Réussir porc 02 février 2018 à 01h00 | Par Dominique Poilvet

Vers une segmentation de la production

Élaboré par l’interprofession Inaporc dans le cadre des États généraux de l’alimentation, le plan de filière propose une nouvelle segmentation du marché. L’objectif est de différencier jusqu’à 30 % de la production pour mieux la vendre.

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Le plan de filière propose que le porc français soit enrichi par des thématiques sociétales.
Le plan de filière propose que le porc français soit enrichi par des thématiques sociétales. - © D. Poilvet

Véritable feuille de route de la filière porcine française pour les années à venir, le plan de filière demandé par le président de la République à l’issue de la première étape des États généraux de l’alimentation a été rendu public fin décembre par l’interprofession Inaporc. La proposition la plus importante de ce plan concerne une nouvelle segmentation du marché du porc. « L’objectif est de différencier jusqu’à environ 30 % de la production porcine française afin de mieux répondre aux attentes de la société et des consommateurs », explique Didier Delzescaux, le directeur d’Inaporc. Cette différenciation se répartirait en quatre niveaux. En premier lieu, le porc standard porté par le logo « Le porc Français » serait adossé à une démarche de type RSE (responsabilité sociale des entreprises) en développant des thématiques sociétales de type bien-être, environnement, social, en plus des axes de travail concernant l’identification et la traçabilité, la qualité de la viande, le sanitaire et la nutrition-santé. « Les professionnels veulent engager 98 % de la production porcine sur ce socle de base à échéance de cinq ans », affirme-t-on chez Inaporc. Au-delà de ce socle, Inaporc propose une « charte collective nationale » qui définit les critères importants pour répondre aux attentes qualitatives et sociétales des consommateurs. Cette charte prévoirait la création de nouvelles segmentations basées sur le bien-être animal, l’environnement, la qualité différenciée de la viande et d’autres thématiques liées à la conduite d’élevage (alimentation, sanitaire…). « Elle permettrait de donner plus de lisibilité et de cohérence aux allégations des démarches privées qui veulent se différencier sur ces critères », argumente Didier Delzescaux. Cette charte pourrait, selon Inaporc, concerner jusqu’à 15 % de la production porcine nationale.

Le développement des filières sous signes de qualité constitue le troisième niveau de différenciation du marché proposé par l’interprofession, avec des objectifs particulièrement ambitieux : 5 % de porcs issus de l’agriculture biologique et 8 % de porcs label rouge d’ici cinq ans (contre 0,5 % et 3 % actuellement). L’objectif est aussi d’augmenter le nombre d’indications géographiques protégées (IGP), de spécificités traditionnelles garanties (STP) et d’appellations d’origine protégées (AOP). « Nous n’arriverons à développer ces productions qu’en sécurisant les investissements et en compensant les surcoûts de fonctionnement des élevages qui se convertissent par une stratégie de contractualisation. » L’interprofession propose aussi des indicateurs de suivi collectif permettant de suivre les taux de labellisation et l’équilibre des carcasses, des critères essentiels pour une bonne valorisation de ces signes de qualité. Enfin, Inaporc souligne la possibilité de segmentation de la production par le développement des filières régionales, notamment pour les régions à faible densité porcine. Pour cela, elle propose la création de contrats régionaux de développement impliquant les pouvoirs publics régionaux. À l’échelle des régions, l’interprofession souligne également l’intérêt des races locales, "qui peuvent constituer une carte à jouer importante, au même titre que le porc ibérique en Espagne ».

Tenir compte de la qualité de la viande pour adapter l’offre à la demande

La volonté de différencier la production se traduit également par l’adaptation de l’offre aux demandes sur la qualité de la viande. « Une partie de la production pourrait être orientée vers des marchés qui souhaitent des porcs moins conformés, avec une viande de meilleure qualité organoleptique », explique Didier Delzescaux. Avec en parallèle un travail de fond portant sur les choix génétiques, la redéfinition des critères de qualité des carcasses et la création de nouvelles grilles de paiement favorisant ces critères.

Le plan de la filière porcine conforte aussi les principaux axes de travail engagés par la profession. « Nous avons voulu mettre en avant la notion de compétitivité, en soulignant les besoins d’harmonisation pour supprimer les distorsions réglementaires en Europe, et en rappelant les besoins d’investissements à tous les maillons de la filière. » La relance de la consommation constitue un point essentiel pour la pérennité de la filière. Inaporc propose d’encourager l’innovation produit et d’amplifier l’information aux consommateurs, notamment par l’étiquetage de l’origine. Elle demande la mise en place d’un observatoire des volumes consommés en restauration hors foyer (RHF) et la création d’une commission pour prendre en charge les actions à conduire sur ce segment de distribution qui prend de l’ampleur.

Un texte validé par l’ensemble des organisations professionnelles

« Ce plan est issu d’un travail de concertation important entre les différentes organisations de la filière dans un délai très court », insiste Didier Delzescaux. Il a été validé à l’unanimité par l’ensemble des organisations professionnelles membres de l’interprofession nationale, ainsi que par l’organisation représentative des transformateurs, la Fict, « qui devrait réintégrer l’interprofession d’ici peu ». Pour l’interprofession, il s’agit d’un point de départ et non d’un aboutissement. « Les objectifs présentés vont induire des travaux qui commenceront dès le début de l’année 2018 », conclut Didier Delzescaux.

Les sept axes du plan de filière

Renforcer la compétitivité de la filière et enrayer la baisse de la consommation.

Proposer une nouvelle segmentation du marché du porc.

Améliorer l’offre proposée aux consommateurs.

Consolider l’excellence de la filière.

Développer un plan stratégique export.

Mieux positionner la filière au regard du droit de la concurrence.

Assurer une concertation avec les associations de la société civile et les autres filières de l’agroalimentaire.

De gauche à droite : Guillaume Roué, Gérard Bourcier et Paul Auffray.
De gauche à droite : Guillaume Roué, Gérard Bourcier et Paul Auffray. - © D. Poilvet

Réactions

" On veut répondre à tous les marchés "

Guillaume Roué, président d'Inaporc.

" Actuellement 11 % des porcs français sont produits sous signes de qualité. Notre objectif est d’atteindre 30 %. Pendant trente cinq ans, le paiement des porcs s’est fait sur le seul objectif de produire moins de gras. L’objectif a été atteint. Il faut maintenant passer à autre chose. Ces objectifs de différenciations devront permettre de mieux répondre aux demandes des consommateurs. Mais ils devront aussi résoudre le problème de compétitivité de la filière porcine française. Inaporc propose une nouvelle segmentation du marché du porc à partir d’une charte collective. Cette charte ne pourra être gérée par les producteurs que s’ils parlent d’une seule voix. La fusion entre Aveltis et Prestor va dans ce sens. "

« Tout le monde a envie d’avancer »

Gérard Bourcier, président du Comité régional porcin des Pays de la Loire.

" Malgré les mésententes passées entre les différents maillons de la filière, j’ai ressenti une volonté commune à tous les membres d’Inaporc d’aller dans la même direction. Chacun a envie d’avancer pour relancer la filière porcine française. Mais soyons vigilants. La montée en gamme doit s’accompagner de moyens financiers pour les éleveurs afin de compenser les surcoûts, ce qui n’est pas toujours le cas actuellement. Par ailleurs, attention aux objectifs trop ambitieux, qui n’aurait d’autre but que de répondre à une ambition politique. "

" Un socle de base commun à tous les éleveurs "

Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine.

"  La proposition d’étoffer le porc standard et d’y adosser des démarches sociétales pour répondre aux demandes des consommateurs est essentielle. Mais ce socle doit être géré par l’interprofession ! Il faut imposer à toute la filière une architecture commune que chaque entreprise peut ensuite reprendre à son compte pour vendre ses produits. Il est essentiel qu’à la base de chaque démarche commerciale, le logo « Le Porc Français » soit présent. Par ailleurs, il faut mettre de la transparence dans les négociations commerciales, le but étant d’aboutir au final à une meilleure répartition des marges. Enfin, l’encadrement des promotions doit être géré par un accord professionnel, et non par une loi qui serait obligatoirement plus contraignante. "

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