Réussir porc 22 avril 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Vincent Dedet

Le virus de la DEP se répand comme une traînée de poudre

L’épizootie de diarrhée épidémique porcine, DEP, continue de progresser aux États-Unis et se diffuse aussi aux pays frontaliers, et au-delà.

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Guy-Pierre Martineau. « L’Europe est encore épargnée par ce PEDV, mais il est impossible d’affirmer qu’elle le restera. »
Guy-Pierre Martineau. « L’Europe est encore épargnée par ce PEDV, mais il est impossible d’affirmer qu’elle le restera. » - © Réussir Porcs

. Au lendemain du congrès annuel des vétérinaire porcin d’Amérique du Nord qui s’est tenu à Dallas, quelles sont les actualités relatives à la diarrhée épidermique porcine ?


Le PEDV, Porcine Epidemic Diarrhea Virus, est effectivement passé en tête des préoccupations sanitaires outre-Atlantique. Ce n’est pas une surprise quand on sait qu’en moins d’un an, les pertes se comptent en millions de porcelets, de 4 à 6 millions à fin février, selon diverses estimations. Ce virus a été officiellement identifié en mai 2013 aux États-Unis. Depuis, il s’est répandu comme une traînée de poudre, touchant plus de 4 500 élevages en dix mois. Il est ensuite passé au Canada, mais de manière suffisamment tardive pour que les mesures de contrôles se révèlent efficaces : un peu plus d’un mois après son apparition en Ontario, il n’a touché qu’environ 25 élevages, et un élevage dans des provinces aussi éloignées que l’île du Prince Edouard, le Manitoba ou le Québec.


. Comment se manifeste l’infection en élevage ?


Au plan strictement clinique, cette épizootie de PEDV se caractérise par 100 % de pertes en maternité pendant 3 à 5 semaines. C’est une létalité supérieure à celle que nous avons connue dans les années 80 en Europe avec le PEDV « classique ». Clairement, ce variant chinois a une virulence et une pathogénicité inédites. En outre, l’immunisation active des reproducteurs prend beaucoup plus de temps pour se traduire par une maîtrise de la clinique dans un élevage donné. Les porcs plus âgés – adultes compris – présentent une affection digestive passagère, aiguë mais non mortelle.


. Comment se transmet le virus ?


Le mode d’introduction du virus en Amérique du Nord reste inconnu. Toutefois, plusieurs éléments permettent de suspecter qu’une matière première, à base de plasma porcin, peut être en cause. Car au Canada, le virus s’est transmis à un groupe d’élevages livrés par le même fabricant d’aliment. Les autorités canadiennes ont identifié le génome du virus dans les ingrédients à base de plasma porcin utilisé dans ces aliments, et ont reproduit la maladie avec ces ingrédients, mais pas avec l’aliment composé les contenant. À la suite de ces travaux, la filière nord-américaine a démontré que de l’aliment prélevé dans un élevage infecté est capable d’infecter des porcs d’un élevage indemne. Ce qui renseigne sur le mode probable de voyage international de ce « variant chinois ». De ferme à ferme, les voies plus classiques de transmission du PEDV étaient déjà connues : il se conserve bien dans la matière organique, en particulier en hiver, et tout relâchement des règles de biosécurité externe se paye au comptant.


. Y a-t-il une source d’optimisme ?


L’exemple du Canada révèle qu’il est possible, au prix d’une rigueur et d’une observance absolues de toutes les règles de biosécurité, interne comme externe, de contenir le virus. Les producteurs canadiens ont aussi bénéficié des connaissances accumulées par la filière américaine sur ce virus. Les vétérinaires porcins canadiens ont fédéré les moyens de lutte, ont mis en commun leurs connaissances, partagent les informations quasiment en continu et appliquent des règles établies de manière consensuelles.


. L’Europe peut-elle se protéger ?


À ce jour, l’Europe est encore épargnée par ce PEDV, mais il est impossible d’affirmer qu’elle le restera. Pour qu’elle le reste le plus longtemps possible, il paraît indispensable que tous les opérateurs prennent leurs responsabilités, depuis le sourcing des farines de plasma fluidifiées, jusqu’au respect réel des mesures de biosécurité en élevage. Il faut aussi se préparer à contenir le virus, s’il devait faire une incursion dans nos pays : l’expérience canadienne montre que c’est possible. À défaut d’appliquer strictement ces mesures, les éleveurs subiraient un virus capable d’anéantir tout sevrage pendant un mois et demi dans les exploitations touchées, et qui se transmet avec grande efficacité dans les matières organiques accrochées à tout ce qui se déplace d’un élevage à l’autre…

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