Réussir porc 17 janvier 2018 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

Les Français mangent moins de porc

Selon les données mises à jour au 1er octobre, les achats de viande de porc des ménages ont baissé de 3,9 % en un an. La charcuterie a perdu 0,5 %, et le jambon 3 %.

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Les ménagères délaissent de plus en plus la viande de porc au profit de la volaille
Les ménagères délaissent de plus en plus la viande de porc au profit de la volaille - © D. Poilvet

Les chiffres du Panel Kantar Worldpanel publiés par France Agrimer le mois dernier ne font que confirmer une tendance à la baisse constatée depuis le début des années 2000. Une étude de France Agrimer avait déjà constaté une baisse de 13 % entre 2003 et 2013. Aujourd’hui, les Français consomment 33 kilos de porc frais et élaboré par an, contre 36 kilos par an en moyenne entre 1989 et 2004. C’est toujours la première viande consommée, devant la volaille (27 kg) et le bœuf (24 kg). Mais sa part diminue en volume dans le panel de viande acheté par les Français, au détriment de la viande de volaille (voir infographie Ifip base 100).

La baisse de la consommation de viande a été le thème majeur de l’assemblée générale de Culture Viande, le syndicat des entreprises du secteur de la viande, lors de son assemblée générale à Paris le 17 octobre dernier. " Difficile de faire un lien direct entre les attaques contre la viande et la baisse de consommation ", souligne le syndicat. Certains mettent en avant les scandales alimentaires à répétition (crise de la vache folle, grippe aviaire, viande de cheval dans les lasagnes au bœuf…), mais le secteur porcin a été relativement épargné. Selon Culture Viande, cette baisse s’inscrit surtout dans un changement des modes de consommation. Le snacking fait que la quantité de viande consommée diminue à chaque repas. Une côte de porc consommée à table pèse 130 grammes. Une pizza ou un sandwich ne contient qu’entre 10 et 20 grammes de viande. À cela s’ajoutent les préoccupations de santé des Français. En 2015, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a classé la charcuterie dans la catégorie des agents " cancérogènes pour l’homme ", la même catégorie que celui du tabac. De nombreux médias en ont conclu que le fait de retrouver les charcuteries dans ce groupe signifiait qu’elles étaient aussi dangereuses que le tabac. On se doute bien qu’il n’en est rien. Selon le centre de recherche sur le cancer du Royaume Uni, le tabac provoquerait près d’un million de décès par an dans le monde, alors qu’une alimentation riche en charcuterie pourrait être à l’origine d’environ 34 000 décès par cancer.

" De la fourchette à la fourche "

Pour relancer la consommation, Culture Viande mise avant tout sur l’amélioration de la qualité des produits proposés aux consommateurs. Mais elle met aussi en garde la filière sur les multiples dimensions que recouvre cette notion. " La qualité des produits doit prendre en compte d’autres critères d’objectivation que ceux utilisés actuellement ", a souligné son président, Jean-Paul Bigard. Pour lui, le slogan " De la fourche à la fourchette " n’est plus adapté. "La satisfaction du goût du consommateur nécessiterait que la filière s’ouvre à une logique différente, celle " de la fourchette à la fourche ", c’est-à-dire qui tienne compte de leurs attentes. La profession doit aussi être en position offensive sur la qualité sociétale, " celle qui répond aux attentes citoyennes sur les sujets de nutrition et santé, d’environnement et de bien être animal ". La qualité est aussi une question d’innovation.

33 kg par an, contre 36 en 2004

Culture Viande souligne que la consommation de viande continue à progresser sur certains segments qui innovent par le biais de nouvelles recettes répondant aux aspirations contemporaines ou aux nouveaux modes de consommation. Enfin, Jean-Paul Bigard rappelle que la qualité est une question de professionnalisme et de savoir faire. " Une viande mal préparée, mal découpée, ne satisfera jamais les consommateurs. "

La tendance à la baisse de la consommation de viande se retrouve un peu partout en Europe. En Allemagne, où chaque habitant consomme en moyenne 51 kilos de porc par an, les achats de porcs frais ont reculé de près de 8 % en volume au premier semestre 2017. Recul également au Royaume Uni (- 4 %), en Espagne (- 3 %) et en Italie (- 6 %). Ces chiffres contrastent avec l’évolution observée depuis plusieurs années dans les pays en développement, au sein desquels la consommation des protéines animales progresse. Selon les projections de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation de viandes en Asie du Sud devrait augmenter de 4,2 % par an jusqu’en 2050. La consommation mondiale de viandes va continuer de progresser durant les prochaines années à un rythme moyen de 1,3 % par an, sous l’effet conjugué de l’augmentation du niveau de vie moyen et de la population mondiale. Difficile dans ces conditions d’ignorer les marchés exports qui, s’ils donnent parfois des signes de faiblesse, sont cependant prometteurs sur le long terme.

- © Infographie Réussir
- © Infographie Réussir

Le prix de la viande de porc n’est pas en cause

Selon un rapport publié par France Agrimer en 2015, le prix du porc au détail porc a très peu progressé sur les dix dernières années. Cette faible augmentation n’a fait que suivre le rythme de l’indice général des prix à la consommation, contrairement aux autres viandes. Les viandes bovines (bœuf et veau) ont connu de fortes augmentations tarifaires, passant d’un indice 110 en 2003 à plus de 150 début 2015. Le prix de la viande de volaille a aussi augmenté, mais en deux fois : en 2007, année de la flambée des cours des matières premières et en 2011. France Agrimer souligne que la viande porcine fraîche reste aujourd’hui la viande de boucherie la moins chère du marché.

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