Réussir porc 24 septembre 2014 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

Premier bilan mitigé pour la méthanisation à la ferme

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Les recettes des stations de méthanisation françaises proviennent 
à près de 90 % de la vente de l’électricité. Les agriculteurs touchent peu de redevances pour le traitement 
des déchets et la chaleur issue de la cogénération est très peu valorisée.
Les recettes des stations de méthanisation françaises proviennent à près de 90 % de la vente de l’électricité. Les agriculteurs touchent peu de redevances pour le traitement des déchets et la chaleur issue de la cogénération est très peu valorisée. - © D. Poilvet

« Aujourd’hui en France, la méthanisation à la ferme est difficilement rentable », soulignait Nicolas Chapelat, chargé d’études pour le Semaeb (société d’économie mixte pour l’aménagement et l’équipement de la Bretagne), à l’occasion d’une journée technique organisée par l’Ademe à Paris le 13 mai dernier. Une affirmation étayée par des chiffres issus de 16 installations dont les exploitants ont bien voulu donner les données comptables. « Leur taux de rentabilité interne varie entre 5 et 22 %, avec beaucoup d’unités dont le taux est inférieur à l’objectif initial de 7 à 8 %. » Pourtant, cette étude souligne le niveau plutôt raisonnable des investissement au regard de la puissance installée (5610 euros par kW électrique). Pour une moyenne de 175 kW électrique par unité, cela représente quand même 979 200 euros ! Les subventions couvrent 38 % de l’investissement initial en moyenne. Elles sont attribuées principalement par l’État et l’Ademe. « Sans ces aides, plus de la moitié des projets n’auraient pas pu être financés », souligne Nicolas Chapelat. Les recettes proviennent à près de 90 % de la vente de l’électricité. Les plus récentes installations bénéficiant de l’arrêté tarifaire de 2011 vendent l’électricité 18,81 c/kW, contre 14,8 c/kW pour celles soumises aux tarifs fixés en 2006. « En revanche, les agriculteurs touchent peu de redevances pour le traitement des déchets qu’ils méthanisent (moins de 10 %). »

- © Infographie Réussir

Une rentabilité pénalisée par cinq points critiques


Par ailleurs, la chaleur issue de la cogénération est très peu valorisée financièrement. « Elle permet souvent des économies d’énergie en se substituant aux chauffages conventionnels des maisons d’habitation et des élevages. Mais cet aspect n’apparaît pas dans les bilans comptables. » Selon un bilan technique établi par l’association Biomasse Normandie à partir de onze installations en fonctionnement, la rentabilité des unités de méthanisation est pénalisée par cinq points critiques :


• Des digesteurs souvent surdimensionnés. Le béton qui constitue les réacteurs représente un tiers des investissements globaux. « Surdimensionner les installations alourdit inutilement le poids de la dette et a un impact significatif sur la rentabilité économique », souligne Marie Guilet, chargée d’études à Biomasse Normandie.


• Un approvisionnement fragile. La concurrence croissante entre unités, notamment pour les déchets exogènes, a limité les quantités de substrats disponibles pour certains. « Les déchets exogènes sont souvent minoritaires en poids dans la ration entrante, mais ils ont un impact significatif sur la production de biogaz, et donc sur les recettes de vente d’énergie. »


• Des performances globales non optimisées. Le rendement biologique des installations est notamment affecté par un temps de rétention hydraulique (TRH) trop élevé. Ce critère, qui indique la durée moyenne des déchets dans le réacteurs, s’élève pour certaines unités à 70 jours, alors que l’objectif est de 30 jours dans les études prévisionnelles.


• Un manque de valorisation énergétique. Selon cette étude, près du tiers de l’énergie produite est perdue. Les agriculteurs disposent de peu de partenariat pour valoriser la chaleur produite par la cogénération.


• Un niveau d’instrumentation élevé, mais globalement sous exploité. Les agriculteurs manquent de formation et ne perçoivent pas l’intérêt des paramètres relevés. Certains outils sont mal réglés ou mal positionnés, comme par exemple les débitmètres qui mesurent la quantité de biogaz produite. « Dans ces conditions, la production d’énergie primaire ne peut être qu’estimée sur la base de la production d’électricité et des rendements annoncés par les constructeurs des unités de cogénération. »


Malgré tout, les représentants de l’État présents lors de cette journée ont envoyé un message optimiste concernant le devenir de cette filière. Le ministère de l’Agriculture réfléchit à de nouvelles mesures de soutien : fonds d’adaptation pour les investissements, renforcement du rôle des régions via les plans de développement ruraux… De son côté, l’Ademe maintient un objectif de production de 3 à 3,5 % des besoins nationaux en énergie en 2050. À cette date, la moitié du gaz de réseau serait ainsi issue de la méthanisation. Aujourd’hui, les 160 unités de méthanisation agricole construites en France produisent 350 GWh d’électricité et 500 GWh de chaleur, soit l’équivalent de la consommation en chauffage de 35 000 foyers. On est encore loin du compte…

 

Voir aussi article Près de 8000 unités de méthanisation en Allemagne.

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