Réussir porc 28 avril 2015 à 08h00 | Par Claudine Gérard et Mathieu Robert.

Toute la filière a besoin de modernisation et de restructuration

Au cours d'un débat organisé à Paris le 11 mars dernier, Jacques Lemaître, président de l'Ifip et Michel Rieu, économistes ont apporté de nombreuses données chiffrées prouvant le manque de rentabilité des élevages mais aussi de tous les maillons de la filière porcine. Expertise Ifip.

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Dans quelques mois, la filière porcine française passera au-dessous du seuil de l'autosuffisance
Dans quelques mois, la filière porcine française passera au-dessous du seuil de l'autosuffisance - © J.-C. Gutner

« En l'absence de mesures correctives sur leur structuration et sur la valorisation des différents produits, tous les secteurs de la filière éprouveront de plus en plus de difficultés à satisfaire les consommateurs français en produits d'origine française », prévient Jacques Lemaître, président de l'Ifip. L'institut du porc dispose de nombreux critères technico-économiques qui permettent de mesurer la faiblesse du secteur.

Au niveau de l'élevage, bien entendu, la situation s'aggrave encore en ce début 2015. D'octobre 2014 à février 2015, la marge sur coût alimentaire des naisseurs-engraisseurs est de 705 euros par truie, « contre un besoin moyen de 1 100 euros par truie sur la période pour couvrir les charges. Les pertes nettes ont atteint 19 centimes par kilo de carcasse, soit, pour un éleveur naisseur-engraiseur de 200 truies, un déficit cumulé de 22 000 euros », calcule Michel Rieu, responsable du pôle économie de l'Ifip. Or déjà, au troisième trimestre 2014, le taux d'endettement approchait 76 % selon le CERFrance Côtes-d'Armor.

Et les prévisions de Michel Rieu pour les mois à venir ne sont pas optimistes ; Il annonce que, avec une forte hausse de production aux États-Unis en particulier, l'offre mondiale de porc sera en nette progression en 2015. Et dans l'Union Européenne à quinze, l'augmentation du cheptel est estimée à 2 %, sauf en France où il est en retrait de 1 %. Même avec une demande asiatique soutenue, l'absence du débouché russe continuera à peser sur le commerce et l'économiste prévoit que, à destination des pays tiers, la concurrence sera rude avec les États-Unis, malgré un taux de change favorable aux exportations européennes. D'où ses prévisions d'un prix du porc « sous pression » jusqu'à l'été 2016.

- © Infographie Réussir

Toute la filière impactée

Avec un aliment qui devrait, selon lui, rester au niveau actuel, la situation restera très difficile pour les producteurs, mais aussi pour toute la filière, elle aussi confrontée à de très faibles niveaux de rentabilité. Au niveau de l'aliment, d'abord, les tonnages poursuivent leur érosion et ont encore chuté de 3,3 % en 2014 par rapport à 2013 (5 millions de tonnes), « soit -15 % par rapport à il y a 15 ans". La part de la fabrication à la ferme est passée de 30 % en 2000 à 36 % en 2013, contribuant, en même temps que les baisses de tonnages d'aliment pour d'autres espèces, à une réduction des volumes fabriqués dans les outils. Donc à une augmentation de la part relative des frais fixes. Le secteur affiche un résultat courant très bas de l'ordre de 2 %.

L'abattage ne se porte pas mieux, avec, selon l'Ifip, des volumes en baisse de 4 % dans l'Ouest, - 10 % dans le reste du pays. « La légère augmentation du poids de carcasse ne suffit pas à compenser la baisse des effectifs abattus », annonce Michel Rieu. La rentabilité du secteur de l'abattage est donc faible à nulle.

Même constat pour le secteur de la charcuterie salaison, « qui a particulièrement souffert de la hausse des prix de ses matières premières à partir de 2007, année de flambée du prix de l'aliment. La rentabilité du secteur s'est rapidement dégradée ».

- © Ifip

Menace sur le porc français ?

Dans ce contexte, le président de l'Ifip tire la sonnette d'alarme à propos du « danger sur l'approvisionnement national pour la consommation et la transformation en charcuteries. Dans quelques mois, nous passerons au-dessous du seuil de l'autosuffisance », prévient-il, après que Michel Rieu ait aussi montré que, malgré des exportations françaises en volume supérieures aux importations (749 000 tonnes exportées pour 618 000 importées) en 2013, le déficit commercial se creuse, avec 215 millions en 2013, 341 millions en 2014 « en raison de la valeur plus élevée des importations que des exportations".

Il conclut sur l'idée que « l'avenir de la filière passe par une relance de la production qui passe par la fin des politiques de prix bas, un soutien réaffirmé aux exportations et un assouplissement de la réglementation ».

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