Réussir porc 12 novembre 2009 à 11h23 | Par D.Poilvet

Porte ouverte à l'EARL Rouxel à Penguily (22) - Le choix de la biosécurité absolue

À l’EARL Rouxel, l’ensemble de l’élevage bénéficiera de mesures de biosécurité sans précédent pour un élevage de production. La filtration de l’air garantira le maintien d’un statut sanitaire de hautniveau.

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L'élevage Rouxel est équipé de centrales de filtration qui garantissent l'absence totale de contaminatin aérienne en provenance de l'extérieur.
L'élevage Rouxel est équipé de centrales de filtration qui garantissent l'absence totale de contaminatin aérienne en provenance de l'extérieur. - © dp

Le 8 octobre dernier, Chantal, Jean-Claude et Benoît Rouxel ouvraient les portes de leur bloc naissage neuf de 400 truies réalisé à l’occasion de la restructuration de leur élevage. Une occasion qu’il ne fallait pas manquer, puisque les bâtiments sont, depuis, définitivement sous haute protection sanitaire. « Étant situés dans une zone à forte densité porcine, à proximité d’une route fréquemment empruntée par les camions des abattoirs de la région, nous avons fait le choix de la biosécurité totale, avec notamment la filtration de l’air entrant, qui nous garantira un statut sanitaire de haut niveau », a déclaré Jean Claude Rouxel. Une décision que l’éleveur, sa femme et son fils qui vient de rentrer dans l’EARL, n’ont pas prise à la légère. « Nous avons subi de plein fouet les pires épisodes sanitaires de ces dernières années », souligne-t-il. En 1997 notamment, suite à l’arrivée de la MAP, l’éleveur est le premier à dépeupler son élevage pour le repeupler avec des animaux sains. « Une grave erreur, puisque sans la filtration, le cheptel s’est très vite recontaminé ». Avec toute l’expérience acquise depuis son installation en 1983, Jean Claude Rouxel a mûrement réfléchi pour évaluer les mesures nécessaires à mettre en oeuvre afin d’assurer une biosécurité maximum. « Nous avons longuement travaillé avec François Madec et Roland Cariolet de l’Afssa de Ploufragan, qui disposent de l’expertise nécessaire. » Les sélectionneurs dont les bâtiments sont sous air filtré ont également servi de références, notamment dans la fixation des objectifs techniques et sanitaires : « Tout comme chez eux, les dépenses de santé devraient être comprises entre 30 et 50 euros par truie et par an, alors que la moyenne bretonne est à 150 euros/truie. Nous devrions également dégager des performances techniques de haut niveau, notamment en post-sevrage et en engraissement, avec des gains significatifs sur les aspects croissance et indice ». Les bâtiments ont été aussi conçus pour optimiser le temps de travail. « Les 400 truies et la suite pourront être gérées avec 2,5 UTH », estime Jean-Claude Rouxel. « Outre la conception des salles qui limitera les mouvements d’animaux, le bon statut sanitaire nous permettra d’atteindre cet objectif, grâce notamment à la forte diminution des mesures préventives. Les vaccinations notamment seront limitées au parvo et au rouget, alors que dans notre ancien élevage, elles occupaient presque l’équivalent d’un plein temps ».

Un cahier des charges draconien

La filtration, associée à une ventilation en surpression, constitue le point le plus coûteux et le plus spectaculaire de la biosécurité mise en place sur l’élevage Rouxel. Mais si elle n’est pas associée à d’autres mesures, sur les intrants notamment, elle pourrait très vite s’avérer inefficace. Les éleveurs ont élaboré un cahier des charges draconien qui concerne à la fois tout ce qui peut rentrer et sortir de l’élevage.

Les cochettes Large White pur proviendront d’un seul élevage de sélection indemne des principaux germes pathogènes : pasteurelles, bordetelles, actinobacillus, streptocoques, mycoplasme, circovirus et virus du SDRP. « Nous avons exigé que tous les reproducteurs soient livrés dans le même temps, afin d’éviter par la suite toute entrée d’animaux qui pourrait modifier l’équilibre sanitaire de l’élevage. » À leur arrivée, les cochettes pèseront entre 8 et 120 kilos afin de pouvoir les inséminer au fur et à mesure des besoins, et d’assurer le renouvellement des premières bandes. Ensuite, l’élevage fonctionnera en autorenouvellement, avec achat exclusif de semence dans un CIA sous filtration et approvisionné par des sélectionneurs de haut statut sanitaire.

L’aliment sera livré par Le Gouessant selon un protocole strict. « Nous avons prévu d’appliquer les mesures qui sont prises pour les ateliers de volaille repro », détaille David Brillouet, directeur de l’activité porc de la coopérative. « Tout d’abord, les aliments seront hygiénisés, grâce à un traitement thermique. L’objectif de cette opération est d’abaisser la flore présente naturellement dans les matières premières. Cette technique est éprouvée chez nous, et bénéficie d’un agrément salmonelle DSV pour la volaille. » L’autre maillon important est la livraison elle même de l’aliment. « Nous allons travailler avec un transporteur spécialisé, qui ne livrait jusqu’à présent que de la volaille repro. Son camion est lavé et désinfecté toutes les semaines, la cabine est régulièrement désinfectée, les roues et le bas de caisse du camion sont désinfectés à l’entrée dans l’élevage. Et ce camion ne livrera pas d’autres élevages de porc. » Les aliments hygiénisés concerneront le bloc naissage dans un premier temps. Les aliments du post-sevrage et de l’engraissement seront sous forme de miette ou de granulés, dont le process de fabrication constitue un traitement antibactérien non négligeable.

Les sorties d’animaux seront strictement contrôlées : les quais d’embarquement des deux engraissement fonctionneront sur le principe d’un sas de décompression : remplissage du quai porte extérieure fermée, puis fermeture de la porte intérieure, et enfin ouverture de la porte extérieure pour faire sortir les animaux. Le camion du groupement préalablement désinfecté viendra chercher les porcs charcutiers le lundi matin au premier tour. Le principe est le même pour les coches de réforme. Le chauffeur utilisera une paire de bottes de l’élevage, et enfilera une combinaison propre au-dessus de la sienne. Un sas de décompression a également été aménagé à l’extrémité du couloir du bâtiment naissage pour sortir les animaux morts.

Les entrées des personnes et des objets sont rigoureusement réglementées : douche obligatoire à l’entrée, utilisation exclusive de vêtements de l’élevage, fumigation au formol ou désinfection par trempage pour les objets en provenance de l’extérieur. La première couche de papier des sacs d’aliment sera enlevée avant la fumigation. Durant une phase de transition, l’ancien bloc naissage, qui sera partiellement transformé en engraissement, continue d’être exploité pour limiter la période improductive. Toute personne qui viendra de cet élevage devra prendre une double douche avant d’entrer dans les bâtiments neufs. Ils s’équiperont ensuite de charlottes, de gants latex et de masques pour éviter la transmission des germes.

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