitaires (fièvre aphteuse, peste porcine.) Mais sur les autres sujets que vous évoquez, ou d´autres comme l´alimentation OGM, les hormones. cela semble beaucoup plus difficile de les faire accepter dans la négociation, surtout pour les pays du G20 qui n´ont pas notre pouvoir d´achat et réclament de pouvoir vendre des produits alimentaires bon marché pour assurer leur développement économique. »
 Sommes-nous condamnés à subir un marché mondial libéralisé ?
Y. T. - « Le marché national et l´Europe doivent rester notre coeur d´activité. Ce sont des marchés solvables, à notre porte, que nous devons conserver grâce à des moyens commerciaux. Quant aux produits transformés, effectivement, les entreprises vont devoir répondre à une question stratégique : fabriquer des produits élaborés « bas de gamme » avec des produits d´importation pour faire fonctionner leurs outils, et vendre, sur d´autres marchés, des produits à base de « matière première » nationale, plus chers, mais tracés. Il appartiendra à chaque entreprise de décider de sa stratégie. Je pense que des groupes comme Vion ou Danish Crown sont en train de s´organiser dans ce sens. »

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