Réussir porc 05 décembre 2006 à 17h18 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Marchés agricoles - Pour l´économiste Mildred M. Haley« les États-Unis vont rester de grands exportateurs »

Mildred M. Haley est chercheur en économie agricole à l´USDA(1) de Washington. Elle s´est rendue au Space où elle a, à l´initiative de l´Ifip, expliqué aux Français que les États-Unis sont armés pour affronter les marchés internationaux dans les dix années à venir.

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Vos prévisions à l´horizon 2015 laissent présager un développement de la production porcine aux États-Unis, et une augmentation des exportations. Quelles en sont les raisons ?
Mildred M. Haley : Effectivement, tous les indicateurs nous laissent présager une production porcine américaine en développement, et des exportations croissantes. Tout d´abord, nous sommes les premiers producteurs du continent américain, avec 60 millions de têtes, soit deux fois plus que les Brésiliens et quatre fois plus que les Canadiens. D´autre part, nous avons un savoir-faire dans le commerce international. Pour preuve, nos exportations progressent de 2,4 % par an, qui plus est vers des marchés rémunérateurs. Nous bénéficions en outre d´une industrie d´abattage particulièrement performante, de grande taille. Enfin, la faiblesse du dollar, qui va perdurer dans les années à venir, va rester un atout pour les producteurs américains.
D´une manière plus globale, comment voyez-vous l´avenir de la production porcine dans le monde ?
Il n´y a aucun doute que, face à une demande mondiale croissante liée à l´élévation du niveau de vie, la production va se développer. En revanche, le problème est celui de l´accès aux marchés internationaux. Il y aura sans doute des accords commerciaux entre pays, comme c´est le cas aujourd´hui entre le Japon et le Chili. Mais dans tous les cas, il sera nécessaire de rester compétitif sur la scène internationale.
Toutefois, vous évoquez des perspectives de flambée des prix du maïs qui pourraient augmenter vos coûts de production.
Certes, ce qui est aujourd´hui un atout pour les États-Unis pourrait devenir une faiblesse. Les subventions du gouvernement américain pour la production d´éthanol à partir du maïs vont obligatoirement faire monter les cours du maïs. Si, aujourd´hui, il est à environ 66 ? la tonne, il atteindra environ 100 ? dans 3 ou 4 ans, voire plus au cours des années qui suivent.
« Avec les débouchés pour le bioéthanol, le prix du maïs pourrait atteindre 100 ? /t dans les années à venir » estime l´économiste américaine Mildred M. Haley. ©C. Gérard

La production porcine américaine pourrait donc souffrir de ce renchérissement du coût alimentaire, et se trouver concurrencée sur les marchés internationaux par d´autres bassins porcins ?
Sachant que nous sommes un des producteurs majeurs de maïs au monde, je pense que les cours monteront dans les autres bassins de production et que, au final, ces prix élevés ne vont pas nous déconnecter par rapport à nos concurrents. De plus, le porc devrait être relativement peu affecté par la hausse du prix du maïs, car on peut envisager son remplacement par du blé, de l´orge, voire utiliser les corn distillers dans les aliments. Je crois que le poulet subira davantage cette augmentation du prix du maïs et que le porc sera moins pénalisé par ces augmentations de coût alimentaire
Les Français ont coutume de dire que les producteurs américains ont moins de contraintes en matière de bien-être animal et d´environnement. Qu´en pensez vous ?
C´est vrai. Les contraintes européennes sur le bien-être animal augmentent vos coûts de production. Mais depuis 10 ans, les choses ont beaucoup évolué dans ce domaine aux États-Unis, ce qui explique que les coûts de construction de bâtiment ont fortement grimpé. Il y a 10 ans, la place de truie coûtait en moyenne 730 dollars. Aujourd´hui, il faut compter 1250 dollars ! C´est une des raisons pour lesquelles le cheptel truies a finalement peu augmenté ces dernières années aux États-Unis. Les firmes préfèrent importer du porcelet à engraisser en provenance du Canada, pays qui devient le naissage des Etats-Unis !
Quant au problème d´environnement, nous savons que nous devons nous mettre au niveau de l´Europe. Le secteur porcin s´y prépare. D´autant que le contexte est favorable : l´industrie porcine américaine a gagné beaucoup d´argent ces dernières années, le dollar est compétitif, la filière est organisée, la plupart des producteurs bénéficient de contrats pour l´approvisionnement et la mise en marché de leurs porcs. Ce qui leur apporte des garanties. Seulement 16 % des porcs sont produits sur un marché ouvert. Et je constate que les seuls à critiquer cette forme de production contractualisée sont ceux qui n´ont pas de contrat !

(1) United States Department of Agriculture, Washington, USA.

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