Réussir porc 12 mai 2005 à 16h02 | Par Claudine Gérard

Prospective/Outil mathématique - Les économistes imaginent les productions animales bretonnes en 2015

L´Inra et la Crab ont mis au point Feedsim, un outil permettant de réaliser des études prospectives sur l´agriculture bretonne. Les scénarios possibles montrent à quel point cette analyse stratégique s´impose pour tous les décideurs bretons.

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Attention ! Prospective n´est pas perspective ! Et, ce qu´ont mis au point Laurent Morin, de la Crab et Yves Donne, de l´Inra est « un outil prospectif au service des décideurs bretons. Ce n´est pas de la prévision, mais l´objectif est de construire des « images » cohérentes, contrastées et possibles de l´avenir d´un système de production ».
Feedsim est un outil mathématique complexe qui est en effet capable de digérer des masses d´hypothèses mondiales, européennes et bretonnes dans les domaines aussi variés que la consommation, les monnaies, les coûts, les contraintes environnementales. Et, les ayant traitées, il permet de dessiner des scénarios qui pourraient en découler, ainsi que les conséquences prévisibles sur les secteurs impliqués par les productions animales bretonnes.

Car l´avenir des élevages, c´est celui de toute une région : fabricants d´aliment, fournisseurs et importateurs de matières premières, usines de trituration, ports, route, rail. ce qui justifie la réflexion de Jean Salmon, président de la Crab, en ouverture à la journée de présentation de cet outil, le 9 mars dernier à Rennes : « La réflexion doit être collective et transversale. Cet outil, grâce à ses capacités additionnelles jamais vues, nous permet des analyse stratégiques sans précédent. »
Feedsim, c´est d´abord un outil capable de digérer des tonnes d´informations. Les économistes ont commencé par lui faire ingurgiter le maximum de données chiffrées de l´année « de référence » qui est 2001. Puis, Feedsim va être nourri d´hypothèses de portée mondiale, européenne, nationale et régionale, hypothèses posées par les économistes.

Ces hypothèses, que les chercheurs appellent « moteurs d´évolution » intègrent tout à la fois le contexte géopolitique et macro économique : OMC, Pac, taux de changes, croissance. Les hypothèses portent aussi sur les marchés : ceux des produits (consommation, échanges, qualités.) et ceux des matières premières (prix, disponibilités). Les modes de productions animales et végétales, les formes d´alimentation - faf ou aliment complet - sont aussi intégrées dans le système qui permet aussi de prendre en compte des évolutions réglementaires (droits de douane, contraintes environnementales.)
Toutes ces hypothèses posées, Feedsim fournit des résultats chiffrés et précis à l´horizon 2015 au travers d´un scénario des productions animales, avec les conséquences qui en découlent sur toute la filière et sur les infrastructures de la région.

Ainsi, à partir d´hypothèses très diverses posées par les chercheurs, Feedsim aboutit à trois orientations pour la Bretagne, qui nous projettent dans des univers totalement opposés (voir pages suivantes). Il ont en effet obtenu trois orientations possibles en fonction de ces hypothèses de départ. La première orientation, qualifiée de libérale, nous entraîne dans un univers de libre échange où la Bretagne aura des difficultés à rester compétitive. La seconde nous offre des perspectives très « vertes », où le consommateur veut du terroir et de la proximité, schéma qui nous mène vers un élevage « de tradition ». Quant à la troisième, baptisée « combattante », elle imagine une Bretagne qui, grâce à sa technicité et à une plus forte concentration, arrive à imposer sa production porcine sur l´échiquier international. « La réalité se situera probablement entre les différents scénarios que nous avons explorés. Mais le but est bien de réfléchir à des scénarios qui soient tous cohérents, possibles, et surtout contrastés », souligne Yves Dronne. Et ils le sont.
Toutefois, même avec des hypothèses aussi contrastées, l´avenir de certains secteurs semble presque tracé. Ce serait le cas pour la volaille de chair. Dans les trois cas de figure, les économistes annoncent une baisse de la production bretonne. Par rapport à 2001, selon les cas, cette baisse serait de 19 à 31 %. De même, dans le secteur de l´alimentation animale, les perspectives sont plutôt sombres. Car même dans des scénarios où les productions animales se maintiennent ou progressent, le besoin supplémentaire en aliment serait essentiellement fourni par les fabriques à la ferme.

Trois scénarios complètement différents
Autre constante, la Bretagne resterait, dans les trois cas, fortement importatrice de matières premières. Elle continuerait à s´approvisionner en céréales des régions voisines, à hauteur de 1 à 4 millions de tonnes par an (contre 2,7 millions en 2001). De même, les importations de tourteau de soja se poursuivraient au rythme d´environ 2 millions de tonnes par an, tandis que les protéagineux auraient toujours autant de difficulté à s´imposer, sauf s´ils sont appuyés par une politique incitative.
A l´inverse, les trois scénarios nous projettent dans des futurs aux antipodes. Ainsi, la production porcine déclinerait de 39 % dans le premier scénario que nous pourrions baptiser « catastrophe », alors qu´elle augmenterait de 30 % dans le troisième scénario qu´on appellera donc « gagnant ». Les écarts entre scénarios sont moins importants pour la production laitière qui pourrait baisser de 13 % ou augmenter de 5 %. Les économistes nous amènent d´ailleurs à réfléchir à un arbitrage nécessaire entre la production porcine et la production laitière.

Les porcs contre les vaches ? Peut-être. Mais l´intérêt essentiel de Feedsim est d´exister en tant qu´outil avec lequel il est, à présent, possible de faire varier un ou plusieurs paramètres, et voir jusqu´où « tient » le scénario. Que devient le scénario gagnant si la parité euro-dollar s´inverse ? Que devient le scénario « catastrophe » si les données réglementaires changent ? Et surtout, quelles seraient les conséquences pour l´ensemble des secteurs impliqués ?
C´est tout l´intérêt du modèle qui, pour la première fois, permet de quantifier précisément des scénarios du futur, avec toutes les conséquences pour les acteurs économiques bretons. En effet, au delà de l´étage « production », Feedsim permet de mesurer les conséquences d´un scénario en terme de flux de matières premières ou de transports, donc de besoins en terme d´infrastructures. Par exemple, entre le scénario « libéral » qui conduirait à une baisse des arrivages de céréales en Bretagne de 68 %, et le scénario « paysanne » qui exigerait un apport accru de 46 % de céréales en provenance des autres régions française, l´impact sur le transport est considérable.

Dans le premier cas, il y aurait 3,8 millions de t. de matières premières, dont 850 000 t. de céréales à acheminer dans la région, dont la moitié par la route et l´autre moitié par les ports, essentiellement de Montoir. Dans le deuxième scénario, ces volumes à fournir à la région seraient près du double : 7,2 millions de t., dont plus de la moitié arriveraient par train... On mesure les conséquences de telles orientations pour toute la région. C´est la raison pour laquelle l´outil n´est pas destiné qu´aux entreprises du secteur de l´alimentation animale, mais aussi à la filière et aux politiques, comme le souligne Patricia Lecadre, vice-présidente de l´Association française des techniciens de l´alimentation animale (Aftaa) : « Les scénarios présentés lors de cette journée n´ont que valeur d´exemples, étant assez extrêmes et forcément discutables. Ils n´ont servi qu´à illustrer les potentialités du modèle et ne doivent pas être retenus en tant que tels. Ils prouvent que Feedsim peut tout à fait quantifier l´impact d´orientations prises régionalement. En ce sens, il doit intéresser les décideurs, opérationnels et politiques, qui ont à réfléchir, ensemble, sur le long terme. »

1) Chambre régionale d´agriculture de Bretagne

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