Réussir porc 29 avril 2014 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

Les gros abatteurs européens connaissent des difficultés

Vion, Danish Crown, Tönnies. La taille n’est pas toujours synonyme de performances. Les trois principaux abatteurs nord-européens sont confrontés à des difficultés liées à des décisions stratégiques incohérentes ou à la conjoncture. Analyse d’Eric Porcheron et de Denis Camaret, d’Unigrain (1).

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- © Infographie Réussir

Danish Crown sous la pression des abatteurs allemands


« La fuite des porcelets vers l’Allemagne et les bas salaires pratiqués dans les abattoirs allemands ont obligé le groupe danois (21,8 millions de porcs en 2012) à restructurer son industrie et à investir dans l’automatisation de ses outils dès 2009 », constate Eric Porcheron, responsable d’études chez Unigrain. Cela n’a pas suffit. En janvier 2014, un nouveau plan de restructuration de ses outils industriels a été annoncé. En mars, l’un des abattoirs qui exportait 90 % de sa production vers la Russie a été fermé temporairement. Mais cette période sera utilisée pour moderniser le site et accroître ses capacités de 4 à 10 000 porcs/semaine pour exporter vers la Chine et les Etats-Unis !


Le hollandais Vion, en situation de quasi-faillite


L’ex-numéro un en Europe a perdu 830 millions d’euros en 2013 ! « Ce n’est pas son expansion rapide (de 8,9 millions de porcs en 2003 à 20,9 millions en 2010), qui a provoqué ce désastre, mais un investissement hasardeux au Royaume Uni dans une entreprise de volaille fortement déficitaire », analyse Eric Porcheron. La solution pour éviter le dépôt de bilan a été de vendre sa division « ingrédients », la branche la plus rentable du groupe, qui produit notamment de la gélatine. « La crise du groupe hollandais s’explique aussi par l’absence d’un centre de décision fort, et par un manque de restructuration des outils au quotidien. »

Eric Porcheron, responsable d’études chez Unigrains. « Pour éviter 
la faillite, Vion a dû vendre sa filiale 
la plus rentable. »
Eric Porcheron, responsable d’études chez Unigrains. « Pour éviter la faillite, Vion a dû vendre sa filiale la plus rentable. » - © D. Poilvet

Tönnies subit l’embargo Russe


Le chiffre d’affaires du géant allemand (17,3 millions de porcs en 2012) était majoritairement orienté à l’export (54 % de l’activité). « Mais en 2013, Tönnies a perdu ses agréments vers la Russie, ce qui l’a contraint à réorienter ses flux commerciaux vers d’autres pays », souligne Eric Porcheron. Par ailleurs, un conflit familial perturbe la gouvernance du groupe. Malgré cela, son chiffre d’affaire a encore augmenté l’an dernier, même si la progression est moindre que par le passé (+ 300 000 porcs abattus par rapport à 2012, contre + un million par an entre 2005 et 2012).

Les abattoirs français encore loin de la dimension mondiale


Cooperl et Bigard ont respectivement commercialisé 4,9 et 4,6 millions de porcs en 2012. « La restructuration des outils d’abattage français ne s’est pas faite, et c’est bien dommage », estime Denis Camaret, directeur de participations chez Unigrain. « Ils n’arrivent plus à atteindre le point mort qui leur permettrait de redevenir rentable, car ils tournent en sous-capacité. On a perdu un abattoir de 600 000 porcs. Mais la production a baissé de deux millions. Il reste donc encore beaucoup de travail à faire. Mais comme il ne se fait pas, nous assistons aujourd’hui à la mort lente de nos outils industriels », conclut-il.

 


(1) Eric Porcheron et Denis Camaret sont intervenus à l’assemblée générale du groupement porc de la Cam 53 le 21 mars dernier

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