Réussir porc 15 juillet 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture : « Chacun des acteurs doit faire un pas vers l’autre »

Invité à l’assemblée générale de la FNP le 12 juin 2015 Stéphane Le Foll a annoncé plusieurs mesures pour aider la filière en crise. Mais il en a aussi appelé à la responsabilité de tous les maillons de la filière.

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- © C. Gérard

Suite à l’AG de Ploërmel vous avez appelé les acteurs à la responsabilité. De quel pouvoir disposez-vous pour inciter les acheteurs à tirer les prix vers le haut dans un système comme celui du MPB régi par la loi de l’offre et de la demande ?

Oui, en effet nous avons une responsabilité collective. J’y ai pris ma part car j’ai conscience de la gravité de la situation et parfois même de la détresse dans laquelle se trouvent certains producteurs. Pour autant et sans me défausser, et comme vous le dites d’ailleurs très justement dans votre question, il existe une loi de l’offre et de la demande et le temps où le ministre de l’agriculture fixait lui-même les prix est révolu depuis longtemps.

Cela n’empêche pas un ministre de faire prendre conscience aux acteurs de la filière des risques pour l’avenir de toute la filière en cas de maintien de prix payés aux producteurs manifestement inférieurs aux coûts de production, et de les appeler à trouver des solutions de nature à pérenniser leur approvisionnement français. C’est ce que j’ai fait ces derniers jours et je crois avoir été entendu par certains acteurs, distributeurs ou transformateurs, dont je salue la volonté d’agir. Je souhaite que ces premiers pas soient consolidés de semaine en semaine.

A Ploërmel, et je veux le rappeler, j’ai d’abord voulu apporter des réponses d’urgences à des hommes et des femmes qui, aujourd’hui ne peuvent plus vivre de leur métier. J’ai à ce titre annoncé la prise en charge et le report de charges MSA et j’ai notamment dégagé 5  M€ supplémentaires pour des prises en charge de cotisations sociales pour les producteurs porcins (en plus des 4 M€ déjà mobilisés sur des prises en charge de cotisations sociales et des 4 millions d'euros de fonds d'allègement des charges). J’ai également demandé au préfet de région de réunir au plus vite les établissements bancaires afin que soient négociés des prêts de trésorerie ou report d'annuités en fin de tableau acceptables pour les éleveurs.

Au-delà de cette urgence sur le prix ou la situation des éleveurs, j’ai essayé de réunir les conditions pour qu'un dialogue entre les différents acteurs de la filière puisse s'établir dans l'intérêt de tous pour construire de nouvelles bases de structuration de la filière pour assurer son avenir.

Je suis par ailleurs très satisfait du débat qui s’est engagé au sein de la FNP lors de l’assemblée générale du 12 juin sur les modalités de fixation du prix et sur la place que pourraient prendre à l'avenir la contractualisation ou d’autres dispositifs (marchés à terme, marchés à livraison différée, systèmes assurantiels…).Et je ne suis pas sans savoir que les débats sont parfois rudes au sein de la profession avec cette difficulté que je peux comprendre de  renoncer à un modèle historique qui à une certaine époque était pertinent mais qui est aujourd’hui à bout de souffle. Le Médiateur des relations commerciales agricoles ainsi que mes services seront mobilisés pour aider la filière à avancer sur ce sujet.

Enfin, et c’est un enjeu qui me tient à cœur, je souhaite aussi que la profession poursuive les efforts engagés pour mieux mettre en avant l’origine « France » avec le logo « Le porc français » car elle permet de créer de la valeur en promouvant les caractéristiques de la production française et notamment le haut niveau d’exigence des normes sociales, sanitaires et environnementales tout au long de la chaine de production. Je pense que c’est un élément important d'identification qui peut ainsi conduire les consommateurs à accepter de payer un peu plus cher des produits. Il faut évidemment que le cahier des charges progresse également sur les aspects qualitatifs, ce qui permettra une meilleure valorisation sur le marché intérieur mais aussi à l’export. En retour je me suis engagé  à ce que les contrôles se poursuivent et à ce que des sanctions soient prises en cas de tromperie notamment sur l'origine des produits.

 

Et pour les salaisonniers ? De quels moyens dispose le ministère, quelle marge de manœuvre ?

Le cahier des charges « Le porc français » ne concerne pas que la viande fraiche mais s'applique aussi aux produits transformés dès lors que les conditions (né, élevé, abattu et transformé en France) sont réunies. Il faut que chacun se mobilise sur ce sujet et je sais que la FICT (Fédération des industries de charcutiers-traiteurs) s'est engagée dans ce sens pour utiliser le logo. Mais il faut aussi que la filière prenne mieux en compte les besoins des salaisonniers pour qu'ils puissent trouver sur le marché français les produits dont ils ont besoin. Il faut aussi que les cahiers des charges des salaisonniers s'adaptent pour créer les conditions favorables à ces évolutions. Chacun des acteurs doit faire un pas vers l'autre pour redresser durablement la filière française. D'autres Etats membres ont des politiques offensives et ont su s'adapter aux nouvelles demandes du marché. Je suis convaincu que nous avons les moyens de reconquérir la place qui doit être celle de la filière porcine française.

 

S’agissant de l’encadrement des promotions, quels moyens de contrôle avez-vous concrètement ? Ne faut-il pas au préalable une cotation du prix des pièces pour acheter au juste prix ?

Je veux souligner que cet arrêté encadrant les promotions est une première pour un Ministre de l’agriculture. Les promotions permanentes peuvent être destructrices de valeur (même si elles sont utiles au sortir de l’été et après les fêtes de fin d’année pour désengorger le marché). Evidemment, il s’accompagnera d’actions de contrôle y compris pour lutter contre d’éventuelles reventes à perte et fera l'objet d'un suivi pour évaluer son impact sur l'évolution des prix et des ventes.

J’attache la plus grande importance à ce que des  sanctions soient prises contre les pratiques commerciales abusives. Elles ont d’ailleurs été renforcées dans le cadre de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques.

Garantir des pratiques commerciales plus loyales et éviter les contournements de la loi impose  d’assurer une plus grande transparence sur les prix et sur les relations commerciales. A cette égard, j’ai demandé à l’interprofession de se mettre d’accord au plus vite sur un système de cotation des pièces de découpe de porc. En l’absence d’accord je le rendrai obligatoire par voie réglementaire.

 

Vous avez annoncé la nomination de Jean-Luc Angot qui aura notamment un rôle important à jouer en matière d’exportation. Comment faire sachant que'il existe une grande concurrence entre les opérateurs et que les initiatives précédentes ont échoué ?

Nous avons en effet mis toutes les chances de notre côté avec la nomination de Jean Luc Angot dont les compétences sont reconnues dans l’ensemble des filières animales. Nous multiplions les initiatives pour ouvrir de nouveaux marchés d’exportation, notamment vers l’Asie. Depuis  le 15 février 2015 nous disposons de l’autorisation d’exporter des produits de charcuterie pour trois opérateurs vers le marché chinois qui est désormais effectivement ouvert depuis le 1er mars 2015.

Par ailleurs nous allons créer une plateforme pour l’exportation des viandes et des animaux qui permettra à chaque entreprise qui le souhaite d'avoir accès aux offres commerciales à l'export. L'objectif est de créer les conditions de partenariats durables avec les pays qui souhaitent importer des produits français, l'export permet de désengorger le marché national et européen mais il faut aussi que les productions s'adaptent aux demandes de nos partenaires commerciaux.  L’Etat prendra toute sa part en assurant le suivi opérationnel des données de cette plateforme et leur mise à jour en temps réel.

 

Peut-on envisager une réouverture à l’été du marché russe suite à l’embargo d’août 2014 ?

La situation avec la Russie est complexe. Les exportations de porcs ou de viande porcine ont d'abord été frappées d'un embargo sanitaire en février 2014. Cet embargo ne résultait pas d'une situation sanitaire en France mais uniquement aux frontières de la Russie avec l'Union européenne, il était donc particulièrement injuste et incompréhensible pour les producteurs français. A cet embargo sanitaire s'est rajouté l'embargo « politique » décrété en août 2014 ce qui rend la situation encore plus difficile et ne permet pas à ce stade d'envisager une réouverture rapide du marché russe. Cependant nous continuons à travailler avec les autorités sanitaires russes en lien avec la Commission européenne pour lever l'embargo sanitaire et permettre ainsi une reprise des exportations dès que l'embargo politique pourra être levé.

- © C. Gérard

Le Ministre a annoncé sa volonté que la production française reste à 23 millions de porcs. Peut on encore y croire ?

C’était en effet un objectif que nous avions d’ailleurs collectivement partagé avec les professionnels en 2013 que de revenir au niveau de production de 2010. Evidemment, aujourd’hui nous en sommes loin, et l’action que je conduis et sur laquelle les professionnels me rejoignent est de stopper cette tendance à la baisse de la production.

L’avenir de la filière passera aussi par une recherche accrue de compétitivité dans nos élevages tout en maintenant un haut niveau de protection de l’environnement et du bien-être animal. Nous avons pris d’importantes mesures de simplification des procédures notamment sur le régime des installations classées pour la protection de l’environnement avec des délais de recours ramenés de 18 à 4 mois.

Un effort financier conséquent a été consenti pour la mise aux normes des élevages sur le bien-être des truies. Par ailleurs je compte aussi beaucoup sur les effets du pacte de responsabilité qui vont aussi permettre aux éleveurs porcins de bénéficier de 19 millions d’euros de baisses de charges sur le coût du travail.

Pour conclure je veux vous dire que je crois en l’avenir de cette filière et en son potentiel de croissance. Je soutiens pleinement les efforts de la FNP qui travaille à la mise en place d’un  véritable « pacte porcin » qui devrait être prêt à l’automne. Sans vouloir faire des parallèles abusifs mais pour donner une note d’espoir, je veux rappeler à ceux qui doutent que la filière volailles export était donnée pour morte quand je suis arrivé et aujourd’hui, 3 ans après nous pouvons tous constater l’extraordinaire rebond de celle-ci.

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