Réussir porc 12 avril 2005 à 14h46 | Par Claudine Gérard

Pollution des élevages porcins - De l´aliment à la gestion de l´exploitation, la baisse des rejets peut se poursuivre

Il reste encore des possibilités de réduire les émissions de phosphore, d´azote, d´ammoniac et de métaux lourds générées par l´élevage porcin. Les chercheurs y travaillent et trouvent des solutions allant de l´alimentation à la gestion globale de l´exploitation.

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La chasse aux polluants n´est pas terminée et la réduction des rejets et nuisances est encore possible à plusieurs niveaux. Dans les salles d´élevage, tout d´abord, il est possible de réduire les niveaux d´ammoniac. Une étude menée à la station de Villefranche-de-Rouergue a montré que l´incorporation d´acide benzoïque(1) dans l´alimentation des porcs charcutiers permet de baisser la concentration en ammoniac dans les salles de 4,5 à 3,4 ppm. L´air extrait (ventilation basse) est moins chargé dans les salles où les porcs ont reçu le produit : 5,9 mg/m3 contre 7,8 mg/m3 dans les salles témoin. Compte tenu des débits de ventilation mesurés, l´émission d´ammoniac par porc et par jour est ainsi diminuée de façon significative : 6,14 g contre 8,08 g.
Nadine Guingand, de l´ITP, qui a mené cette étude, calcule que l´incorporation de 1 % d´acide benzoïque permet donc de diminuer l´émission d´ammoniac de 200 g par porc sorti, soit une réduction de 25 %. Les chercheurs expliquent ces résultats par la diminution du pH urinaire des porcs recevant le produit. Si, dans cet essai, le produit s´est révélé efficace au taux de 1 % pour abaisser les émissions d´ammoniac, il ne l´a pas été à 0,5 %, et n´a pas amélioré les performances des porcs (ni à 0,5 % ni à 1 % d´incorporation). Toutefois, Nadine Guingand annonce que, dans un essai identique récemment mené à la station de Romillé, les indices de consommation ont été significativement abaissés grâce au produit, « conséquence d´une amélioration de la digestibilité ». Il faudra attendre la publication des résultats pour calculer un retour probable sur investissement.
Autre source de pollution, le phosphore peut aussi être économisé. Des travaux suggèrent que la concentration des lisiers de truies en phosphate pourrait être réduite de 23 % à 27 % en diminuant les niveaux de phosphore dans l´aliment des reproducteurs : 2,0 g/kg en gestation et 2,6 g/kg en lactation. En comparaison avec les niveaux habituellement recommandés (respectivement 2,6 g/kg et 3,2 g/kg), la quantité de phosphate excrétée par truie et par an chute de 9,6 kg à 7,3 kg, sans conséquence sur les performances des descendants ni sur la résistance osseuse des truies ainsi alimentées, « sous réserve que l´aliment « jeune reproducteur » soit suffisamment pourvu en phosphore », recommandent les chercheurs sans en préciser les niveaux.
Autre minéral qui s´accumule dans le sol, le zinc pourrait aussi être apporté en moindre quantité dans les aliments pour porcs. Catherine Jondreville, chercheur à l´Inra, annonce qu´il est possible de réduire de 30 % les rejets de zinc de porcelets en post-sevrage. Ceci en remplaçant 30 mg de sulfate de zinc par 500 FTU de phytase microbienne dans l´aliment. Cette enzyme aurait en effet la particularité de pouvoir libérer le zinc de la ration lié aux phytates, et non disponible en l´absence d´enzymes. Car l´acide phytique, principale forme de stockage du phosphore dans les matières premières d´origine végétale (céréales essentiellement), limite la disponibilité de certains minéraux en formant des complexes insolubles.
En affinant les apports alimentaires, les porcs peuvent excréter moins de minéraux et métaux lourds sans que leurs performances ne soient pénalisées. ©D. R.

Moins de zinc et de calcium grâce aux phytases
Enfin, bien qu´il ne soit pas considéré comme un polluant, le calcium peut aussi être revu à la baisse dans l´aliment des porcs ; C´est ce que prouve Didier Gaudré, ITP, qui souligne que, grâce aux phytases microbiennes(2), les niveaux de phosphore de l´aliment ont pu être abaissés, mais que les taux de calcium sont restés au même niveau. Or, ses essais montrent que, dans un aliment contenant des phytases, il est possible de diminuer les apports de calcium de 15 % dans l´aliment croissance et 30 % dans l´aliment finition, sans pénaliser les performances des porcs ni la minéralisation de leurs os. Concrètement, il recommande de respecter un ratio de 2,9 entre les apports de P digestible et Ca, lorsque l´aliment contient 250 FTU de phytase microbienne. Ces travaux montrent que l´adéquation des apports par rapport aux besoins constituent un levier pour limiter l´excrétion de polluants, et que les phytases offrent des perspectives d´économies qui dépassent le seul problème du phosphore.

(1) DSM
(2) Natuphos, BASF


Pour en savoir plus
Ces travaux ont été exposés lors de la 37e édition des Journées de la recherche porcine (JRP), qui s´est déroulée à Paris du 1er au 3 février 2005. Les principaux thèmes abordés lors de ces rencontres sont présentés dans le dossier de Réussir Porcs du mois d´avril 2005 (RP nº112, 12 pages).

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