Réussir porc 20 septembre 2002 à 15h19 | Par Claudine Gérard

Viande de porc - Les marges vont à la grande distribution

Le Comité régional porcin de Bretagne et l´Arip ont réuni, en juillet, différents acteurs, du producteur à la grande distribution, pour répondre à la question : « pourquoi de tels écarts entre le prix du porc à la production et les prix à la consommation ? ». Réponse : à cause des marges des GMS !

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Alors que les éleveurs ont perçu environ un euro par kilo de carcasse pendant tout le premier semestre, le prix au détail se situait entre 4,5 et 7 euros pour les côtes, 5 à 9 euros pour le rôti, 9 à 12 euros pour le jambon. Où sont passées les marges ? D´emblée, Pascal Mainsant, ingénieur économiste à l´Inra apporte la réponse : "A la grande distribution". Non sans preuve, il s´appuie sur l´observatoire des prix et marges des viandes auquel il participe. Pas à pas, il analyse les chiffres : « pas ceux que l´on peut observer ponctuellement dans tel linéaire, il n´ont aucun sens. Mais des prix issus de Secodip (1) qui reflètent les achats réels des ménages, avec le seul défaut de ne pas ne tenir compte des « marges arrières », ces sommes que facturent les GMS aux fournisseurs. Selon Didier Piton, acheteur de viande pour Carrefour, ces marges arrières restent faibles sur la viande de porc fraîche, mais peuvent être plus conséquentes sur la charcuterie.

Pascal Mainsant s´appuie d´abord sur l´évolution des marges pratiquées par le secteur de l´abattage-découpe : « Depuis dix ans, elles restent stables, aux alentours de 0,46 euro par kilo de carcasse (sans tête). Jean Le Moigne, d´Aberra , confirme la difficulté de son secteur : au 13 juin, le résultat du secteur de l´abattage-découpe est très exactement de 0,51 % du chiffre d´affaires avant impôt. Soit 0,91 euro par kilo de carcasse.

La moitié du prix des côtes et rôtis est de la marge pour la distribution
En revanche, l´analyse des marges brutes des GMS, « le réseau de vente moderne le plus important pour le porc », montre que les crises de l´ESB ont provoqué une hausse systématique de l´écart entre prix de vente et prix payé à l´abatteur. Si les marges se situaient aux alentours de 1,52 euro par kilo pour la longe, elles ont atteint 1,98 euro après la dernière crise ESB en 2001, puis 2,13 euros début 2002. Ainsi, le taux de marge brute sur la longe est passé de 30-40 % à 50 % en 2002. » Malgré les promotions qui, contrairement à ce que certains affirment, ont été maintenues en valeur et volume » précise l´économiste. Aujourd´hui, « la moitié du prix des côtes et rôtis est donc de la marge, l´autre moitié est le prix de la matière achetée à l´industriel », souligne-t-il.
Quant à la charcuterie, les écarts sont tout aussi importants : un jambon cuit préemballé est vendu en découpe environ 1,52 euro le kg, et au détail aux alentours de 7,62 euros. « Ces marges sont celles des industriels de la charcuterie et des GMS réunies », précise Pascal Mainsant qui ne dispose pas d´éléments assez fiables pour calculer les marges de chacun.

Mais Jean Quentin, des salaisonneries finistériennes SBS, précise que son secteur n´est pas euphorique : « nous dégageons 1,1 % de résultat, et notre marché est sans cesse en train de réagir aux crises alimentaires ».
Les marges seraient donc cantonnées au niveau de la grande distribution. Pascal Mainsant avance des hypothèses qui justifieraient cette situation : le coût des cahiers des charges, la taxe d´équarrissage, la contribution du rayon aux frais généraux des magasins.

La faute à l´ESB ?
Mais il ne peut expliquer ainsi que 0,15 à 0,30 euros sur les 0,91 euro de hausse de marge de la distribution depuis 1994. Didier Piton qui achète quelques 250 tonnes de longe par semaine, est directement interpellé sur ces chiffres. Il explique la stratégie de son groupe : « Nous raisonnons globalement le rayon boucherie et il est vrai que nous avons baissé nos marges sur le bouf pour en relancer la consommation. Mais nos avons aussi fait beaucoup d´efforts pour la promotion du porc qui figure toujours en bonne place dans nos catalogues. Toutefois, il est possible que nous vendions le porc trop cher, et nous menons une réflexion sur ce point au niveau du groupe ». Les hyper marchés ont en effet quelques raisons d´analyser un marché qui évolue. Didier Piton l´admet : "les consommateurs reportent volontiers les achats de viande dans les super marchés au détriment des hypers. Et recherchent des produits de plus en plus élaborés, de plus en plus cuisinés ». Et du prix bas ! C´est en tout cas ce qu´on peut conclure en examinant des ventes de jambon.

Pascal Mainsant l´a calculé : alors que les ventes de jambon cuit préemballé en hard discount étaient nulles il y a quelques années, elles ont atteint 25 % des ventes aujourd´hui, au détriment des GMS, « car l´écart de prix au détail est énorme », souligne-t-il. Un signe qui ne trompe pas et qui fera peut-être réagir les cinq enseignes de GMS en position de force puisqu´ils achètent à quelques 50 fournisseurs de viande porcine. "Y a t-il des ententes entre ces cinq centrales d´achat ? interroge Guillaume Roué. C´est pire ! ", répond Pascal Mainsant : "car ces enseignes n´ayant plus moyen de se développer sur notre territoire, n´ont plus besoin de se concurrencer. Sauf si le hard discount s´en mêle et/ou si le consommateur n´accepte plus de tels niveaux de prix dans son hypermarché.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Porc se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui