Réussir porc 22 mars 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« L’embargo russe sera lourd de conséquences » estime Jan Peter van Ferneij

Les Russes ont stoppé leurs importations de viande porcine en provenance de toute l’Europe en raison d’un cas de peste porcine africaine en Lituanie. Une décision sanitaire ou politique qui perturbe et va continuer à perturber les cours européens. Interview de Jan Peter van Ferneij, économiste Ifip.

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Jan Peter van Ferneij est en charge de la veille économique internationale des filières porcines au sein du pôle économie de l’Ifip.
Jan Peter van Ferneij est en charge de la veille économique internationale des filières porcines au sein du pôle économie de l’Ifip. - © C. Gérard

. Quelle est l’importance du débouché russe pour la production porcine européenne ?


Aujourd’hui, la Russie représente 3,5 % de toute la production porcine européenne, et environ un quart des exportations. C’est considérable et bien entendu, l’arrêt brutal de ce débouché va peser sur les cours. Nous savons en effet qu’en moyenne, statistiquement, une variation de +/- 2 % de la production impacte les cours de 10 %, voire plus selon la période ! La décision russe a donc perturbé immédiatement les cours européens.
Nous pouvons toutefois nuancer ces propos en précisant que, en valeur, ce débouché russe n’est pas des plus rémunérateurs car l’Europe y exporte plutôt des graisses et des pièces.


. Cette décision est-elle politique, sanitaire, ou les deux ?


Il faut rappeler que la fermeture des frontières est officiellement liée à quelques cas de peste porcine africaine sur des sangliers en Lituanie… donc aux portes de la Russie et à des milliers de kilomètres de la France. On ne peut pas écarter que cette décision vise à protéger les industriels russes du porc qui se trouvent confrontés à des prix bas, et que le gouvernement ne tente par cet embargo de faire remonter artificiellement les cours dans le pays. On peut aussi s’interroger sur de possibles stocks que le pays voudrait écouler…
On peut aussi penser à une possible stratégie russe visant à déstabiliser l’Europe, voire mettre en place des mesures de rétorsion économiques pour sa position vis-à-vis de l’Ukraine…

 

. Des accords bilatéraux entre la Russie et certains États membres pourraient se mettre en place ?


C’est possible et nous ne pouvons pas écarter qu’à ce jour des discussions soient engagées entre certains Etats et les Russes.
Nous savons par ailleurs que des négociations sont ouvertes entre la Russie et les Etats-Unis pour la fourniture de produits du porc qui vont donc manquer suite à cet embargo.

. Si ces négociations avec les Etats-Unis aboutissaient, ce serait un coup très dur porté à la production porcine européenne ?


Oui, mais nous pouvons toutefois positiver en se disant que, la production américaine étant plutôt en retrait, notamment en raison des problèmes sanitaires, ces volumes exportés en Russie ne le seraient du coup pas vers l’Asie, ce qui pourrait nous donner une opportunité pour y renforcer nos positions. Par ailleurs, il est probable que ce débouché US vers la Russie contribue à maintenir des prix élevés en Amérique du Nord, ce qui nous rendrait plus compétitifs sur les autres destinations.


. Le débouché chinois est donc prometteur pour l’Europe ?


Il est déjà considérable puisque les exportations vers la Chine et Hong Kong ont atteint 900 000 tonnes en 2013, auxquelles il faut ajouter au moins autant de volumes sous forme d’abats qui ne sont pas comptabilisés dans les statistiques des bilans. Cela peut paraître énorme, mais, avec plus de 50 millions de tonnes de porcs consommées par les Chinois chaque année, ces importations ne représentent qu’une bonne semaine de consommation dans l’année !


. Il existe donc des perspectives d’augmentation de nos débouchés en Chine ?


Je le crois, car la demande chinoise ne cesse de progresser. Et si le gouvernement affiche sa volonté de développer la production interne, je doute que la croissance puisse suivre la demande pour toutes les raisons que nous connaissons : manque de terres, d’eau, technicité médiocre… Ce qui me laisse penser qu’effectivement la Chine est un marché d’avenir, avec, qui plus est, des produits à plus forte valeur ajoutée.

- © C. Gérard

 

 

 

“ On ne peut pas écarter que cette décision vise à protéger les industriels russes du porc ”.

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