Réussir porc 31 mars 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« La distribution est accusée à tort », estime Olivier Dauvers

Observateur quotidien des enseignes de la grande distribution, Olivier Dauvers juge que le syndicalisme agricole se trompe de cible en accusant les GMS et que le « coupable » est le politique.

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Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution : « Il est urgent 
de faire changer les règles du jeu des échanges entre pays »
Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution : « Il est urgent de faire changer les règles du jeu des échanges entre pays » - © Editions Dauvers

. L'arrivée du groupe Intermarché dans l'abattoir Gad, après Leclerc et Kermené, signe-t-elle l'implication à venir de la grande distribution dans la filière porcine ?


Non, pas particulièrement. Globalement, la distribution n'a pas vocation à intégrer l'amont des filières. Dans les deux cas, il s'agit de décisions opportunistes, non stratégiques. En tout état de cause, le prix du porc restera sous la pression des marchés mondiaux, que la distribution soit impliquée en amont ou pas.


. Mais les producteurs accusent volontiers la grande distribution de capter les marges et contribuer à leur maigre rentabilité.


Sans excuser certains comportements « à la limite de la courtoisie » de la grande distribution, je veux souligner que les enseignes ne font qu'appliquer des règles qu'elles n'ont pas fixées. Il s'agit en effet de rapports de forces entre vendeurs et acheteurs de porcs vifs, dans un contexte de prix du porc qui est européen, voire mondial. Or la définition des « règles du jeu » est du ressort de la puissance publique. Et cela vaut pour toutes les productions agricoles. À titre d'exemple, le travail détaché dans les abattoirs, ce n'est pas la faute de la grande distribution ! C'est aussi vrai dans le domaine fiscal, environnemental... Accuser la distribution des problèmes de rentabilité relève d'arguments fallacieux qui sont plus simples à mettre en avant que de pointer les réels problèmes de la production agricole.


. Le syndicalisme agricole se trompe donc de combat lorsqu'il désigne la grande distribution comme source majeure de leurs difficultés ?


Bien entendu. La grandeur du syndicalisme agricole serait de faire comprendre à sa base que le vrai coupable est celui qui fixe les règles du jeu, pas celui qui les applique ! Et son rôle doit avant tout de dénoncer ces faits et exiger des mesures concrètes de la part de ceux qui ont les clés.


. À savoir les politiques ?


Naturellement ! Il faut cesser ce double langage de nos politiques qui consiste à d'un côté se dire pro-européen, avec tout ce que cela implique en termes d'échanges, et de l'autre laisser perdurer des distorsions de concurrence entre pays sur le coût du travail, l'environnement... Il est urgent de faire changer les règles du jeu des échanges entre pays, au sein de l'UE et avec les pays tiers.


. L'origine France n'est donc pas une idée suffisante pour redonner souffle à notre production nationale ?


Avouons que les différences entre cahiers des charges sont minces, qu'il s'agisse de races, de conditions d'élevage... Oui, l'origine France peut être un levier, mais pas le principal. Et elle ne doit pas s'affranchir de l'optimisation et de l'harmonisation des coûts de production, donc des prix de vente d'un produit qui reste un minerai.
Se focaliser sur un produit « made in France » trop cher pourrait ouvrir des pans à l'importation de produits.


. Voire des produits venus d'Amérique du Nord ?


Bien sûr. Les coûts de production y sont d'environ 20 % inférieurs aux nôtres. Or le prix « extérieur » finit toujours par s'imposer sur le prix intérieur. Il n'y a aucun problème à faire venir dans ces conditions des containers de viande de porc congelée des États-Unis pour l'industrie de la transformation. Tant que nous ne nous battrons pas contre les distorsions de concurrence, et sachant que l'importation -- comme l'exportation ! -- est légale, il n'y a aucune raison de s'opposer à cette possibilité de voir venir des viandes de porc du continent américain, ce que prévoit le traité transatlantique en négociation. Dans ce domaine, la grande distribution n'a aucun pouvoir, et je répète qu'il s'agit avant tout de décisions qui relèvent de la puissance publique.

- © Editions Dauvers

Olivier Dauvers est éditeur d'ouvrages sur la grande distribution et anime le site web Grande Conso.
Il a été pendant plusieurs années journaliste pour des revues professionnelles du commerce alimentaire.

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