Réussir porc 13 juillet 2004 à 10h31 | Par Claudine Gérard

Reproduction porcine - L´infertilité d´été, toujours d´actualité

Chaque année, le même constat est dressé : les performances de reproduction sont altérées pendant les mois d´été. Yannick le Cozler, de l´EDE Bretagne, en analyse les causes et les solutions dans une publication récente(1).

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Sans atteindre les proportions de 2003, l´infertilité d´été est un problème qui revient chaque année, avec beaucoup de variations entre élevages. Car si les mécanismes principaux sont connus, les conditions propres à chaque élevage amplifient ou atténuent les conséquences en terme de performances de reproduction. Ces différences entre élevages expliquent aussi pourquoi les mesures préventives s´avèrent plus ou moins efficaces. Cependant, quelques conseils basiques permettent de réduire les effets de l´été sur les performances de reproduction.
Il faut d´abord se souvenir qu´à l´état sauvage, les animaux ont une reproduction liée à la saison. Ainsi, la laie, dans les conditions naturelles, n´a pas de chaleurs en été, est saillie en automne, pour des mise-bas en fin d´hiver, début de printemps. La truie « domestique » a-t-elle gardé un peu de cette adaptation naturelle qui fait en sorte que les petits marcassins naissent aux beaux jours ? Probablement, mais de façon beaucoup moins marquée.

Quoi qu´il en soit, ce sont bien deux facteurs majeurs liés à la saison qui peuvent agir sur la reproduction : la photopériode, c´est-à-dire la durée respective du jour et de la nuit, et l´intensité lumineuse. Yannick Le Cozler souligne que, concernant la photopériode, les connaissances progressent. On sait à présent que le cerveau secrète une hormone, la mélatonine, qui stimule d´autres hormones « en cascade », pour, au final, stimuler l´activité ovarienne. Or cette mélatonine est sécrétée la nuit. Ce qui expliquerait qu´en période estivale, avec des nuits plus courtes, l´animal ait « moins de temps » pour la sécrétion de cette hormone. La question est donc posée : est-il judicieux de soumettre les truies aux durées « naturelles » d´éclairement ? Et un programme lumineux avec des phases nocturnes constantes ne devrait-il pas être privilégié ? Car, à l´inverse, les bâtiments pour gestantes se veulent lumineux pour un bon déroulement de la gestation. Enfin, des essais d´implants de mélatonine sur les truies ont été réalisés récemment pour contrecarrer les effets négatifs de la photopériode. Mais, à l´inverse de ce qui a pu être obtenu chez la brebis, ils n´ont pas permis de limiter les troubles. Pourquoi ?

Yannick Le Cozler suggère que l´implant n´est sans doute pas la forme la plus appropriée pour apporter cette hormone. Des essais d´apports par injection pour avancer l´âge à la puberté des cochettes se sont révélées plus efficaces que les implants. Mais, surtout, la raison est que la photopériode n´est pas, et de loin, le seul facteur responsable.
La température peut en effet avoir des conséquences directes et indirectes sur la reproduction. Les effets indirects sont liés à la baisse de consommation connue en cas de fortes chaleurs. Ce problème est particulièrement connu par tout éleveur en maternité, où toute baisse de consommation se traduit par une production laitière plus faible et des poids de sevrage réduits. Plus précisément, les travaux de Nathalie Quiniou et Jean Noblet ont montré que, lorsque la température en maternité passe de 27ºC à 29ºC, la consommation des truies chute de 1,5 kg d´aliment par jour.

Ces effets directs sont apparents dès lors que la température dépasse le seuil de thermoneutralité, qui est compris entre 25 et 32ºC pour les truies gestantes et 22 à 25ºC pour les truies allaitantes. En gestation, des températures supérieures à ces niveaux peuvent induire des mortalités embryonnaires, notamment lorsque la température corporelle de la truie augmente. En maternité, outre la sous consommation, les fortes chaleurs induisent une plus grande variabilité du retour en chaleur, en particulier chez les primipares. D´ailleurs, la plupart des travaux menés sur le sujet soulignent le fait que les problèmes d´infertilité d´été sont toujours plus marqués sur les primipares. La bibliographie ne donne pas d´explications physiologiques à ce phénomène, mais les observations justifient que les cochettes soient les premières bénéficiaires de mesures préventives.
©C. Gérard

De l´intérêt du cooling dans la prise alimentaire
Compte tenu de ces connaissances, on comprend que tout équipement qui permettra de diminuer la température dans les salles pourra aider à lutter contre l´infertilité d´été. L´intérêt du cooling n´est plus à démontrer, Yannick Le Cozler souligne que la maîtrise de la température par cooling a surtout un effet sur la prise alimentaire. En revanche, il ne trouve dans la bibliographie que peu d´éléments prouvant que le refroidissement de l´atmosphère améliore l´intervalle sevrage-oestrus. Il interprète ces faits par la difficulté de maîtriser l´intensité, le rythme du cooling. et par l´importance conjuguée d´un bon renouvellement de l´air.
Mais rafraîchir la température n´est pas la seule piste pour limiter les effets néfastes de l´été. Yannick Le Cozler suggère d´adapter la conduite alimentaire aux températures estivales. Se basant sur des recherches menées en Australie, il conseille de ne pas restreindre les niveaux alimentaires en début de gestation, ou en tout cas, de les limiter aux 3 à 4 jours qui précèdent l´insémination.

En lactation, plusieurs solutions existent pour pallier à la sous consommation : multiplier les repas, garder une alimentation fraîche en nettoyant les auges, enrichir l´aliment en graisse, en vitamine E et minéraux, et bien entendu, donner de l´eau autant que possible. De plus, l´étude montre que la composition de l´aliment truie pourrait être utilement modifiée en période estivale. En effet, la baisse d´appétit de la truie soumise à de fortes températures est en fait une adaptation naturelle qui lui permet de limiter sa production d´extra chaleur, « perte » énergétique liée à la digestion de l´aliment. Lorsque l´on sait que cette production d´extra chaleur est plus importante pour les protéines que pour l´amidon et les matières grasses, on peut donc théoriquement envisager de substituer une partie de ces protéines par de l´amidon ou des graisses.

L´étude rapporte qu´un essai dans ce sens a été mené avec succès à l´Inra. Des truies multipares ont été soumises à des températures de 20 ºC et 29 ºC. A 29 ºC, les truies qui ont reçu un aliment moins riche en protéines (mais supplémenté en acides aminés de synthèse pour couvrir les besoins), ont mieux consommé et moins perdu de poids que celles qui ont reçu le régime témoin. Mais Yannick le Cozler modère ces conclusions. En effet, même si la truie exposée au chaud peut consommer mieux par une adaptation de la formule alimentaire, il semble que cette prise alimentaire profite plus à la mère qu´à la portée, ceci étant lié à des effets de fortes températures sur la production d´hormones jouant un rôle dans la régulation thermique.

La solution alimentaire n´est donc pas la panacée, même si elle peut contribuer à limiter les problèmes.
Le verrat, lui aussi, peut jouer un rôle dans cette problématique, et à plusieurs niveaux. L´étude bibliographique prouve que la présence du verrat à proximité des cochettes limite les problèmes de retard de puberté. Au moment du sevrage, la présence du verrat permet aussi de diminuer l´intervalle sevrage-oestrus, probablement grâce aux phéromones que sécrètent les mâles. Et Yannick Le Cozler conseille, en période estivale, d´éviter toute « dispersion » du verrat dans la détection des chaleurs. Celui-ci devra, grâce par exemple à des systèmes de barrières, être « concentré » sur les truies.
©C. Gérard


Au delà de 37,5ºC les doses de semence peuvent être altérées
Enfin, bien évidemment, il faudra veiller à la qualité de la semence. Dans le cas de prélèvement à la ferme, compte tenu d´une inévitable dégradation de la semence en été, les contrôles de celle-ci sont plus que jamais essentiels. Pour les semences achetées, c´est au niveau de la conservation des doses qu´il faut être vigilant, des températures supérieures à 37,5ºC pouvant altérer la qualité des doses.
Enfin, les auteurs évoquent le rôle des mycotoxines comme la zéaralénone qui viennent aggraver les problèmes de reproduction. Et ils s´interrogent sur l´effet de la génétique, bien connu chez les bovins. Concernant la truie, des études ont montré que les truies possédant 25 % de sang chinois seraient moins sensibles aux problèmes d´infertilité. Mais c´est à peu prêt tout ce qui est connu à ce jour.

Enfin, une autre piste de recherche à mener pour combler des lacunes consiste à connaître l´impact du logement des truies sur les troubles estivaux. On sait depuis les travaux de Martinat-Botté (en 1981), que les truies en plein air présentent plus de problèmes d´infertilité que les truies élevées en bâtiment fermé. Mais qu´en est-il des truies logées en groupe, et en bâtiment fermé ? Les travaux cités par Yannick Le Cozler dans son étude bibliographique ne permettent pas de conclure. Certains chercheurs montrent que les truies en groupe présentent plus de problèmes. et d´autres l´inverse ; preuve que ce n´est pas le type de logement - groupe ou case - lui même qui doit jouer, mais tous les autres facteurs liés au bâtiment.

(1) L´infertilité des truies en été. Avant propos et étude bibliographique. Yannick Le Cozler, EDE-Ca Bretagne, Hélène Quesnel, Inra, et Sylviane Boulot, ITP. Février 2004

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