Réussir porc 11 juillet 2001 à 15h12 | Par C. G.

Production porcine - "L´exportation de viande de porc est une nécessité stratégique"

Paul Rouche, directeur délégué du Syndicat national du commerce du porc, est intervenu au cours de l´assemblée générale du Marché du porc breton pour expliquer que l´exportation de viande de porc n´est pas un seul moyen de gérer les excédents.

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C´est d´abord une stratégie de valorisation de la production.
Lorsque les marchés vers les pays tiers se sont brusquement fermés en mars, le cours a chuté de 12,24 à 10,50 francs à Plérin, preuve s´il en fallait que, même en période de bons cours, l´exportation joue un rôle capital."
C´est au travers de ce fait récent que Paul Rouche, directeur délégué du Syndicat national du commerce du porc (SNCP), introduisait l´analyse de l´exportation de viande de porc. Car la France est devenue le deuxième exportateur de porc européen vers les pays tiers, derrière le Danemark. Or l´économiste estime qu´il y a au moins trois bonnes raisons de mener une réelle stratégie d´exportation.
Marché de morceaux
La première est de pouvoir mieux valoriser la carcasse. Car, à la différence de la volaille, le marché du porc est un marché de morceaux. "Il faut vendre un morceau donné à l´endroit du monde où il se valorise le mieux." Ce qui est étroitement lié aux habitudes alimentaires. On consomme du bacon en Grande-bretagne, des oreilles en Chine, du jambon en France et en Italie, des ribs aux USA... Et il existe aussi des produits que nous ne consommons plus en France et qui, dans d´autres pays, trouvent des débouchés intéressants. Par exemple le gras, délaissé en France, est prisé en Russie. Ces marchés vers les pays tiers doivent être des marchés de valorisation de ces pièces. Paul Rouche cite ainsi le niveau de prix des poitrines qui, en Corée, se traitent aux alentours de 22 francs par kilo, quand elles stagnent à 10 francs dans l´Union européenne.
Aux États-Unis, un cabinet d´études a chiffré l´impact de l´exportation à un gain de neuf centimes par kilo pour 100 000 tonnes exportées. En France, le calcul est rendu difficile car la valorisation des pièces exportées est fonction de la destination : elle est plus rémunératrice au sein de l´Union européenne que vers les pays tiers.
Destination des exportations françaises

La deuxième raison pour laquelle l´exportation est une nécessité tient au marché national. "Si l´on diminue l´offre sur le marché national en trouvant des débouchés ailleurs, on valorise mieux notre production sur le marché intérieur" analyse Paul Rouche. Il rappelle qu´aujourd´hui, il ne reste que cinq enseignes de distribution, et que dix entreprises de salaison représentent 70 % du marché, tout comme dans le domaine du jambon. Et face à cette concentration croissante, il importe de pouvoir maîtriser l´offre pour mieux négocier.
Enfin, dernière bonne raison pour exporter, "dans un marché libéral, il faut se frotter à la concurrence mondiale et prouver que nos outils sont performants" analyse-t-il.

Stratégie
Un fois les raisons invoquées, restent les moyens à mettre en place. L´économiste rappelle qu´il n´est pas d´exportation possible sans la conjonction du volume et des prix. La meilleure stratégie consistant à capter les marchés les plus intéressants en volume et en prix. Une stratégie qu´a parfaitement compris le Danemark qui s´est imposé sur le marché japonais, réunissant la forte valeur ajoutée et les volumes.
Toutefois, Paul Rouche constate que les exportations au sein de l´Union européenne restent globalement plus rémunératrices. En moyenne, lorsque le niveau de prix des pièces exportées dans l´Union européenne s´établit à 12,50 francs, elles ne sont que de 9 francs vers les pays tiers. D´où sa recommandation de ne pas négliger ces exportations communautaires. Tout en s´ouvrant avec le maximum de pays tiers. "Mais combien de temps pourrons-nous encore parler d´exportation quand il s´agit de l´Union européenne" demandait Anne-Marie Crolais.
Les chiffres des exportations françaises au cours des dix dernières années prouvent que le message a sans doute été compris par les acteurs de la filière.
L´enjeu du sanitaire
Mais aujourd´hui, les débouchés sont largement dépendants du niveau sanitaire de notre production. "Les deux cas de fièvre aphteuse ont provoqué le blocage de 187 millions de francs de marchandise qui ne pourront pas partir ! constate Paul Rouche. Notre capacité à exporter ne reposera que sur notre capacité à avoir des animaux indemnes d´Aujeszky en particulier."
Enfin, le dernier frein à lever sera d´adopter une démarche commune des concurrents français, pour ne pas arriver en ordre dispersé pour attaquer les marchés potentiels. Au Danemark, Danish Crown représente 82 % de la production. Et trois intervenants détiennent 100 % des porcs. Aux Pays-Bas, Dumeco détient 70 % du marché. Alors qu´en France, ce sont une vingtaine d´outils d´abattage concurrents qui arrivent en ordre dispersé pour attaquer un nouveau marché, avec, le plus souvent, le recours à des cabinets d´exportation... étrangers. Appartiendra-t-il au SNCP de mettre en place cette nécessaire démarche commune ? La question reste posée.

La France exporte aujourd´hui un porc sur trois qu´elle produit. Sur les 650 000 tonnes exportées en 2000, 250 000 l´ont été vers les pays tiers.

L´organisation de la filière porcine française permet au producteur de percevoir un meilleur prix. La répartition de la plus-value est plus favorable aux éleveurs français qu´aux Danois.

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