Réussir porc 14 mai 2008 à 10h51 | Par D.Poilvet

Selon le MPB en assemblée générale - Une correction du prix du porc est inévitable

L’analyse des chiffres de la production porcine européenne lors de la dernière assemblée générale du MPB le 3 avril dernier tend à prouver que les cours peuvent fortement remonter. Reste à savoir quand.

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Pour les producteurs de porcs, 2007 a été une année noire, avec une perte moyenne annuelle de 12 euros par porc, et une crise de trésorerie très forte en fin d’année, avec des pertes comprises entre 35 et 40 euros par porcs. La crise n’est pas finie.Mais des éléments chiffrés font croire que les cours peuvent remonter.

À quel niveau ? « une base à 1,50 !/kg est un minimum pour couvrir les coûts de revient », souligne Jean-Pierre Joly, directeur du MPB. « 2 !/kg est le niveau indispensable pour restaurer les situations économiques et pérenniser les élevages ».

Quand ? Un scénario commence à se dessiner : une hausse conjoncturelle en mai/juin, comme cela se passe tous les ans, suivie d’une hausse structurelle, liée à la diminution de l’offre de porcs charcutiers. « Le cheptel européen truies a baissé de 4 à 5 % en 2007 », souligne Jean-Pierre Joly.

LA BAISSE DE PRODUCTION EUROPÉENNE EST SUPÉRIEURE AUX GAINS DE PRODUCTIVITÉ

Et les premières prévisions de 2008 annoncent un recul aussi important. « Il sera en tout cas supérieur aux gains de productivité, d’où une diminution du nombre de porcs charcutiers dans les engraissements. » Ces abattages de truies sont notamment entretenus par le faible niveau du prix des porcelets, qui se situe toujours au-dessous du coût de production. Le prix élevé des matières premières n’encourage pas les engraisseurs à remplir leurs bâtiments.

En Hollande, l’offre a chuté de 10 000 porcelets par semaine par rapport à l’an passé à la même période. Au final, la production européenne devrait baisser de 2,3 % sur la période juillet-septembre, selon les statistiques Eurostat, avec notamment un repli très net de 7,5 % en Allemagne. Il reste ensuite à savoir si la demande va se maintenir.

« Avec les prix actuels dans les rayons, la consommation est bonne », souligne Jean-Jacques Riou, le président du MPB, qui rappelle au passage que si les produits porcins avaient suivi la baisse des coûts de production, la demande serait encore meilleure. Mais, si le cours au MPB augmente, le prix dans les rayons va-t-il suivre la même tendance ? Les grandes surfaces peuvent ne pas le faire : « en août 2006, avec un prix cadran de 1,46 !/kg, le prix de vente du porc au détail était strictement identique à celui de la mi-février 2008, quand le cours était à 1,08 !/kg », constate Jean-Pierre Joly, qui ressort ces chiffres du très officiel Service des Nouvelles des Marchés(1).Mais la grande distribution pourrait profiter de la situation pour relever ses prix, ce qui risque de peser sur la demande.

« La profession doit exiger un fonctionnement transparent de l’observatoire des prix, pour comprendre le comportement de tous les maillons aval de cette filière porcine », soutient Jean-Jacques Riou. Enfin, l’activité à l’exportation devrait jouer un rôle décisif. En 2007, les volumes exportés vers les pays tiers ont atteint le niveau record de 1,9 millions de tonnes. La demande mondiale de viande de porc augmente fortement. La Chine, pénalisée par un hiver rigoureux et une situation sanitaire difficile, pourrait reconstituer des stocks stratégiques, « de l’ordre de 500 000 à 2 millions de tonnes », avance Jean-Pierre Joly.

Mais, selon lui, cette demande profiterait essentiellement aux pays de l’Amérique du Nord, favorisés par la faiblesse du dollar. « La parité euro-dollar, avec un euro à 1,55 dollar aujourd’hui, devrait permettre un déclenchement automatique des restitutions, afin de compenser les distorsions monétaires », estime-t-il. Selon lui, tous les opérateurs reconnaissent que les restitutions mises en place ont permis de préserver la fluidité des marchés. « Il serait dangereux de supprimer de tels outils de gestion au-delà de 2013. » Car avec un dollar faible, la marchandise américaine est compétitive.

Selon un document établi par le Syndicat national du commerce du porc (SNCP), les carcasses en provenance du Brésil se négociaient sur les marchés tiers en fin d’année à 2 500 €/tonne. Sur la même période, les carcasses produites en France étaient proposées à 1880 €/tonne.Avec un euro à 1,48 $ à cette période, la carcasse française coûtait 2 780 $, et n’était donc pas compétitive sans l’apport des restitutions (310 €/tonne) qui permettait de compenser cet handicap. Aujourd’hui, l’euro est à 1,58 $. L’écart s’est donc encore creusé, et le commerce international devient de plus en plus difficile pour les exportateurs.C’est ce qui explique aussi l’apparition de jambons américains dans les rayons des grandes surfaces françaises, malgré les protections douanières. Pour le moment, les volumes importés sont insignifiants. « Mais cette évolution, mise en lumière par l’affaire du jambon US importé par Carrefour, pose le problème de la concurrence déloyale et de l’accès aux viandes produites selon des cahiers des charges très laxistes par rapport aux exigences légales européennes », conclut Jean-Pierre Joly !

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