Réussir porc 27 décembre 2005 à 16h56 | Par Dominique Poilvet

Mycotoxines - Des recommandations plutôt que des obligations

Une nouvelle réglementation européenne fixera des recommandations de seuil maximum pour les mycotoxines présentes dans les céréales et aliments du bétail. Celle-ci a été présentée lors d´un séminaire Arvalis.

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Une nouvelle réglementation européenne sur les mycotoxines entrera en application dès le 1er juillet 2006. En alimentation humaine, les seuils maximums clairement définis serviront de limites au-delà desquels le produit contaminé sera impropre à la consommation. En alimentation animale, l´Europe n´en est encore qu´à un stade de projet de recommandations. C´est-à-dire que les seuils maximums, qui ne sont pas définitivement fixés, ne devront pas être obligatoirement respectés.
Une incertitude qui rend perplexes les fabricants d´aliments du bétail, confrontés, certaines années, à des arrivages de lots fortement contaminés qui pénalisent les performances des animaux en élevage : « Une recommandation de respect d´un seuil n´a pas de valeur pénale en cas de dépassement », signale Valérie Le Bris, responsable scientifique au Syndicat national des industries de l´alimentation animale (SNIA), et qui présentait cette nouvelle réglementation à un séminaire Arvalis le 20 septembre dernier. « Mais si un aliment dépasse le seuil recommandé et que cela pose problème en élevage, l´agriculteur peut porter plainte contre le fabricant. Le seuil défini pour la matière première ou l´aliment complet servira alors de référence pour établir une jurisprudence », met-elle en garde.
L´Union Européenne fixe des seuils de recommandation pour les mycotoxines éventuellement présentes dans les céréales. ©S. Leitenberger

8 mg/kg maximum pour le DON sur céréales
Pour le DON, (Désoxynivalénol également appelée vomitoxine), la mycotoxine la plus fréquemment rencontrée sur les céréales de nos pays, les seuils maximums sont fixés pour le moment à 8 mg/kg (8 000 ppb) pour les céréales et produits de céréales, et 0,9 mg/kg (900 ppb) pour les aliments complets et complémentaires pour porcs. « Ces deux seuils sont incohérents », précise la spécialiste du SNIA : « Comment fabriquer un aliment qui ne dépasse pas 0,9 mg/kg de DON si les céréales, qui composent au moins 50 % de la formule en contiennent presque 10 fois plus ? »
La question de l´utilité de ces seuils est donc posée, d´autant plus qu´ils n´ont aucune relation avec les problèmes de sous-consommation ou de reproduction rencontrés en élevage. De plus, ces problèmes sanitaires sont souvent la conséquence de la présence simultanée de plusieurs mycotoxines dans l´aliment, une accumulation qui n´est pas prise en compte dans la réglementation et les recommandations.
L´Union Européenne fixe des seuils de recommandation pour les mycotoxines éventuellement présentes dans les céréales. ©S. Leitenberger

Éviter les conduites agronomiques à risque
Pourtant, après des années d´ignorance, les structures productrices et utilisatrices de céréales se penchent sur ce dossier. Au niveau de la production, Agrial donne l´exemple, en anticipant les problèmes par des préconisations auprès des céréaliers pour éviter les conduites agronomiques à risque. Mieux, en échange d´une prime de cinq euros par tonne, certains agriculteurs produisent désormais du blé sous cahier des charges : précédent maïs-grain exclu, précédent maïs ensilage possible avec labour obligatoire, semis direct du blé exclu, utilisation de variétés déterminées par Agrial. La coopérative assure également la qualité, avec notamment une réception sur silos stockeurs, et un passage obligatoire au nettoyeur. Cette céréale « certifiée » est destinée à la fabrication d´aliments pour porcelets, un animal particulièrement sensible aux mycotoxines. « L´objectif est d´obtenir des blés dont la teneur en DON ne dépasse pas 0,5 mg/kg (500 ppb) », précise Olivier Bourassin, responsable céréales chez Agrial.
Plus en aval, certaines récoltes parfois fortement contaminées en mycotoxines ont rendu les fabricants d´aliment du bétail très prudents. La société Philicot, fabricant d´aliment bourguignon, a pris le problème à bras le corps depuis la récolte catastrophique de l´année 2002. « Les lots contaminés, identifiés par un kit qui coûte huit euros par analyse, sont systématiquement isolés des lots sains », explique Catherine Delacour, responsable qualité. « Nous diminuons alors les incorporations de ces matières premières à risque. Mais nous essayons toujours de gérer le problème le plus en amont possible, à condition que les fournisseurs, parfois peu conscients du problème, jouent le jeu. » Car pour les fabricants d´aliment, les mycotoxines ont un coût : mobiliser des cellules de stockage supplémentaire pour ces lots, difficulté de gérer les contrats d´achats, reprise de l´aliment en élevage et perte d´exploitation. des difficultés que connaissent également les éleveurs fabricants à la ferme, pour qui la seule solution est de limiter le taux d´incorporation de la céréale contaminée, quitte à l´utiliser sur deux campagnes.

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