Réussir porc 05 avril 2002 à 10h26 | Par Claudine Gérard

Porcs - Dans un contexte sanitaire difficile, 12 semaines de quarantaine s´imposent

Dans un environnement sanitaire marqué par le SDRP (contrôle u syndrome dysgénésique respiratoire porcin), la Map, allonger la durée de la quarantaine à 12 semaines s´avère un moyen efficace pour maîtriser la contamination.

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«Jusqu´à présent, la quarantaine était classiquement divisée en deux phases : l´observation des cochettes et leur contamination. Aujourd´hui, il faut en ajouter une troisième qui sera la phase de stabilisation de leur microbisme », résume Michel Noirrit, vétérinaire à Plonevez Porzay (29)(1). D´où la nécessité d´allonger la phase de quarantaine pour la porter à 12 semaines.
Cette nouvelle approche est dictée par l´environnement sanitaire actuel, et particulièrement le problème du SDRP. En effet, « la majorité des cochettes livrées dans les élevages sont indemnes de SDRP... alors que la majorité des élevages les recevant sont infectés ! », souligne le praticien. L´adaptation des cochettes doit donc tenir compte de cette situation, et porter la durée de la quarantaine à 12 semaines évite que les cochettes ne servent de « rebond » et ne viennent relancer la pathologie dans l´élevage. En effet, l´excrétion virale du SDRP dure jusqu´à huit semaines. Des cochettes volontairement contaminées en quarantaine mais intégrées trop tôt avec les truies gestantes excrètent encore le virus et vont relancer sa propagation auprès des femelles gravides.
Mettre un porcelet en contact avec les cochettes
Or, lorsqu´une truie est contaminée après 90 jours de gestation, les porcelets issus de celle-ci seront excréteurs persistants du virus. D´où des relances de la maladie en post-sevrage et engraissement... Concrètement, Michel Noirrit propose donc de concevoir la quarantaine en deux salles. La première, où les cochettes arrivent et séjourneront 6 semaines, servira de lieu de contamination. Contre le SDRP, inutile d´ajouter des placentas ou des déjections, « le virus du SDRP est fragile, et ne reste pas longtemps vivant en dehors de l´animal vivant », justifie le vétérinaire. Pour plus d´efficacité, il recommande de mettre en contact avec les cochettes un porcelet de 9 à 10 semaines, sachant que c´est à ce stade que les animaux excrètent le plus de virus. Un contact de 4 à 5 jours avec les cochettes (dans le couloir, voire dans la case) assurera leur contamination.
Après six semaines passées dans ce premier bâtiment, les cochettes seront placées dans un « petit bâtiment gestante », avec réfectoires, ne recevant que les cochettes, salle dans laquelle celles-ci finiront d´excréter le virus. Elles y seront synchronisées, inséminées, et en sortiront après 6 semaines, après contrôle d´échographie pour rejoindre les gestantes confirmées.
Mais en cas de vaccination, cette pratique est-elle toujours justifiée ? « La vaccination est efficace, mais doit être accompagnée par ces mesures », précise Michel Noirrit. Il suggère de vacciner les cochettes dès leur arrivée dans l´élevage, puis de les contaminer avec un porcelet la semaine suivante.
Ces consignes doivent permettre de maîtriser les conséquences du SDRP. Mais aussi d´autres pathologies, respiratoires, Map... sachant que, si le SDRP est une pathologie sérieuse en elle-même, elle l´est encore plus dans le cas de co-infections avec d´autres virus. Ainsi, Michel Noirrit témoigne : « Quand nous étions au plus fort des problèmes de Map, les éleveurs qui entraient des cochettes indemnes de SDRP subissaient des épisodes de Map chroniques, lourds de conséquences et durant longtemps dans l´élevage. Le fait d´avoir allongé la durée de la quarantaine à 12, voire 14 semaines, a permis de « passer » le cap en 2 à 3 mois. ».

(1) Michel Noirrit est en autre chargé du suivi sanitaire du schéma Dalland.

Quarantaines : Rappels des bases
Michel Noirrit rappelle les objectifs d´une quarantaine qui tiennent en quatre points :
- Protéger l´élevage d´une infection qui pourrait être en incubation sur les cochettes ;
- Adapter les cochettes au microbisme de l´élevage ;
- Vacciner ;
- Mettre les cochettes en reproduction (synchronisation, détection des chaleurs...).

Pour mener à bien ces quatre objectifs, la quarantaine doit répondre à des normes :
- Un bâtiment spécifique, doté d´un pédiluve ;
- Des salles claires, des sols secs, une température correcte (18 à 22 ºC) et de la place pour un bon développement des aplombs.
Les programmes de vaccination dépendent de chaque élevage. Toutefois, Michel Noirrit rappelle qu´il est important de commencer par la vaccination SDRP et finir par la Parvovirose car les cochettes doivent être « débarrassées » des anticorps maternels qui peuvent, pour cette affection, être retrouvés jusqu´à 7 mois d´âge.

La phase de mise à la reproduction doit être une phase d´observation : les venues en chaleur doivent être notées, car il ne faut pas « régumater » des cochettes non venues en chaleur (donc non pubères). Pour faciliter les venues en chaleur et les observations, le local doit être clair, ou, à défaut éclairé artificiellement 12 heures par jour.
Les inséminations doivent être réalisées à la 3ème chaleur, à 130 kg de poids et 235 jours d´âge minimum.
« L´allongement de la durée de la quarantaine ne peut être que bénéfique dans un élevage »
Avis d´expert : Arlette Laval Professeur à l´Ecole Vétérinaire de Nantes

"L´allongement de la durée de la quarantaine avec division en deux temps distincts ne peut être que bénéfique dans un élevage. On peut lui voir un double intérêt. D´abord, il protège l´élevage de l´introduction de contaminants indésirables. En effet, dans la quarantaine d´adaptation, les animaux en tout début d´incubation auront le loisir de développer une infection encore inapparente et le dépistage réalisé à la fin de cette étape aura plus de chances de les détecter. Les cochettes pourront alors être envoyées à l´abattoir avant d´avoir été introduites dans le troupeau. Ensuite, le fait de bénéficier d´une quarantaine de contamination de 6 semaines permet de bien adapter les cochettes à leur futur environnement en leur laissant le temps de développer une infection active et une bonne immunité vis-à-vis des agents infectieux présents dans l´élevage. Elles les maîtriseront bien lors de l´introduction dans le troupeau, évitant la relance des contaminants propres à l´élevage. Bien sûr, tout ceci peut passer pour un "grand luxe", mais il faut répéter que la quarantaine est d´une importance capitale, pour à la fois protéger les animaux en place dans l´élevage en cas d´apport de cochettes malades inapparentes, et aussi assurer une contamination correcte des futurs reproducteurs".

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