Réussir porc 04 mai 2015 à 08h00 | Par Cécile Julien

Pourquoi la filière manque de rentabilité

Intervenant devant les producteurs de porcs de la CAM 53*, Baptiste Lelyon, spécialiste des filières animales à Crédit Agricole SA, a dressé un portrait sans concession des entreprises agroalimentaires et de la filière porcine en particulier.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Baptiste Lelyon, économiste des filières animales à Crédit Agricole SA.
Baptiste Lelyon, économiste des filières animales à Crédit Agricole SA. - © C. Julien

Le contexte est pourtant porteur car la demande mondiale de protéines animales est en hausse. D’ici à 2023, la consommation mondiale devrait augmenter de 15 %. « L’Asie a faim de viande porcine", affirme Baptiste Lelyon, économiste des filières animales à Crédit Agricole SA. "En France, la consommation de porc se maintient alors que celle de bœuf chute. Le grand export assure un relais de croissance. Pour la France, les exportations ont augmenté de 18 % en 10 ans. » Pour autant, le déficit commercial sombre à 217 millions. « On exporte des carcasses alors qu’on importe des pièces à valeur ajoutée comme des jambons. » Malgré de nombreux regroupements, la performance économique des filières viande chute depuis 2008. « Seuls s’en sortent les leaders qui exportent ou les petites entreprises sur des marchés de niches », remarque l’économiste. Si on mesure la performance par l’EBE sur le chiffre d’affaires, celle du secteur des viandes est faible à 2,7 %. « Deux fois moins que le secteur laitier. »

Le suivi par le Crédit Agricole des résultats de la plupart des IAA montre que le secteur de la viande est pénalisé par le coût du travail. La masse salariale absorbe 85 % du chiffre d’affaires. Les activités d’abattage et de découpe dégagent à peine 1 % d’autofinancement. Au prix de matières premières importées, la salaisonnerie s’en sort un peu mieux. Difficile alors de se moderniser. « Ce retard d’investissement met à mal la compétitivité », prévient l’économiste.

Explorer toutes les pistes de rentabilité

Parmi les leviers d’actions que doit actionner la filière, il cite l’amélioration de la compétitivité amont en modernisant les élevages. C’est aussi en aval qu’il faut améliorer la compétitivité en modernisant les outils, en limitant les surcapacités, en spécialisant les sites. La filière doit poursuivre ses efforts de restructuration. « Je ne sais pas si c’est le modèle à atteindre, mais les acteurs dans le giron de la grande distribution ont un chiffre d’affaires qui progresse deux fois plus vite que les autres », avance Baptiste Lelyon.

La compétitivité se gagnera par un véritable travail en filière, « par exemple avoir un seul cahier des charges pour toutes les enseignes pour simplifier les gammes. On gagnerait en compétitivité des outils avec des changements aussi simples que de mettre la même barquette pour tous les distributeurs et de ne changer que l’étiquette ». Si simple et pourtant si compliqué à faire accepter.

 

* réunis en AG le 6 mars 2015.

Ivan Leclerc, président du groupement porc de la CAM 53.
Ivan Leclerc, président du groupement porc de la CAM 53. - © C. Julien

CAM 53 maintient ses volumes

Avec 185 000 charcutiers vendus en 2013, le groupement porcs de la CAM 53 maintient ses volumes avec + 1 %. Et ce depuis cinq ans. « Comme le volume global baisse sur la zone Uniporc, nos parts de marché augmentent de 2,5 % », apprécie Julien Ségalen, le directeur du groupement. Pour conserver le potentiel de production, les 95 adhérents misent sur les rénovations des bâtiments et l’installation de jeunes. « Hélas, la conjoncture n’incite pas aux investissements », déplore Ivan Leclerc, le président du groupement. Les échanges avec Terrena pour un éventuel rapprochement sont toujours en cours. De premières étapes ont été franchies sur les approvisionnements.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Porc se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 24 unes régionales aujourd'hui