Réussir porc 26 septembre 2001 à 13h53 | Par Propos recueillis par Françoise Fourn

Jean-Jacques Riou - "Les plus-values des filières sont indécentes"

Le prix au cadran n´est plus seul. Les plus-values des filières investissent peu à peu le terrain. Des plus financiers de nature à perturber un système libre et indépendant auquel adhère le Marché du porc breton, comme l´explique Jean-Jacques Riou, président du MPB.

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Réussir Porcs
Trois apporteurs représentent 70 % des offres du Marché du porc breton. Les autres groupements ne risquent-ils pas à terme de se désengager ?


Jean-Jacques Riou
Le Marché du porc breton repose sur six groupements apporteurs : Porfimad, Prestor, LT, Cofiporc, PBO et Viaporc. Six groupements qui apportent des lots individuels de porcs identifiés par les noms et adresses des producteurs.
Nos préoccupations ne se situent pas en terme de désengagement. Elles sont d´un tout autre ordre. D´une part, essayer d´augmenter l´offre des groupements faiblement apporteurs. D´autre part, faire en sorte que les porcs apportés par ces groupements de façon anonyme soient identifiés, pour ainsi s´inscrire vraiment dans l´esprit du MPB.

Plus values ?
Les plus-values apportées en plus du prix de base du cadran par différentes filières sont sensiblement identiques. Comment qualifiez-vous ces plus-values ?

Elles sont indécentes. Elles desservent une cause collective. Elles peuvent être séduisantes pour des éleveurs cherchant un profit immédiat. Ces primes de fidélisation nuisent à la liberté dans laquelle les éleveurs de porcs se sont inscrits de longue date. Notre système permet de dire à tous les éleveurs qu´ils sont libres et indépendants. Est-ce que ce sera le cas si ces suppléments de prix prennent le dessus ? Ces plus-values s´apparentent à de l´intégration forte, à une fidélité sans faille qui est synonyme de non liberté. Les apporteurs du MPB se battent pour des francs sur le prix de base et cela depuis trente ans, pas pour des centimes virtuels ou ponctuels.
Doit-on craindre une disparité de plus en plus importante de ces plus-values ?
Ou doit-on craindre un nivellement de la qualité des porcs par le haut qui aboutira à la disparition de ces plus-values ?

Aujourd´hui, 90 % des porcs se trouvent dans la démarche traçabilité et qualité. Une convention régionale a été passée entre producteurs et abatteurs. Elle est publique, officielle, vérifiable par tous. La rémunération devrait donc être identique pour tous. Reste 10 % de porcs élevés selon des spécificités propres qui devraient être les seuls à faire l´objet de rémunérations supplémentaires. La volonté d´outils industriels ou de coopératives de donner des "plus" pour maintenir leurs apports se fait sous accords privés qui ne sont pas contrôlables. Ces accords manquent de transparence. Aujourd´hui, tous les porcs présentés au MPB répondent au cahier des charges de l´Union régionale. Les porcs servant à fixer le prix de base ont exactement la même qualité que les autres.
Au niveau de la grande distribution, les acheteurs nationaux ont pris en grippe le prix de base. Ils donnent même l´impression que les porcs issus de filières ont une traçabilité plus forte que ceux provenant de groupements indépendants à structure horizontale. Il va falloir une volonté politique forte pour s´exprimer en faveur d´un prix public. Nous ne pourrons pas laisser à quelques-uns les intérêts d´une production. Notre mécanique de marché mise en place il y a trente ans est enviée de tous et en particulier des productions intégrées. Ne gâchons pas ce qui fait notre bonheur !

Les importations sont en progession constante en France.
Est-ce un signe de non compétivité de la viande de porc française ?

Les pays qui vendent à la France le font en proposant des prix moins élevés que ceux pratiqués sur le marché intérieur. Il s´agit d´une marchandise sans traçabilité. Alors qu´en France, nous sommes capables d´apporter une certification qui entraîne une meilleure rémunératrion des éleveurs. Nos acheteurs nationaux priviliégient les bas prix avant les cahiers des charges qualité qu´ils n´arrêtent cependant pas de demander aux éleveurs.

Quelle évolution préssentez-vous au niveau des cours ?
Le prix du porc est tellement sensible aux événements conjoncturels qu´il est difficile de l´appréhender. L´équilibre parfait offre-demande n´existe pas. Néanmoins, nous pouvons dire que si la conjoncture des premières semaines d´été a été baissière, à moyen et long terme nous n´avons pas d´inquiétude forte sur le prix moyen payé aux éleveurs. Seul le Danemark enregistre encore une faible croissance de production. Les autres pays affichent une constance, voire une diminution de production.

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