Réussir porc 20 mai 2014 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Sanitaire et politique bousculent les marchés mondiaux du porc

Situation inédite sur les marchés mondiaux du porc en raison des évènements qui se déroulent actuellement aux Etats-Unis et en Russie. À l’Est, la frontière Russe ne s’ouvre toujours pas aux importations de porc européen. À l’Ouest, les prévisions de production américaine ne cessent d’être revues à la baisse en raison de la DEP. Les deux phénomènes rebattent les cartes des échanges et des prix.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Densité des foyers de DEP en avril 2014
Densité des foyers de DEP en avril 2014 - © Infographie Réussir, Source Pig Progress

La diarrhée épidémique porcine qui sévit depuis plusieurs mois en Amérique du Nord renvoie toutes les prévisions de production porcine à la baisse. De semaine en semaine les chiffres sont revus par les différents observateurs dans le monde entier. Rabobank, dans un rapport du 26 mars 2014, annonçait que les abattages en Amérique du Nord pourraient chuter de 18,5 millions de têtes en 2014 et 2015, soit – 12,5 % par rapport à 2013. Pour les Etats-Unis seuls, la chute serait au minimum de 6 à 7 % en 2014, la plus forte enregistrée depuis trente ans. Les autorités américaines confirment. L’inventaire des porcs au début du mois de mars établissait le cheptel à 62,9 millions de têtes, niveau le plus bas depuis 2007, soit – 3 % par rapport à mars 2013 et – 4 % par rapport à décembre 2013. Enfin, selon l’USDA(1), l’augmentation constatée du cheptel truies ne parviendra jamais à compenser les pertes de porcelets dues au virus.
Conséquence immédiate, les outils d’abattage américains tournent au ralenti. Smithfield annonçait mi-mars qu’elle réduisait l’activité de son site de Tar Heel, en Caroline du Nord, passant de 5 à 4 jours d’activité par semaine. Il s’agit du site le plus important d’abattage de ce géant américain, avec une capacité de 30 à 34 000 porcs par jour. D’autres entreprises américaines pourraient prendre la même décision, selon les différents observateurs.


Des cours qui flambent mais de l’export qui se ferme


La baisse de production tire évidemment les cours du porc vers le haut. Les prix se sont envolés (voir ci-contre) fin janvier et poursuivent leur ascension, jusqu’à 2,80 $/kg, soit plus de 2 euros par kilo de carcasse.
Mais récemment, des débouchés à l’export se sont fermés pour le porc américain. Les Chinois tout d’abord, qui ont imposé une restriction temporaire de leurs importations US dans l’attente d’un protocole d’accord portant sur la détection du virus de la DEP dans la viande. Cette décision a suivi celle du Japon, premier client des Etats-Unis, qui a vu le virus de la DEP arriver sur son sol, et provoquer la mort de 39 000 porcelets en date du 7 avril.
Les États-Unis se trouvent donc à ce jour privés de volumes conséquents à l’export, situation qui pourrait freiner la hausse vertigineuse des cours

- © Infographie Réussir

Dossier russe dans l’impasse


À l’Est, les frontières russes ne sont toujours pas ouvertes au porc européen, fermées depuis le 29 janvier pour cause de cas de peste porcine africaine découverte sur des sangliers en Lituanie, privant l’Europe d’un débouché représentant le quart de toutes ses exportations, pour une valeur de 1,4 milliard d’euros.
Selon Alla Barinova, Board Bia Moscou(2), les importations russes ont chuté de 11 % sur les deux premiers mois de l’embargo, créant un déficit de viande pour l’industrie de la transformation. Conséquence directe, la hausse du prix du porc local et une industrie « contrainte » de faire entrer d’autres viandes dans les préparations, et de modifier leurs recettes… Les Russes cherchent donc aujourd’hui d’autres fournisseurs de porc et viennent d’agréer deux abattoirs brésiliens. La revue PigProgress annonçait début avril que les services vétérinaires russes iraient aussi inspecter des abattoirs chinois pour un éventuel agrément… La Chine deviendrait alors un fournisseur de la Russie, ce qui, compte tenu du sanitaire très « complexe » du pays et les exigences russes, semble pour le moins surprenant.
Fin avril, les négociations entre les autorités russes et européennes ne laissaient pas entrevoir de reprise des mouvements commerciaux. D’autant que l’Europe n’a pas accepté le principe d’accords bilatéraux entre la Russie et les pays qui en ont fait la demande, dont la France. Les discussions entre l’Europe et les autorités russes étant donc « au point mort », Bruxelles a décidé, le 8 avril, d’attaquer l’embargo russe devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La première étape de la procédure consistera à ouvrir des consultations formelles avec Moscou. Si, au bout de soixante jours, ces discussions n’aboutissaient pas, l’UE pourra demander que la question soit soumise au processus juridictionnel d’un groupe spécial, selon Agra.
Une procédure très longue, donc, qui suscite la réaction des professionnels français, dénonçant le manque à gagner de toute la filière suite à la fermeture de ce débouché qu’Inaporc estime à 6000 tonnes par mois de viande et produits à base de porc pour la France, et 60 000 tonnes au niveau de l’UE.
Quoi qu’il en soit, comme aux Etats-Unis, et bien entendu pas pour les mêmes raisons, les prix du porc s’envolent en Russie. Selon PigProgress, les prix de gros ont augmenté de 40 % depuis début janvier, date de l’embargo, et les prix du vif ont commencé à exploser depuis début mars.
À l’Est comme à l’Ouest donc, les marchés du porc subissent des amplitudes de variations que beaucoup d’observateurs qualifient « d’historique ».

 


(1) Wasde : World Agriculture Supply and Demand Estimates,
(2) PigProgress 11-04-2014

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Porc se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui