Réussir porc 26 janvier 2017 à 08h00 | Par La rédaction

L’Ifip dresse un constat sans concession sur la filière française

« Scénarios pour la compétitivité de la filière porcine française », tel était le thème de la troisième réunion de l'année 2016 organisée par l’Ifip à Paris le 6 décembre. Ses faiblesses identifiées, les solutions apparaissent multiples, mais exigeront des actions collectives, des investissements conséquents et de l’innovation.

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La production doit évoluer, sinon la filière se fragilisera.
La production doit évoluer, sinon la filière se fragilisera. - © D. Poilvet

Investir dans les élevages, les outils d’abattage et de transformation, s’appuyer sur la robotisation, le numérique, innover, se différencier et répondre mieux aux attentes des consommateurs, savoir « raconter de belles histoires » sur nos produits de qualité… Voilà les pistes « techniques » lancées au cours de cette journée de réflexion organisée par l’Ifip. Mais les solutions avancées sont aussi d’ordre « politique ». « Notre modèle d’élevage familial a du plomb dans l’aile », lançait Paul Auffray, président de la FNP. « Si nous ne sommes pas capables de faire évoluer notre filière, la taille des exploitations, l’accompagnement, le financement… notre filière se fragilisera encore, et le risque d’une évolution vers l’intégration n’est pas nul. » Par ailleurs, savoir enfin « jouer collectif » est un message porté par plusieurs intervenants déplorant les divisions qui affaiblissent la filière toute entière.

Voilà des prises de position déclarées au cours de cette journée qui se différenciera des précédentes par une parole plus libérée, certains « mea culpa » de la filière qui tranchent avec la recherche d’éternels boucs émissaires étrangers qui seraient seuls à expliquer notre perte de compétitivité.

Des handicaps structurels

Car pour ce qui est du constat, voilà des années que le bilan est le même. La taille de nos élevages devient sans commune mesure avec celle des Danois, des Hollandais ou des Espagnols, bénéficiant ainsi d’économies. La France a aussi perdu son rang de leader en termes de technicité. Tous les observateurs s’accordent à dénoncer les difficultés des producteurs pour rénover, restructurer, voire s’installer… Ce qui pose d’emblée la question du financement. Jérôme Guiard, représentant de la caisse du Crédit Agricole des Côtes-d’Armor est clair : la banque finance les projets. La caisse des Côtes-d’Armor possède un encours de 450 millions d’euros de l’amont à l’aval, dont 300 millions pour les producteurs. Mais il confirme que le minimum exigé pour une installation est de 150 000 à 200 000 euros de fonds propres. Où les trouver ? Thierry Gallou, directeur d’Aveltis et Philippe Le Vannier, Triskalia ont témoigné de l’implication respective de leurs groupements. « Notre apport, sous quelque forme qu’elle soit, est le coup de pouce, le signal positif envoyé au banquier. À l’avenir, les montants à lever seront plus importants. Il faudra imaginer des montages plus novateurs mais qui devront rester simples et que le jeune devra bien s’approprier », détaille Thierry Gallou. Fonds de garantie, crédits de cédants, BPI ??? « Il nous faudra réfléchir à de nouvelles solutions, mais il faudra un minimum d’engagement des partenaires des éleveurs. Car on ne peut pas reprocher à un banquier de ne pas financer 100 % d’un projet si la filière ne met pas la main au porte-monnaie », prévient Paul Auffray.

Robotiser l’abattage découpe

Le secteur de l’abattage, quant à lui, souffre d’un manque d’automatisation. Il n’a pas emboîté le chemin de la robotisation que l’Allemagne ou le Danemark ont délibérément emprunté. La faute à un manque de rentabilité du secteur ? Pas seulement. « Ces quinze dernières années, notre filière a vécu dans le doute, sur des positions figées, tandis que les Allemands et les Espagnols montaient en puissance », avoue Jérôme Boulaire, directeur des abattoirs Jean Floch. « Mais nous entrons aujourd’hui dans une reconquête du marché. Le professionnalisme va prendre le pas et nous allons investir massivement dans nos usines. » Bonne nouvelle donc, d’autant que, selon Bérengère Lécuyer, économiste à l’Ifip, la robotisation va faire un pas de géant avec les nouvelles technologies en plein développement. Des robots « physiques » commandés par des procédés de reconnaissance d’image mais aussi des robots « virtuels » vont permettre de résoudre une partie des problèmes de recrutement et de compétitivité de l’abattage découpe, et améliorer la qualité et le sanitaire des produits. « Mais il faut une certaine taille d’atelier, avec une cadence de 800 porcs par heure pour prétendre avoir recours à cette robotisation. Nous ne rattraperons pas l’avance des Allemands ou des Espagnols, mais on doit se battre sur ce front », annonce Jérôme Boulaire.

Améliorer les performances à l’export

Enfin, talon d’Achille de la filière, l’exportation. La filière française peine à dégager des volumes et de la valeur par rapport à ses concurrents européens. C’est le cas pour la viande fraîche, où la concurrence sur les prix est très forte. « Nos voisins européens ont des leaders qui sont des « poids lourds » dont la stratégie entraîne le reste de la filière. Ce n’est pas le cas en France. Des stratégies collectives à l’export sont nécessaires », annonce Boris Duflot, économiste à l’Ifip.
La performance à l’export de la France devrait aussi être meilleure pour la charcuterie. Notre pays se place en neuvième position en termes de valeurs, avec des exportations essentiellement constituées de saucisses et saucissons vers l’UE. Les experts réunis encouragent les professionnels à plus d’innovation, de segmentation, afin de différencier les produits, aller chercher de la valeur ajoutée, à l’image des témoins invités autour de la table ronde. Stanislas Salembier, directeur de Delpeyrat, avec la réussite de l’export du Jambon de Bayonne, a témoigné « des retombées positives de l’export sur l’ensemble de l’activité de l’entreprise, même s’il faut être conscients des multiples contraintes imposées pour l’agrément vers des pays comme le Canada ou la Chine et les adaptations concernant l’étiquetage, la logistique… ». Dans ce secteur aussi, les professionnels ont mis l’accent sur l’intérêt de « jouer collectif ». Guillaume Roué, président de l’Interprofession, tout comme Michel Rieu, directeur du service économique de l’Ifip l’ont souligné à leur tour : l’idée est d’avancer sous une bannière « charcuterie française » pour faire valoir l’authenticité et la qualité des produits français. Le message est clair : éviter les individualismes.

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