Réussir porc 08 mars 2005 à 12h16 | Par Claudine Gérard

Réglementation européenne - Les pays avancent à vitesse variable vers la Directive salmonelles

La réglementation européenne sur le contrôle des salmonelles entrera en vigueur en 2009. Si le Danemark est déjà opérationnel, l´Allemagne entame la mise en place d´un plan de mesures, et la France réfléchit.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Une nouvelle réglementation européenne va rendre obligatoires des plans de surveillance des salmonelles dans la filière porcine, du producteur à l´abattoir. Même si l´échéance est l´année 2009, certains pays sont prêts et les autres doivent y travailler dès à présent. C´est ce que montrent les différentes interventions de responsables européens, réunis à Paris par l´AFMVP (1).
Isabelle Corrégé, vétérinaire à l´ITP, a rappelé que cette future réglementation vise à réduire la prévalence des salmonelles, et en aucun cas de les éradiquer. Pour y parvenir, chaque État-membre devra proposer à la Commission Européenne un plan de contrôle des salmonelles portant sur l´alimentation animale, les animaux, les carcasses et la transformation. Il revient à chaque État de choisir ses méthodes de contrôle, la Commission devant valider ces propositions dès novembre 2007. D´où, compte tenu de l´importance des questions posées en terme d´analyses, d´échantillonnage, de prélèvements, etc., de s´y préparer dès à présent.
Isabelle Corrégé souligne qu´en France, la réflexion a démarré depuis plusieurs années. Aujourd´hui, l´ITP est à même de fournir des résultats de travaux portant sur les méthodes d´analyse permettant de caractériser un élevage quant à son statut « Salmonelles ». Les chercheurs recommandent la sérologie sur jus de viande, même si la méthode n´est pas parfaite (voir encadré). Mais le travail ne fait que commencer. Car, comme elle le souligne, il reste de nombreux travaux à mener pour finaliser le plan français : déterminer un plan d´échantillonnage (combien de prélèvements par élevage, avec quelle fréquence.), classer les élevages en fonction de la prévalence des salmonelles, proposer des mesures correctives, définir les modalités d´abattage des lots les plus à risque, etc. Bref, un gros chantier qui demandera du temps. Dans ces conditions, analyser ce que font des voisin européens s´impose.
Chaque Etat européen doit préparer un plan de contrôle des salmonelles allant de l´élevage à l´abattoir. ©D. Poilvet

Au Danemark, le plan est financé par les éleveurs
A commencer par le Danemark, qui a voté une loi pour la lutte contre les salmonelles dès 1993. Et 10 ans plus tard, le programme danois concerne la totalité de la filière, comme l´a présenté Bent Nielsen, vétérinaire au Danish Bacon and Meat Council. « Ce programme commence au niveau des fabricants d´aliment. Ils sont tenus de réaliser des analyses régulières sur les matières premières et les produits finis et de publier les résultats. »
« Tous ces résultats sont consultables sur Internet. Nous jouons à 100 % la transparence », souligne Bent Nielsen qui témoigne qu´aujourd´hui, le taux de présence de salmonelles dans l´aliment complet est de 0,1 %. Suit l´étage de la production qui concerne d´abord les sélectionneurs et les multiplicateurs qui sont tenus de réaliser 10 analyses sanguines par mois pour détecter l´éventuelle présence d´anticorps. Quant aux élevages produisant des porcs charcutiers, ils sont tenus, et à leurs frais, de faire réaliser des sérologies sur la viande de 60 à 100 porcs par an selon la taille de l´élevage.
« Au total, ce sont ainsi 600 000 échantillons par an qui sont analysés », calcule Bent Nielsen. Ces données servent à classer les élevages dans l´une des trois catégories définies par les danois allant du niveau 1, (élevages ayant peu ou pas d´échantillons positifs) au niveau 3 (forte proportion d´échantillons positifs). « En février 2003, 96,5 % des élevages étaient en niveau 1, 2,8 % en niveau 2 et 0,7 % en niveau 3 », souligne Bent Nielsen. Les porcs issus d´élevages de niveaux 3 sont abattus selon un protocole rigoureux, en fin de journée, pour éviter la contamination de la chaîne. Ces carcasses subissent un traitement thermique de « décontamination ». De plus, les éleveurs qui se situent en niveau 2 ou 3 sont financièrement pénalisés : 2 % de pénalités sur le prix payé pour les éleveurs tant qu´ils restent au niveau 2. Quant à ceux de niveau 3, la pénalité va croissante, de 4 à 8 %.
Enfin, les abattoirs danois sont aussi soumis à des contrôles rigoureux. En cas de prévalence supérieure à 2,2 % sur les viandes, des mesures d´hygiènes accompagnées de contrôle sont mises en place. Sans évolution positive, l´abattoir est fermé.
L´ensemble de ce plan de contrôle des salmonelles au Danemark a un coût annoncé de 4,5 millions d´euros par an, soit 0,20 euro par porc produit, et un total de 90 millions d´euros entre 1995 et 2002, « un coût totalement supporté par les producteurs, mais qui leur apporte de la compétitivité sur certains marchés mondiaux », estime Bent Nielsen.
En Allemagne, un plan basé sur le volontariat
L´expérience danoise a sans doute été facilitée par l´organisation de la filière autour d´une seule structure, le groupe Danish Crown. Pourtant, les Allemands ont pris le même chemin. Thomas Blaha, professeur d´épidémiologie à l´université vétérinaire de Hanovre, se réjouit de voir le succès d´un plan de lutte basé sur le volontariat. « Notre plan a réellement commencé à être appliqué en avril 2003. Il a reçu le consensus de 20 000 producteurs de porcs allemands et de la majorité des abattoirs. Aujourd´hui, 80 % de la production est engagée dans ce programme. »
Un programme très ressemblant à son voisin danois : sérologies sur le jus de viande, à raison de 60 porcs par élevage, classement des élevages selon le risque salmonelles bas, moyen et élevé avec, comme au Danemark dès janvier 2005, un abattage spécifique des porcs issus d´élevages à haut risque, assorti de mesures de réduction du portage. « Ces mesures doivent nous permettre de proposer des produits plus attractifs pour le consommateur », juge Thomas Blaha, qui encourage les Français à se hâter : « Même si les outils dont vous disposez ne sont pas les meilleurs, vous devez commencer à vous engager dans le plan de réduction du portage de Salmonelles. N´attendez pas 2006 ! Et l´important, c´est que tout le monde commence le même jour ! » Et répondant à Isabelle Corrégé, qui craint que la directive Salmonelles n´induise des distorsions de concurrence entre bassins porcins, Thomas Blaha répond qu´au contraire, « les Allemands ont favorablement accueilli ce plan, tout comme les consommateurs qui y voient un atout pour la viande d´origine nationale ».
(1) Ces journées de l´Association française de médecine vétérinaire porcine se sont déroulées les 1, 2 et 3 décembre à l´École Vétérinaire de Maisons-Alfort.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Porc se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui