Réussir porc 18 mai 2018 à 08h00 | Par Emmanuelle Bordon

L’animalisme, un mouvement qui méconnaît l’animal

Selon le philosophe Francis Wolff, l’animalisme, qui mène au veganisme, s’explique par une perte de repère de ses adeptes vis-à-vis des animaux.

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Francis Wolff : « l'idée nouvelle est que la domestication est un asservissement dont l'animal est victime. »
Francis Wolff : « l'idée nouvelle est que la domestication est un asservissement dont l'animal est victime. » - © E. Bordon

À l’assemblée générale d’Agriculteurs de Bretagne à Carhaix, dans le Finistère, le 27 mars dernier, le philosophe Francis Wolff (1) a décrypté les origines de l’animalisme, ce mouvement qui défend l’idée que les animaux devraient avoir les mêmes droits que les humains, et qui mène naturellement au véganisme. Francis Wolff propose plusieurs hypothèses pour expliquer son émergence. La première est qu’il se fonde sur la méconnaissance de l’animal. "Ceux qui ne côtoient plus que des animaux de compagnie font une projection sur les animaux de ferme à partir de ce qu’ils savent de leur chien ou de leur chat. » La deuxième est que les convictions animalistes partent du principe que l’élevage, forcément intensif, serait intrinsèquement maltraitant.

Mais il a également évoqué la perte de repères de ce qui nous constitue en tant qu’êtres humains. Deux raisons à cela : l’écroulement des religions monothéistes qui plaçaient l’humain au-dessus de tout et la biologie qui a montré que génétiquement, il y avait peu de différences entre l’homme et l’animal. "L’idée nouvelle est que l’animal est le nouveau prolétaire du monde contemporain et que la domestication est un asservissement dont l’animal est victime", explique-t-il.

La « libération » des animaux n’a aucun sens

Il y a, dans l’animalisme, une confusion dans la relation à l’animal. Quel animal, d’ailleurs ? Depuis les coraux jusqu’aux chimpanzés, l’écart est gigantesque. Avec les mammifères, l’homme a toujours eu des relations. Celles-ci évoluent cependant, en particulier avec les modifications du Code rural et l’instauration du fameux article L214 qui définit que "tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce".

Cependant, Francis Wolff souligne que « la « libération » des animaux, telle qu’elle est réclamée par les animalistes, n’a aucun sens, parce que la domestication a créé des races anthropisées, incapables de vivre seules ». Si l’animalisme a aujourd’hui le vent en poupe, c’est parce qu’il repose sur plusieurs confusions. Celle qui l’assimile à l’écologie, tout d’abord. À tort. Un texte publié par Libération le 18 mars a montré en quoi la disparition des animaux d’élevage mettrait à mal la biodiversité par la fermeture inévitable des milieux qui restent aujourd’hui ouverts grâce au pâturage. La confusion entre abolitionnisme et welfarisme (la bien-traitance) ensuite. Les associations abolitionnistes ne luttent pas pour le bien-être animal, mais contre l’élevage. Elles programment la disparition des animaux, nous mettent en garde Jocelyne Porcher dans ce même article de Libération. Pour Francis Wolff, le jour où cette « bulle » illusoire éclatera, le veganisme régressera. En revanche, le souci du bien-être animal, lui, restera.

 

(1) Francis Wolff est professeur émérite à l’École normale supérieure de Paris. Il a publié en 2017 « Trois utopies contemporaines » aux éditions Fayard.

(2) Pourquoi les vegans ont tout faux, par Paul Ariès, politologue, Frédéric Denhez, journaliste, chroniqueur (« CO2 mon amour » sur France Inter) et Jocelyne Porcher, sociologue, directrice de recherches à l’Inra.

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